Rote romaine : vers la diaconie de la miséricorde

30 Août, 2017
Provenance: fsspx.news
La cour intérieure du Palais de la Chancellerie au Vatican, où siège le Tribunal de la Rote.

En un mois, plusieurs nominations ont touché l’une des plus hautes instances juridiques de l’Eglise : le tribunal de la Rote romaine. Elles s'inscrivent dans le cadre de la réforme de la justice romaine voulue par le pape François.

Deux tribunaux ordinaires sont intimement liés au Saint-Siège : la Signature apostolique et la Rote romaine. Le terme de « Rote » revêt une origine assez obscure. Les uns l'identifient à la salle circulaire où se tenaient les séances du tribunal, et dont le pavé était entièrement formé de roues de porphyre ; d'autres prétendent que le nom est venu de la table ronde autour de laquelle siégeaient les juges ; d'autres encore pensent que ce nom vient du tableau en forme de roue sur lequel étaient inscrits les noms des juges ; d'autres enfin prétendent que le nom de "rota" désignait le bâton de bois autour duquel étaient enroulées les pièces des differentes procédures.

Quoi qu'il en soit, la Rote forme le tribunal d'appel des sentences rendues par les officialités diocésaines ou provinciales. Elle a pour objet les affaires contentieuses - matrimoniales principalement - ou criminelles, à l'exclusion des affaires administratives réservées à la Signature apostolique. La Rote examine aussi les causes civiles de la Cité du Vatican. C’est cette institution dont le Saint-Père a entrepris la réforme, dans le cadre d'une large réflexion sur la justice du Saint-Siège lancée par le Conseil des neuf cardinaux.

Deux séries de nominations sont intervenues ces derniers mois. Le 19 juin 2017, le pape a nommé un de ses proches, Daniele Cancilla, à la tête de la Chancellerie, le bureau d’administration du tribunal de la Rote. Le vaticaniste Sandro Magister remarque que c'est le premier laïc à être promu à une fonction aussi importante. Daniele Cancilla travaillait jadis, au sein de la conférence des évêques d'Italie, à l'aide aux diocèses étrangers ; c'est là qu'il aurait tissé des liens d'amitié avec le futur pape, alors archevêque de Buenos Aires.

Le 20 juillet, deux nouvelles nominations ont été rendues publiques en la personne du Père Pierangelo Pietracatella et de Mgr Hans-Peter Fischer. Le Père Pietracatella est incardiné au sein du diocèse de Tortone. Déjà membre de ce tribunal, il a été nommé chef de bureau à la Rote. Mgr Hans-Peter Fischer, membre de l’archidiocèse de Fribourg-en-Brisgau et recteur du Collège teutonique de Sainte-Marie in Camposanto au Vatican, a quant à lui été nommé prélat auditeur de la Rote.

Ces nominations s'inscrivent – si l'on en croit le commentaire qu'en fait Radio Vatican - dans le cadre d'une réflexion d'ampleur sur la justice qui a été développée lors des quatre dernières réunions du "C9", le Conseil des cardinaux chargé de la réforme de l'Eglise. A plusieurs reprises, le Souverain Pontife et ses proches collaborateurs avaient évoqué l'évolution des tribunaux du Saint-Siège vers une « diaconie de la justice ». Celle-ci aurait pour but de chapeauter les trois tribunaux du Saint-Siège : Pénitencerie apostolique, Tribunal suprême de la Signature apostolique, et Rote romaine.

De façon plus large, avait expliqué en février dernier Paloma García Ovejero, vice-directrice du Bureau de presse du Saint-Siège, cette « diaconie » aurait vocation de s'inscrire au sein d'un « ministère de la miséricorde ».

Quelle serait la vocation d'un tel ministère ? Perfectionner concrètement le fonctionnement de l'appareil judiciaire romain afin de le rendre toujours fidèle à sa vocation d'impartialité, d'objectivité et d'efficacité ? Ou au contraire de baisser le niveau d'exigence dans les différents procès que les plus hautes instances de l'Eglise examinent ? Pour dissiper toute crainte Mme Garcia Ovejero a tout de même tenu à affirmer qu’« il ne s’agit pas d’une révolution ».

Les craintes n'ayant pas vocation à fonder un raisonnement, il faudra juger à l'épreuve des faits et de la Tradition de l'Eglise les décisions qui seront issues du futur "Ministère de la Miséricorde".