Mgr Sarah : l’Eglise au défi du schisme

20 Mai, 2017
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin.

Le cardinal Robert Sarah a mis en garde contre la menace d’une dilution de l’unité de l’Eglise, si les conférences épiscopales nationales s’octroyaient le droit de « décider par elles-mêmes » des questions relevant de la doctrine et de la morale.

Lors d'un entretien accordé le 18 avril 2017 à l'organisation caritative internationale « Aide à l'Eglise en détresse », le cardinal Robert Sarah a dressé le constat suivant : « Aujourd’hui il existe un très fort risque de fragmenter l'Eglise, de dissoudre le Corps mystique du Christ, risque qui réside dans le fait de mettre trop l’accent sur l'identité nationale des Eglises locales, et donc sur leur capacité à porter des décisions par elles-mêmes, surtout dans un domaine aussi essentiel que celui de la foi et de la morale. »

Interrogé sur la relation entre l’« Eglise africaine » et l’« Eglise universelle », le cardinal guinéen a répondu que, « sans une foi commune, l'Eglise est menacée par la confusion, puis, progressivement, elle peut se laisser aller à la dispersion et glisser dans le schisme. »

Le cardinal Sarah - qui occupe la fonction de préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014 - a rappelé que, strictement parlant, il n’existait pas d’institution répondant à la notion d’ « Eglise africaine. » « L'Eglise universelle, a-t-il affirmé, n’est pas une sorte de fédération formée par les Eglises locales. L'Eglise universelle est symbolisée et représentée par l'Eglise de Rome, avec le pape à sa tête, le successeur de saint Pierre qui est à la tête du collège apostolique ; c’est cette Eglise de Rome qui a donné naissance à toutes les Eglises locales et c’est elle qui les soutient dans l'unité de la foi et de la charité ».

Pour mémoire, il convient en effet de rappeler que c’est à partir du moment où les conférences épiscopales nationales et régionales ont été créées - réforme engagée par le concile Vatican II afin de manifester l’exercice de la « collégialité » - qu’on s’est rapidement posé la question de savoir si ces organes consultatifs ne devaient pas jouer un rôle plus important dans le gouvernement de l’Eglise.

Le cardinal Joseph Ratzinger, quant à lui, a affirmé à de nombreuses reprises dans ses écrits qu'un évêque, à titre individuel et en vertu du pouvoir d’Ordre, possédait l’autorité pour enseigner, tandis qu’une bureaucratie ecclésiale ne saurait être revêtue d’un tel pouvoir. Pourtant cela n’a pas empêché, ces dernières années, que quelques membres influents de l'Eglise proposent de déléguer aux conférences épiscopales le soin de statuer sur des points disputés touchant la foi ou la morale.

Le pape François paraît lui-même aller en ce sens, lorsqu’il appelle dans l’exhortation Evangelii Gaudium de 2013, à une « conversion de la papauté elle-même », critiquant au passage la « centralisation excessive » du pouvoir du Successeur de Pierre et suggérant même que les conférences épiscopales soient dotées d’une « véritable autorité en matière de doctrine ».

De plus, dans son exhortation post-synodale Amoris lætitia, le pape écrit que « les interventions du magistère n’ont pas vocation à régler toutes les discussions ayant trait aux questions doctrinales, morales ou pastorales (… ) Chaque pays ou région ... peut trouver les solutions les mieux adaptées à sa culture, tout en étant respectueuses des coutumes et des besoins locaux. »

Le cardinal Sarah, pour sa part, a rappelé que l'Eglise ne saurait se développer si elle ne demeurait pas unie dans « la foi commune et la fidélité au Christ et à son Evangile, en union avec le pape ».

Le préfet de la Congrégation du culte divin a conclu en rapportant ces paroles du pape Benoît XVI : « Il est clair que l’Eglise se méprendrait sur la nature de la crise qu’elle traverse si elle prétendait qu’il était au cœur de sa mission d’offrir des solutions toutes faites aux questions relatives à la justice, à la paix, à la pauvreté, à l’accueil des migrants, tandis qu'elle négligerait le souci d’évangéliser ».

(Source : LifeSiteNews / FSSPX.Actualités - 20/05/17)