France : Clairvaux célèbre 900 ans d’histoire

06 Novembre, 2015
Par fsspx.news
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En 1098, Robert de Molesmes fonde l’abbaye de Cîteaux, un nouveau monastère qui se propose de suivre la Règle de saint Benoît « avec plus de rigueur et de perfection » et d’y vivre « en intimité avec Dieu avec plus de profit et de paix »[1]. Son successeur, Etienne Harding, essaime le 18 mai 1113 à La Ferté, puis l’année suivante à Pontigny.

En 1115, il confie au jeune Bernard, fils du seigneur de Fontaine, près de Dijon, la charge de fonder la troisième « fille » de l’ordre naissant. Agé de 24 ans, Bernard est accompagné de « Gaudry de Touillon, son oncle, et de quatre de ses frères : Guy, Gérard, André et Barthélémy, auxquels se sont joints ses cousins Geoffroy de la Roche-Vanneau et Robert de Châtillon, et quatre autres moines : Geoffroy d’Aignay, Elband, Renier et Gaucher, qui sera prieur »[2]. Après avoir parcouru environ 120 km, saint Bernard et ses compagnons s’établissent non loin de Bar-sur-Aube, à l’extrême sud de la Champagne, dans un val sauvage et boisé, où il plante la croix le 25 juin 1115. L’abbaye de Clairvaux est née. De là, la réforme cistercienne va connaître une prodigieuse expansion. A la mort de saint Bernard, moins de 40 ans plus tard, le 20 août 1153, Clairvaux sera devenu un haut lieu de l’Occident médiéval en fondant 67 abbayes, desquelles dépendent 98 filiales. Un siècle plus tard, en 1250, l’abbaye de Clairvaux regroupe un ensemble de 339 abbayes filles.[3]

Au bas Moyen-Age, Clairvaux connaît une période de déclin, favorisée par la guerre de Cent ans, le grand schisme de l’Eglise (1378-1417) et les épidémies de peste. Les guerres de religion et la guerre de Trente ans apportent leur lot de misères aux XVIe et XVIIe siècles. A la veille de la Révolution française, une quarantaine de moines y vivent encore. Chassés par le nouveau régime, ces derniers doivent abandonner l’abbaye qui est vendue comme bien national en 1792. L’église est transformée en carrière de pierres et les bâtiments serviront à des usages industriels et commerciaux (papeterie et verrerie). En 1808, l’Etat napoléonien rachète l’ensemble et y installe un vaste pénitencier, qui sera longtemps la plus grande prison de France. Les transformations opérées dans l’abbaye pour en faire une prison sont, pour certaines, définitives et irréparables. Ainsi, l’église médiévale est-elle totalement détruite entre 1809 et 1812.

Le vieux monastère est rasé pour céder la place aux logements des surveillants. L’hôtellerie accueillera le dépôt de mendicité, tandis que les autres bâtiments abriteront l’univers carcéral proprement dit : cachots, ateliers et cellules de détention occupent le grand cloître ; une prison pour femmes est installée dans le bâtiment des convers en 1820. Aujourd’hui, la maison centrale inaugurée en 1971 est bâtie sur les fondations de l’église médiévale. Cette maison d’arrêt moderne a cependant permis de libérer le grand cloître et le magnifique bâtiment des convers, ainsi que les parties construites au XVIIIe siècle. Remis en l’état et patiemment restauré, l’ensemble est aujourd’hui ouvert au public pour des visites et manifestations culturelles. Cette année 2015 marque l’anniversaire des 900 ans de la fondation de l’abbaye de Clairvaux. Depuis le mois de juin, l’ancien réfectoire des moines, entièrement restauré, est ouvert au public. Construit en 1774 par l’architecte Aubert, il avait été transformé en chapelle pour les prisonniers en 1813. Par ailleurs, une grande exposition a été montée à l’Hôtel-Dieu-le-Comte, à Troyes, où sont conservées les archives et la bibliothèque de l’abbaye. Intitulée « Clairvaux, l’aventure cistercienne », elle présente des œuvres uniques, notamment de précieux manuscrits. L’exposition retrace la période des origines de l’abbaye – création de l’Ordre cistercien, fondation de Clairvaux et figure de saint Bernard – puis l’essor qui suivit la mort de son fondateur jusqu’à la guerre de Cent ans, et enfin les temps de crises et de réformes jusqu’à la vente de l’abbaye par l’Etat républicain. L’exposition rassemble plus de 150 pièces d’archives dispersées à la Révolution dans toute l’Europe.

Des manuscrits des XIIe et XIIIe siècles sont présentés, dont la fameuse Bible d’Etienne Harding qui a dû être retirée au mois d’août parce que trop fragile, ainsi que 35 autres pièces, remplacées par d’autres inédites. Plusieurs folios de la grande Bible de Clairvaux sont dévoilés. Parmi les œuvres exposées, le public peut ainsi admirer de nombreux manuscrits enluminés, des actes chirographes – dont l’un scellé par saint Bernard – et des trésors d’orfèvrerie, comme une croix reliquaire de la Vraie Croix (vers 1215) et la crosse en argent doré de Robert de Molesme. Exposition Clairvaux. L’aventure cistercienne Du 5 juin au 15 novembre 2015 à l’Hôtel-Dieu-le-Comte (Troyes). Du mardi au dimanche de 9 h 30 à 19 h. Visite gratuite