Indonésie: Exécution de trois catholiques

Le 21 septembre, Fabianus Tibo (60 ans), Dominggus da Silva (42 ans) et Marianus Riwu (48 ans) ont été fusillés à Palu, capitale provinciale de Sulawesi Centre (Célèbes).  Paysans indonésiens catholiques, ils avaient été condamnés à mort en avril 2001 après avoir été déclarés coupables d’assassinats et d’incitation au meurtre durant les émeutes qui avaient opposées chrétiens et musulmans en 2000 aux Célèbes. L’Indonésie recense 90% de musulmans sur une population de 220 millions d’habitants et 5% de chrétiens qui dans certaines régions de l’est du pays, dont Sulawesi et Maluku, constituent près de la moitié de la population.

 « Les autorités n’ont pas permis que les corps des trois hommes exécutés soient déposés dans l’église St. Mary de la ville de Palu où l’exécution a eu lieu, et que les rites religieux prescrits soient pratiqués. C’est alors que les désordres ont commencé », a déclaré le Père Ignatius Ismartono, secrétaire de la Commission épiscopale pour le dialogue interreligieux en Indonésie, à l’agence MISNA. « Un avion, a-t-il expliqué, a transporté les corps de Fabianus Tibo et de Marianus Riwu dans leur village natal de Beteleme, dans le district de Morowalai, province de Sulawesi Centre, tandis que le corps de Dominggus da Silva, originaire de la lointaine île de Flores, a été directement enterré à Palu aussitôt après l’exécution ». Palu, la capitale de l’île, était placée sous haute surveillance ; 4 000 policiers furent spécialement détachés sur place.

 En effet, à Atumbua, localité majoritairement chrétienne située dans la partie occidentale de l’île de Timor, les manifestants ont attaqués les commerces tenus par des musulmans en brisant les vitres à coups de pierres, avant d’incendier les bureaux du procureur et d’envahir la prison. Adang Daradjatun, chef adjoint de la police nationale à Jakarta, a précisé : « Une manifestation d’environ mille personnes a eu lieu. Les manifestants ont endommagé les locaux du procureur général et ont pénétré dans la prison » pour libérer les 200 détenus. Le père Yustus, prêtre du diocèse d’Atambua, a affirmé qu’il était parvenu avec ses confrères à calmer la foule : « Nous avons pris la parole devant un millier de personnes dans un champ. Tous sont à présent rentrés chez eux ».

 Amnesty International s’est exprimé par la voix d’Isabelle Cartron, experte de l’organisation de défense des droits de l’homme pour l’Asie du Sud-Est : «De tels meurtres approuvés par l’État sont d’autant plus inacceptables lorsqu’il y a, comme c’est le cas ici, de sérieux doutes sur l’équité des procès». L’Union européenne a demandé à l’Indonésie de rétablir un moratoire sur la peine de mort et publié un communiqué : "Réaffirmant la position de principe de l’UE contre la peine de mort et rappelant que l’UE en a fait part aux autorités indonésiennes à plusieurs reprises, la présidence exprime ses regrets quant à ces exécutions".

 À Jarkarta, le vice-président Jusuf Kalla a affirmé que l’exécution des trois indonésiens «n’était pas une affaire d’ethnie ou de religion, mais une affaire de justice».

 Le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a déclaré : « Nous sommes tous dans la tristesse profonde et nous prions le Seigneur que le sang versé soit signe d’espérance pour tous les croyants en Dieu miséricordieux ».                 

Le 23 septembre, un communiqué du Vatican déclarait : « Le Saint-Siège a appris avec un vif regret la nouvelle de l’exécution de Fabianus Tibo, Dominggus da Silva et Marinus Riwu, jugés responsables des violences survenues à Poso, en Indonésie, en 2000 », rappelant que la Secrétairerie d’Etat était intervenue « plusieurs fois auprès des autorités indonésiennes pour demander, au nom du Saint-Père, un geste de clémence en faveur des trois condamnés », - une demande de grâce avait été adressée par Benoît XVI lui-même au président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, le 11 août dernier. Le communiqué ajoutait que le Saint-Siège désirait « contribuer aux efforts en faveur du processus de réconciliation en Indonésie et à la coexistence pacifique traditionnelle entre personnes de différentes religions, dont il souhaite qu’elle continue à distinguer ce grand pays ». Le Vatican précisait s’être exprimé « sur un plan étroitement humanitaire, inspiré de la position bien connue de l’Eglise catholique concernant la peine de mort, et en tenant bien compte des particularités de ce cas douloureux ».