Perplexité légitime d’un vaticaniste

21 Décembre, 2017
Par fsspx.news
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Mgr Charles Chaput.

L’édition imprimée du nouveau volume des « Acta » officiels du Saint-Siège est parue au début du mois de décembre 2017. On y découvre la lettre dans laquelle le pape approuve les critères laxistes adoptés par les évêques de la région de Buenos Aires pour l’application du chapitre VIII d’Amoris lætitia sur la communion donnée aux divorcés « remariés ».

Qui plus est, cette publication officielle de deux documents, le texte des évêques argentins et la lettre d’approbation du pape, est revêtue de la mention « velut Magisterium authenticum », en tant que Magistère authentique.

Le 13 décembre, sur son blogue Settimo Cielo, le vaticaniste Sandro Magister commentait cette parution aux Acta Apostolicæ Sedis : « Par ce geste, il semblerait donc que François ait voulu dissiper une fois pour toutes les ambiguïtés d’Amoris lætitia, en éliminant tous les doutes sur sa volonté qu’à certaines conditions, les divorcés remariés puissent accéder à la communion eucharistique tout en continuant à cohabiter “more uxorio” (i.e. maritalement). Dans sa lettre, il écrit en effet que le texte des évêques argentins “explique de manière excellente le chapitre VIII d’Amoris lætitia. Il n’y a pas d’autres interprétations”.

« Cette dernière phrase laisse pourtant elle-même planer certains doutes. Si l’interprétation des évêques de la région de Buenos Aires est vraiment l’unique interprétation admise par le pape, qu’en est-il des affirmations solennelles elles aussi écrites par le pape dans l’introduction d’Amoris lætitia, selon lesquelles il est juste que “subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent”, et que donc “dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux” ?

« Qu’en sera-t-il par exemple des interprétations plus restrictives, comme celle des évêques polonais ou de l’archevêque de Philadelphie Charles Chaput ? Ou au contraire des interprétations plus audacieuses comme celle des évêques allemands ou de l’encore plus téméraire évêque de San Diego Robert McElroy ? Devraient-elles toutes rentrer dans les critères établis par les évêques argentins puisque, justement, “il n’y a pas d’autres interprétations” ?

« Mais en Argentine également, l’évêque de Reconquista, Angel José Macín, n’est-il pas allé au-delà des critères prudentiels de ses confrères de la région de Buenos Aires, quand il a publiquement et collectivement célébré dans sa cathédrale le retour à la communion de trente couples de divorcés remariés qui continuaient à vivre ensemble “more uxorio” ?

« Ce n’est pas tout. La signification de “magistère authentique” qui est appliquée aussi bien à la “lettre apostolique” du pape François qu’à son annexe (des évêques argentins) n’est pas non plus très claire. On ne voit pas bien comment articuler cet acte du “magistère” avec le canon 915 du code de droit canonique qui interdit d’admettre à la communion “ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste”. »

Et Sandro Magister de signaler que ces doutes sont partagés par le canoniste américain Edward Peters, sur son blogue In the Light of Law (à la lumière de la loi), dans une étude parue le 4 décembre. Au nom de la « miséricorde pastorale », Amoris lætitia peut-elle s’affranchir et de l’enseignement évangélique sur le mariage et de la loi de l’Eglise sur ce sacrement ?