Suisse : mises en garde contre l’extrémisme musulman
Georg Otto Schmid, responsable du centre protestant d’information sur les religions et les sectes Relinfo (soutenu par l’Eglise évangélique réformée du canton de Zurich), et spécialiste des sectes, met en garde contre la montée de l’extrémisme musulman en Suisse. Interrogé le 5 janvier 2014 par la radio alémanique SRF 1, il a déclaré que de plus en plus de jeunes sont tentés par un islam extrêmement conservateur, et non plus par des sectes classiques telles que les Témoins de Jéhovah. En effet Internet offre une vaste gamme de présentations de ces groupes musulmans très attirantes pour des jeunes sans perspectives. Certes, a-t-il admis, il n’y a pas encore beaucoup de salafistes en Suisse. La croissance de ces mouvements part d’un niveau très bas, mais on doit cependant prendre le salafisme au sérieux, étant donné qu'une partie importante de ces mouvements est en faveur du djihadisme.
Cette tendance approuve l’utilisation de la violence pour atteindre ses objectifs. Il suffit qu’un très petit groupe de ces personnes prônant la violence devienne actif: cela pourrait causer de nombreuses victimes. «C’est la raison pour laquelle je pense que même s’il y a peu de cas, il faut les prendre au sérieux». Sur ce sujet Le Monde du 30 juillet 2013 n’hésitait pas à écrire, à propos du dossier judiciaire de Mohamed Merah, « la boîte à outils islamiste est disponible à portée de clic ». Les articles « sont traduits en français, et donc susceptibles de toucher un public bien plus large que la revue d’Al-Qaida sur le Web, rédigée en anglais. Surtout, ils glissent par petites touches de la propagande prônant un islam rigoriste vers la défense du djihad le plus dur. »
Le centre protestant Relinfo observe une tendance non négligeable de jeunes Suisses qui rejoignent de tels mouvements islamistes. « Ce sont surtout les parents qui nous appellent parce que leur fils ou leur fille s’est converti à la branche salafiste de l'islam ». Les parents de ce genre de convertis, conseille l’expert, doivent garder le contact avec ceux qui ont adhéré à de tels groupes. Parmi les organisations musulmanes sur le sol helvétique, le Conseil Central Islamique Suisse (CCIS) a été fondé en 2009 par de jeunes Suisses convertis à l’islam dans la ville de Bienne, qui pratiquent le salafisme. Le CCIS est ainsi dirigé par Nicolas Blancho (sur la photo) qui revendique la forme la plus stricte d’islam pratiquée en Arabie saoudite et prêche l’intolérance envers les femmes et les non-musulmans. Un des objectifs du CCIS est de créer des écoles pour les musulmans. C’est « toutefois une forme d’islam peu répandue en Suisse et (qui) ne saurait en aucun cas être représentative de ce dernier », peut-on lire dans le Rapport du Conseil fédéral sur la situation des musulmans en Suisse, du 8 mai 2013, – rapport qui remarque que « si l’on regarde le nombre de musulmans pratiquants en Suisse, qui s’élèverait tout au plus à 50.000 selon des extrapolations internes, on constate que seule la moitié environ fait partie d’organisations musulmanes ».
Cependant, le CCIS attire des jeunes auxquels il propose un argumentaire mêlé de pratique religieuse avec des conférences par des orateurs confirmés. En avril 2010, Alard du Bois-Reymond, directeur de l’Office fédéral des migrations (ODM), avait exprimé des craintes à propos du CCIS, dans l’hebdomadaire dominical alémanique NZZ am Sonntag, en soulignant que ces jeunes acquis à la cause salafiste sont un « terreau fertile pour des terroristes potentiels ». Le 4 mai 2010 l’ODM publiait un communiqué précisant que le CCIS était « invité à se distancier explicitement de la lapidation des femmes », « qu’il n’est pas possible de négocier sur certaines valeurs comme l’égalité entre hommes et femmes ». Le communiqué déclarait « également hors de question d’introduire un conseil de la fatwa ».
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(Sources : apic/srf/Le Monde/swissinfo – DICI n°288 du 17/01/14)