Suisse : l’islam bientôt reconnu comme religion officielle ?

22 Novembre, 2017
Provenance: fsspx.news
Zurich (Suisse).

Le débat sur la reconnaissance de l’islam comme religion officielle en Suisse commence à prendre de l’ampleur. Les citoyens y sont en grande majorité opposés, mais les hommes politiques continuent d’en débattre et les journaux de s’en féliciter, sous le regard attentif des musulmans de Suisse qui augmentent chaque année. 

Dans un entretien au quotidien 24 Heures le 6 octobre 2017, Irène Kälin, élue écologiste du canton d’Argovie dans le nord du pays et « islamologue » revendiquée, s’est posée en « défenseur des minorités religieuses ». Au nom du principe de réalité… Et « la réalité, c’est que notre pays est devenu multiculturel et multi-religieux ». Mais qu’en est-il de l’islam radical ? « Ce n’est pas parce que quelques individus posent problème qu’il faut renoncer à l’intégration des organisations de musulmans qui veulent coopérer ». La militante va même plus loin puisqu’elle préconise d’investir « de l’argent pour établir des structures professionnelles comme pour les Eglises reconnues ». Et l’histoire chrétienne de la Suisse ? L’« idée de tradition » est surtout « un problème d’identité religieuse. Les églises sont vides. Ça pose la question de sa propre culture. » La conclusion est qu’il n’y a plus de doute : l’islam doit devenir une religion officielle tout simplement, car « la Suisse d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier ».

Réagissant à cet entretien, le blogue lesObservateurs.ch remarque que « la gauche a œuvré pour que la Suisse accueille massivement des musulmans. Elle profite à présent de ces pressions pour dissoudre ce qui reste des racines de notre pays, en nous mettant devant le fait accompli ».

Un fait que s’empresse également d’exploiter Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse (PS). Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung le 19 novembre, il considère ainsi que la Confédération doit faire « un pas vers l’islam », en soutenant « les courants éclairés parmi les musulmans ». Constatant que sur les 400.000 musulmans présents sur le territoire, 160.000 sont de nationalité suisse, Christian Levrat affirme que « l’islam appartient à notre pays ».

Mais la « condition préalable » est, selon lui, un « engagement en faveur d’une interprétation moderne du Coran », des « activités au service de la société » et des « offres de formation ». Et « par-dessus tout, défendez l’égalité des droits entre hommes et femmes », déclare sans sourciller le politicien fribourgeois aux musulmans installés dans le pays.

Le chef du PS n’hésite pas à mettre sur le même plan le « fondamentalisme islamique » et « l’islamophobie populiste de droite ». Pour Christian Levrat, « les deux projets idéologiques se nourrissent mutuellement. Toute expansion de l’islam politique provoque un sursaut de la tendance de la droite bourgeoise à l’islamophobie et à la construction de l’identité par opposition à l’islam ». – Il est à noter que cette position a été développée par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, dans une conférence donnée le 10 mai 2017, intitulée «  Le regard de Magellan. La diplomatie des ponts dans un monde de murs  » : « Nous traversons une saison tragiquement marquée par la violence aveugle du terrorisme fondamentaliste, qui empoisonne la fraternité, y compris sous le prétexte idolâtre d’invoquer le nom de Dieu. En même temps, nous enregistrons la montée en puissance d’une nouvelle affirmation de nationalismes et de populismes, qui risquent de miner les fondements de la cohabitation pacifique et ordonnée entre les peuples. »

Christian Levrat dénonce cette tendance chez Gerhard Pfister, président du Parti démocrate chrétien (PDC), parce qu’il estime qu’il serait « aberrant » de reconnaître officiellement l’islam. Dans un entretien accordé au quotidien alémanique Aargauer Zeitung le 6 novembre, le président du PDC souhaite d’abord protéger « les crèches, les chants de Noël ou les crucifix dans les écoles », car « tout cela appartient à notre tradition ».

Il pointe aussi la responsabilité de la première génération de musulmans dans une « intégration ratée », et affirme qu’« aussi longtemps que de nombreux groupes musulmans ont une attitude peu claire envers notre Etat de droit, nos valeurs et l’utilisation de la violence », il serait « absolument aberrant de faire de l’islam une religion officielle ».

Il n’en fait toutefois pas une question de principe indépassable, au contraire d’une majorité des citoyens helvétiques. Selon un sondage publié le 6 novembre 2016 par Matin Dimanche, seules 39% des personnes interrogées approuveraient une reconnaissance de l’islam comme religion officielle en Suisse. A la question de savoir s’il est judicieux de placer l’islam au même niveau que le christianisme et le judaïsme en Suisse, 61% des sondés répondent « non », alors que pour 80% d’entre eux les valeurs chrétiennes font partie de l’identité suisse.

Si en Suisse, l’Eglise et l’Etat sont séparés au niveau fédéral depuis le milieu du XIXe siècle, chaque canton règlemente librement son rapport aux institutions religieuses. Ainsi, l’Eglise catholique et les mouvements évangéliques réformés sont reconnus « institutions de droit public », et la loi leur garantit « les moyens nécessaires à l’accomplissement de leur mission», bénéficiant ainsi de la collecte de l’impôt ecclésiastique. Ce qui n’est bien sûr pas le cas de l’islam, et c’est sur ce plan aussi que se situe la question d’une possible officialisation.

Selon l’Office fédéral de la statistique il y avait en 2011 près de 321.000 musulmans de plus de 15 ans habitant en Suisse, soit 4,9% de la population. On parle aujourd’hui de 400.000 musulmans sur le territoire helvétique. C’est, en nombre, la troisième religion du pays après le catholicisme (37,4%) et le protestantisme (27,8%).