Les pseudo-martyrs du synode pour l’Amazonie

09 Novembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Frère Vicente Canãs, SJ, dit Kiwxi (à gauche).

Le document final du synode sur l’Amazonie parle au n°16 des martyrs de l’évangélisation de ce territoire, pour leur associer « ceux qui luttent courageusement pour une écologie intégrale en Amazonie ». Il précise : « Ce synode reconnaît avec admiration ceux qui luttent au péril de leur vie pour défendre l’existence de ce territoire ». 

De qui le synode veut-il parler ? La question se pose avec acuité, car le passé nous a montré comment certains évêques d’Amérique du Sud pouvaient interpréter le mot “martyr” en lui accolant une toute autre signification que celle comprise par l’Eglise pour honorer ses enfants morts pour la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

Martyrs du passé et témoins du présent 

En 1978, déclarée « Année des martyrs » par l’épiscopat brésilien, trois pères Jésuites furent particulièrement célébrés : Roque González, Alfonso Rodrigues et João de Castilhos. Ces trois prêtres avaient été sauvagement martyrisés en 1628, tués à coups de hache et brûlés vifs en haine de la foi. Ils furent béatifiés par le pape Pie XI en 1934. 

Mais en cette année 1978, Mgr Pedro Casaldáliga voulut leur associer les milliers d’Indiens “martyrisés” par l’entreprise coloniale soutenue par l’Eglise au cours des siècles. Il les célébra conjointement en composant une “Messe de la terre sans mal” dont FSSPX.Actualités a rendu compte. Ainsi commençait à s’instaurer une double célébration, parallèle et équivoque. 

Le pape François s’inscrit dans cette ligne. En 2017, il a porté sur les autels 30 martyrs du Natal, massacrés en 1645 par des soldats calvinistes hollandais à Cunhaù et à Uruaçu. C’est à cette moisson que fait référence le début du n°16 du document final. Mais la suite du texte mentionne les défenseurs de l’écologie intégrale et des territoires amazoniens. De qui s’agit-il ?  

Une seule vraie missionnaire 

Appelés témoins, ils sont recensés par le Vatican sur la page officielle du site consacré au synode sur l’Amazonie. Une trentaine de notices sont consacrées à 5 religieuses, 9 laïcs dont plusieurs chefs indiens, et des prêtres pour une bonne moitié. Trois prêtres et deux religieuses font l’objet d’une demande de canonisation. La plupart sont décédés de mort violente. Trois sont encore vivants. 

A une exception près, ces notices ne décrivent que des individus certes courageux et détachés, altruistes, mais dont pas un ne se consacre à ce que l’Eglise a toujours entendu par la mission, chargée d’évangéliser, de répandre la foi et d’établir des chrétientés. 

L’exception est fournie par le cas de sœur Maria Troncatti, des Filles de Marie Auxiliatrice, un institut fondé par saint Jean Bosco. Elle est née en 1883. Sa notice tranche sur les autres : « Infirmière, orthopédiste, dentiste et anesthésiste ? Mais par-dessus tout, elle est catéchiste et évangélisatrice, riche de merveilleuses ressources de foi, de patience et d’amour fraternel. Son travail chez les Shuar pour la promotion de la femme s’est épanoui dans des centaines de nouvelles familles chrétiennes, formées pour la première fois sur le libre choix personnel des jeunes époux. » Elle est morte accidentellement, en 1969. 

Le profil des “témoins” pour le Synode 

Le ton change radicalement pour les autres notices. C’est à peine si l’on peut lire la mention que le missionnaire a accompli « sa mission principale : proclamer l’Evangile à tous les Achuar qu’il aimait comme ses enfants ». Si le terme d’évangélisation se rencontre parfois, il est la plupart du temps détourné de son sens. En fait, les qualités qui ont valu à ces individus d’être distingués comme “témoins” pour le synode sur l’Amazonie sont d’un autre ordre. 

La première qualité est l’inculturation. C’est la capacité à assimiler la culture indienne et à s’y intégrer. Ainsi est-il écrit du frère Vincente Cañas : « En tant que missionnaire, il est allé aussi loin que possible dans l’œuvre d’inculturation guidée par l’Eglise. Peu à peu, il est devenu l’un d’eux : il participait aux rituels, à la pêche, à la plantation, à la collecte du miel, des fruits et des tubercules, à la fabrication de paniers, d’objets artisanaux et de ses propres ustensiles. Il s’est consacré à l’apprentissage de sa langue ». Cette assimilation revient dans toute les notices. 

La deuxième qualité en découle : le travail anthropologique. Le frère Cañas est hautement loué pour avoir « écrit un journal de grande valeur anthropologique de plus de 3 000 pages ». D’autres missionnaires sont félicités pour leur étude approfondie des coutumes amazoniennes. 

La troisième qualité est la défense des Indiens, c’est-à-dire l’aide fournie aux autochtones pour les aider dans « la lutte et la conquête de leurs droits ». En particulier sont salués les efforts dispensés pour les aider « à se rendre et à se réunir en grandes assemblées pour discuter de leur cause, de leurs problèmes et surtout des moyens de se soutenir dans la lutte pour leurs droits ». Il s’agit d’un soutien à une lutte politique. Voir notre article sur la trahison missionnaire 

La quatrième qualité en découle directement : la défense du territoire amazonien. Il s’agit d’aider les Indiens à obtenir la reconnaissance de leurs terres ancestrales. Ainsi le père Rodolfo Lunkenbein est-il mort alors qu’il s’employait à démarquer le territoire des Bororos. Il s’agit aussi de lutter contre toutes les exploitations mettant l’environnement en danger : déforestation, exploitation minière, pollution, construction de barrages, de routes, etc. C’est ainsi qu’il est dit du frère Paul McAuley, que « son engagement à garder la “maison commune” était son mandat évangélique ». 

Père Thomaz Lisboa, SJ, dit Jaúka, l’un des précurseurs des “néo-missionnaires”.

Deux témoignages destinés au Synode 

Deux témoignages ont le grand mérite d’indiquer la raison profonde qui mobilise le travail de ces néo-missionnaires. 

Le premier émane de sœur Eugenia Lloris, une religieuse espagnole de la Fraternité missionnaire du Verbe divin. Elle fait partie d’une équipe itinérante de missionnaires en Amazonie qui partent à la rencontre des peuples indigènes « pour lutter avec eux et parmi eux pour la défense du territoire, pour la culture et pour les droits humains ». 

Elle explique : « Plus nous nous intégrons dans leurs communautés, plus nous respectons leur culture et leurs coutumes, plus nous défendons leur territoire, plus nous expérimentons la présence de Dieu et sentons que Dieu ne nous abandonne pas. Pour moi, c’est l’Evangile. (…) A première vue, il peut sembler qu’il s’agit d’une œuvre “non religieuse”, mais la défense de la vie n’est-elle pas la première évangélisation que nous sommes appelés à vivre ? » 

Sœur Eugenia continue : « les mêmes peuples indigènes, réunis récemment dans une réunion préparatoire au Synode dans ce processus d’écoute, ont affirmé qu’ils ne veulent pas que l’Eglise catholique les évangélise, mais qu’ensemble nous défendions notre maison commune, l’Amazonie. Cela doit nous faire réfléchir, modifier nos formes et nos approches ». C’est pourquoi l’un des objectifs des missionnaires d’Amazonie est de contribuer à « l’autonomisation des peuples ». 

Le second témoignage est fourni par le capucin Charly Azcona : « La mission en Amazonie consiste à essayer de penser le développement à partir des communautés elles-mêmes, où les peuples indigènes sont les sujets, les acteurs. En tant qu’Eglise, nous avons aussi un défi qui est celui de l’incarnation, de l’apprentissage des langues, de l’accompagnement, de la présence, un peu, dans tous ces problèmes. Je voudrais partager ce Dieu de l’Amazonie. Il y a un Dieu qui vit en Amazonie, dans les peuples et qui est une très grande force. Je crois que ce Dieu est celui qui nous aidera à construire cette famille parmi tous les peuples et à respecter l’Amazonie, les cultures. Ce Dieu est vivant, nous le sentons bien vivant dans cette Amazonie et c’est lui qui va donner joie et bonheur à tant de gens, et nous espérons que d’ici nous pourrons apporter au monde un changement dans la manière de vivre, dans le système économique, et commencer à construire ce Royaume dans la fraternité des peuples. » 

Faux témoins bâtissant sur du sable 

Ces témoins mis en avant et proposés en modèles pour le synode – et toute l’Eglise – confirment en tous points la cécité qui frappe les missionnaires actuels, infidèles à la mission du Christ. Le surnaturel a totalement disparu, la vie de la grâce divine est comme évacuée, l’horizon est banalement terrestre. L’activité est purement naturelle ; elle pourrait aussi bien être accomplie par une association humanitaire, ou intégrée dans un programme Onusien. En étant maintenues dans leurs fausses croyances, dans leurs conceptions panthéistes et idolâtriques, sans parler de leur dépravation morale, les populations indigènes font en réalité l’objet d’un profond mépris : sous couvert de protection de leur mode de vie, elles sont artificiellement maintenues dans leurs ténèbres, au point de leur cacher la pleine lumière de la vérité révélée et de la voie du salut éternel. 

C’est une injustice qui est commise à leur endroit. Elle découle d’une conception pélagienne imprégnant toute la théologie indienne de l’inculturation, du salut sans la grâce et sans le Christ, devenu tout au plus une option. La culture propre a remplacé la Révélation. C’est elle qui est désormais la source d’une auto-évangélisation et d’une auto-rédemption qui n’a pas de sens. En faisant d’une culture païenne un nouvel Evangile qui supplante le sacrifice de la Croix, les témoins du synode montrent comment construire sur du sable. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que travaillent les bâtisseurs » (Psaume 126).