Le cardinal Müller se confie

28 Septembre, 2017
Provenance: fsspx.news

Retour possible à la Curie, primat du « pouvoir sur la foi »…

Le cardinal Gerhard Ludwig Müller se confie dans « Le pape : son mandat et sa mission » - « Der Papst : Sendung und Auftrag ». C'est le titre de son ouvrage qu'il a fait paraître, en février dernier, aux éditions Herder. Le 11 septembre 2017, au Musée Reiss-Engelhorn de Mannheim, l'auteur a présenté son travail en présence de Mgr Georg Gänswein, préfet de la Maison pontificale et secrétaire particulier du pape émérite Benoît XVI.

La présentation de l’ouvrage semble avoir été pour l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi l’occasion de formuler un certain nombre de critiques envers l’actuel pontificat, au point que le Mannheimer Morgen, qui s’est fait l’écho des propos cardinalices, a titré avec un brin d’ironie : « Pas fan de François ».

Un premier regret du cardinal Müller réside dans le fait que, en ce qui concerne le mode de gouvernance du Saint-Siège, la Secrétairerie d’Etat ait un rôle prépondérant, aux dépens de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l’ancien Saint-Office : « les questions qui tournent autour de la diplomatie et du pouvoir ont aujourd’hui la première place », a déploré le prélat, avant d’ajouter qu’« il faut corriger cette évolution », car « cela s’est toujours mal passé dans l’Eglise lorsque le pouvoir est devenu un paradigme ».

Et le cardinal de se faire plus insistant : « c’est, bien au contraire, la foi dans le Christ qui doit avoir la priorité ; le pape n’est rien d’autre qu’un outil au service de la rédemption ». Die Tagepost, qui rapporte aussi dans ses colonnes l’entretien, précise que le cardinal Müller s’est explicitement référé au dernier voyage en Russie du cardinal Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, dont les photos prises avec le président Poutine et le patriarche Kirill donneraient selon lui, « une vision fatale, car on peut tomber dans le piège de penser que la religion et la politique consistent en une seule et même chose ».

Le site d’informations catholique outre-Rhin Kath.net rapporte que, dans le cours de la discussion, le prélat allemand a expliqué que le pape avait une approche théologique différente de celle de son prédécesseur. S'il a pris soin de préciser que « le style actuel doit être également accepté et respecté », il n'en demeure pas moins que, dans les documents qui relèvent du Magistère, « on doit au préalable s’appuyer sur des principes théologiques clairs ». - Cette règle est exacte et devrait valoir également pour les textes du concile Vatican II. Mgr Lefebvre regrettait le fait que le Concile ait adopté un langage ambigu, indéfini, vague, permettant aux nouveautés de s'introduire et de miner la claire exposition de la foi.

Faut-il y voir une allusion voilée à la polémique issue de l’exhortation post-synodale Amoris laetitia, sur l’accès des « divorcés-remariés » à la communion sacramentelle ? C’est ce que laisse en tout cas entendre Christopher Lamb, dans un article paru le 20 septembre dans The Tablet.

Le cardinal se fait plus anecdotique et sibyllin lorsqu'il affirme que son « retour à la Curie romaine relève de l’ordre du possible », s’appuyant sur le fait que saint Robert Bellarmin avait lui aussi été écarté des cercles du pouvoir romain, avant d’être rappelé à trois reprises.

Au terme d’un débat convivial et empreint d’humour, comme le rapporte le Manheimer Morgen, Mgr Georg Gänswein n’a pas manqué d’être interrogé sur le non-renouvellement du cardinal Müller à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. « Je ne désire faire aucun commentaire », a immédiatement déclaré le prélat, tenu par le devoir de réserve qu'impliquent les fonctions qu’il exerce. Il a cependant pris soin d’ajouter avoir été très « affecté » de la nouvelle, Gerhard Müller étant pour lui « un ami personnel ».

L’actuel préfet de la Maison pontificale, à qui revient, entre autres tâches, d’organiser l’agenda du Saint-Père, a confirmé qu’il y avait au Vatican des « Bénédictins » et des « Franciscains » - entendez des partisans se reconnaissant plutôt dans le pape émérite que dans le pape actuel. Avant de souligner qu’il serait erroné d’établir un parallèle entre François et Benoît XVI : « un pape n’est jamais, à proprement parler, le successeur de celui qui est venu avant lui ; c’est toujours à saint Pierre qu’un pape succède ».

Et Mgr Gänswein de conclure : puisque François a lui-même déclaré que l’on devait parler en toute clarté, faire œuvre de discernement quant aux propos du pape « n’est pas chose interdite ». - C'est précisément dans cette perspective que se situe la récente Correctio filialis adressée au souverain pontife.