Les considérations religieuses de Jean-Marie Le Pen

03 Novembre, 2018
Provenance: fsspx.news

Jean-Marie Le Pen est un homme politique français qui a fait paraître en mars 2018 le premier volume de ses mémoires. Sous le titre Fils de la Nation, il y raconte son parcours, depuis son enfance à la Trinité-sur-Mer jusqu’à ses études à la Faculté de Droit de Paris, puis ses engagements en Indochine, à Suez et en Algérie, mai 68, son amour de la mer, ses rencontres…

Dans les deux premières parties, il dresse un tableau pittoresque de son enfance et de sa Bretagne natale, témoignant d’une époque âpre et rude, loin de l’opulence matérielle et de l’individualisme contemporain. Il parle de son éducation et de sa foi, jusqu’à cette rupture personnelle avec l’Eglise survenue à l’âge de seize ans. 

Dieu, les morts et la patrie 

Il raconte les foules impressionnantes des pardons de Sainte Anne, et explique comment « la religion catholique, la famille et la patrie se trouvaient liées dans le culte des morts. La grande guerre avait fait l’union sacrée dans les cimetières. Les combats fratricides de la laïcité avaient été surmontés dans la fraternité des tranchées. Le culte des morts pour la France me paraissait alors, et me semble toujours, un des éléments fondateurs de la patrie, comme l’est aussi le respect des Français à naître : le peuple du passé donne la main à celui de l’avenir. Or notre société se moque des anciens combattants et pratique l’avortement de masse, dans un mépris total de la lignée qui implique le refus de la vie. Je me souviens des grands rassemblements des monuments aux morts de Sainte-Anne d’Auray où se trouvaient inscrits les noms de deux cent cinquante mille Bretons morts pour la France, et ce que nous y chantions : Tes fils bretons morts pour la France / Ont espéré sainte Anne en toi / Accorde-leur la récompense / De leur amour et de leur foi ». 

Ayant perdu confiance dans l’Eglise et ses hommes, Jean-Marie Le Pen cessa de pratiquer. Etudiant, il chanta même des chants anticléricaux, tout comme il entonna, précise-t-il, des chants anarchistes, bolchéviques ou fascistes… 

Deux fautes : progressisme et modernisme 

Plus intéressante est l’analyse qu’il porte sur l’évolution de l’Eglise : « J’ai voulu me rebeller un peu contre une Eglise à qui je dois beaucoup et que j’avais beaucoup aimée. Depuis, j’ai suivi son évolution avec un souci brûlant et un cœur désolé. Ma sympathie reste aux traditionalistes. Avec ses prêtres ouvriers, sa théologie de la libération, et ses chrétiens de gauche que j’ai subis à l’université, l’Eglise qui a dérivé vers Vatican II a commis deux fautes. 

« La première est politique. Elle s’est alignée une nouvelle fois sur les puissants. En l’espèce, les syndicats, les partis de gauche, le prolétariat, au moment où le marxisme, disons même le communisme, avait le vent en poupe partout dans le monde. Ce fut d’autant plus bête que ce mouvement, qu’on disait irréversible, dans "le sens de l’histoire", fut passager. Aujourd’hui, les mêmes volent au secours de l’invasion triomphante avec l’approbation du monde et des médias, c’est le clergé du côté du manche. 

« La deuxième faute de l’Eglise à tendance moderniste, la plus grave, fut de renoncer largement au sacré. Sous couleur de réforme liturgique, il y a eu une rupture brutale, une sécularisation choquante que manifeste l’abandon de la soutane et des habits. Sans doute le clergé sent-il qu’il ne mérite plus de les porter. L’orientation nouvelle de la messe, l’abandon des cantiques, des ornements, la niaiserie des formes qui les ont remplacés, me navrent. L’abandon du latin, au moment même où l’on avait le plus besoin d’unité, face à l’impérialisme culturel de l’anglais, me semble si absurde qu’il n’a pu résulter que d’une volonté consciente de rompre avec la tradition pour troubler les fidèles, les couper de leur foi de toujours et de leurs devanciers. Toujours cette haine de la lignée, ce refus de transmettre. Le contraire de ce que j’ai appris et que j’ai essayé de faire. Toutes choses égales par ailleurs, j’ai pensé un moment que Mgr Lefebvre appliquait à l’Eglise ce que je tentais de faire en politique : enrayer autant que possible la décadence en attendant la renverse, que la marée remonte. Mais le jusant intellectuel, spirituel et démographique, n’en finit pas et tout se passe comme s’il devait être éternel. 

« La France et l’Eglise sont tombées de haut, et moi avec. » (Première partie, chapitre 6). 

Une analyse pertinente 

Tout se tient. Lorsque Dieu, la famille et la patrie sont honorés, les peuples sont unis. 

L’Etat et la société civile, comme l’Eglise et le clergé, sont en crise. A la racine des évolutions dramatiques que décrit Jean-Marie le Pen en quelques paragraphes bien sentis, il y a – ce qu’il ne dit pas mais suggère pourtant – la révolution, le rejet. 

La révolution fait table rase du passé. On oublie d’où l’on vient : la terre, les morts et l’histoire de notre civilisation. Le refus de la lignée conduit au meurtre des innocents dans le sein de leur mère. 

Dans l’ordre spirituel, c’est la cassure avec la Tradition, le goût de l’innovation et de l’adaptation au monde, la remise en cause des rites les plus saints et de l’enseignement constant, doctrinal et moral, du catholicisme. L’Eglise n’a pas pour seule vocation de sanctifier les âmes. Elle éduque les peuples en leur apportant la vraie civilisation. 

Cela suppose, contre le libéralisme et le modernisme, l’alliance du trône et de l’autel, autrement dit la collaboration du temporel et du spirituel, leur union et bonne entente, sans confusion ni séparation. Un équilibre qui permit durant des siècles à la chrétienté de fleurir et à l’Eglise de civiliser le monde. 

Comme tous les hommes politiques de sa génération, Jean-Marie Le Pen fait l’impasse sur le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les personnes, les familles et les sociétés. La royauté du Christ sur les nations n’est pourtant pas à reléguer à la fin du monde. Elle doit être comprise comme le remède à la décadence des mœurs, à la médiocrité des hommes – politiques ou ecclésiastiques –, et à l’apostasie des sociétés. Si « la France et l’Eglise sont tombées de haut », il n’est jamais trop tard pour les relever.

Jean-Marie Le Pen, Fils de la Nation.

Mémoires, tome 1, Muller éditions, 450 pages.