Monsieur Ouine en soutane

26 Février, 2019
Provenance: fsspx.news

Monsieur Ouine, dans le roman de Georges Bernanos, est un personnage énigmatique. Comme s’il se situait hors du vrai et du faux, du bien et du mal, il n’est ni pour, ni contre. Il ne s’engage pas ; il dit simplement ouine, oui et non.

« Je suis devenu un homme simple, très simple, je ne calcule plus. Après un certain nombre d’expériences inutiles – qui de nous n’a cherché la brebis perdue, rapporté l’agneau sur ses épaules ?… –, je n’irai plus au-devant de rien. Comme ces gelées vivantes, au fond de la mer, je flotte et j’absorbe. Nous vous apprendrons ce pauvre secret. Oui, vous apprendrez de moi à vous laisser remplir par l’heure qui passe. »

S’il était ecclésiastique, Monsieur Ouine ne dirait certainement pas : « est est, non non » (Mt 5, 37). Mais, à y regarder de plus près, son oui-non n’est qu’une étape, car l’abstention n’est qu’un pas vers la démission. La vie n’est pas neutre et se charge de nous faire choisir pour ou contre. Ainsi, par exemple, on commence par dire non au mariage des prêtres, puis on dit non à des prêtres mariés, mais oui à des hommes mariés prêtres, pour enfin céder sur le célibat ecclésiastique. Sans le dire. 

On se laisse béatement « remplir par l’heure qui passe », attentif aux « signes des temps » où souffle l’esprit présent : fraternellement solidaire et écologiquement biodégradable.

Fasciné par l’aggiornamento conciliaire qui a adapté l’Eglise au monde moderne, Monsieur Ouine en soutane, en clergyman ou en civil, n’a pas lu La France contre les robots : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Abbé Alain Lorans