France : 15 août, une prière pour la famille suscite un débat

Le cardinal Philippe Barbarin

Le mercredi 15 août 2012, en la fête de l'Assomption, une prière universelle pour la France, écrite par le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, a été lue dans presque toutes les paroisses. 

Cette prière pour la famille, d’un ton pourtant très modéré, a suscité une polémique dans la presse, alors que le gouvernement socialiste s’apprête à donner aux homosexuels le droit de se marier et d'adopter des enfants.

A l'occasion de la fête de l'Assomption, les évêques avaient invité les catholiques à réciter, dans toutes les paroisses, une prière pour la France, pour la famille et le couple homme-femme, en réaction au projet de loi sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe et au débat sur l'homoparentalité. Compte tenu de la situation et des probables projets législatifs du gouvernement français sur la famille et l'euthanasie, il avait semblé opportun au cardinal-archevêque de Paris de « donner un signe national ».

La démarche n’a pas fait partout l´unanimité. Pour le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, cette prière a bien une dimension politique. « L´Eglise doit parler quels que soient les courants qui traversent l´opinion publique », a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien lyonnais Le Progrès, affirmant que l´Eglise a son mot à dire dans les débats de société, surtout lorsque l´Etat se montre trop intrusif.

« Notre désir est que la loi n'entre pas dans des domaines qui dépassent sa compétence. Un Parlement est là pour trouver du travail à tout le monde, (...) pour s´occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un Parlement, ce n´est pas Dieu le Père. (...) Que chacun garde le sens des limites de sa responsabilité ! », a-t-il affirmé. Questionné également dans Le Figaro par le journaliste Jean-Marie Guénois, le cardinal Barbarin a répondu : « Oui, l'heure est grave ». « C'est une rupture de civilisation de vouloir dénaturer le mariage, qui est depuis toujours une réalité merveilleuse et fragile. (…) On a reproché à l'Eglise son silence en d'autres temps. Mais si sa mission première est la prière, et j'espère qu'elle s'en acquitte fidèlement, elle doit parler quels que soient les courants qui traversent l'opinion publique. »

Dans le même entretien, l’archevêque de Lyon reconnaît que la prière en général a une dimension politique dans la mesure où elle ne fait pas abstraction des questions de la vie sociale, encore moins des souffrances des hommes. Mais il se demande si la laïcité voudrait interdire la prière. « Sommes-nous en tyrannie ? Allons-nous soumettre nos rites et nos formulaires au commandement de la ‘pensée unique’ ? », demande-t-il. Il relève au passage que l'Eglise a l'habitude d'être « le paillasson sur lequel on s'essuie les pieds », mais que « ces réactions font penser que certains semblent avoir peur de la prière ».

Devant la polémique que soulève le texte du cardinal Vingt-Trois, le cardinal Barbarin s’interroge : « On peut prier pour l'engagement des époux, pour les enfants et les jeunes, afin qu'ils ‘bénéficient pleinement de l'amour d'un père et d'une mère’ sans être taxé d'homophobie, j'espère ! Ce sont les intentions qui montent spontanément au cœur des croyants. Il ne faudrait pas se mettre à terroriser le bon sens... »

Le 16 août, Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille, s'est dit solidaire de l´initiative de prière pour la famille prise par la Conférence des évêques de France. Le prélat romain a déclaré que le cardinal Barbarin avait raison de qualifier de « choc des civilisations » l'emploi de l´expression "mariage homosexuel". « Le mariage est autre chose, a-t-il affirmé, et la famille naît du mariage ». Faire tenir cette entité, à la fois culturelle et religieuse, est pour lui un « grand défi » à relever « dans tous les coins de la terre ».

Le 4 septembre, à l’occasion d’un entretien dans La Croix, le cardinal Barbarin est revenu sur le projet de légalisation du "mariage homosexuel", demandant s’il est « légitime (pour le Parlement français) de décider de tout, de changer le sens des mots ». « Il est sage que tout mode de gouvernement se donne des limites et sache ‘raison garder’ », poursuit-il. C'est dans ce sens que les citoyens ont le droit et le devoir d' « interpeller les responsables ». « N'est-il pas dangereux de se mettre à redéfinir l'homme, la femme, le mariage... ? », s'interroge-t-il. Sur l'euthanasie, également au cœur du débat public en France, il remarque qu'on « invoque le désir de la personne, qui veut elle-même se supprimer ». Mais le prélat français fait remarquer que « le jugement d'une personne sur sa propre vie ne peut pas être la référence absolue ».

Plusieurs associations attachées à la Tradition organisent et organiseront des actions contre le projet de loi socialiste. Ainsi l’Institut Civitas a lancé une pétition « La famille, c’est sacré », et propose un argumentaire dans le numéro de septembre de sa revue. Civitas 17 rue des Chasseurs 95100 Argenteuil – Tél : 01 34 11 16 94.