France : des imams labellisés ?
Alors que le compte-à-rebours de l’élection présidentielle française touche à sa fin, les musulmans de France viennent d’adopter une « charte de l’imam » censée rassurer les Français en veillant au recrutement de "prédicateurs républicains" : mais quelle sera la portée d’une mesure déjà rejetée par la plupart des acteurs prépondérants de l’islam en France ?
Le 28 mars 2017, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France, à Lourdes, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence épiscopale, formulait les habituels éléments de langage épiscopaux relatifs à l’intégration de l’islam dans la République : « Il est nécessaire, déclarait-il, que du sein de la population française musulmane se lèvent des responsables qui aident leurs frères à inscrire la pratique de l’islam dans notre République et se démarquent de ceux qui distillent des enseignements fermés ou des pratiques communautaristes », en soulignant par ailleurs l’importance de la formation des imams.
Hasard du calendrier ? Le lendemain, mercredi 29 mars, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a adopté « une charte de l’imam » pour aider les mosquées à mieux lutter contre les discours radicaux en veillant au recrutement de prêcheurs « républicains ».
Les mosquées seront invitées à faire de la signature de ce texte - adossé à une « convention-type » censée clarifier les missions de l'imam et son statut -, « un élément essentiel à prendre en compte » lors des recrutements.
Selon ce document, « l'imam réaffirme que Dieu, qui est à l'origine de toute vie, comme il est à la source de tout ce qui est bon, ne saurait être invoqué pour justifier la haine et semer la terreur ». Il s'engage à rappeler aux fidèles leur « obligation à l'égard de leur patrie et de leurs concitoyens », en leur enjoignant d’« élever des prières pour la France à l'occasion du prêche du vendredi ».
Après cette première étape, le CFCM travaille au « deuxième étage de la fusée » : un projet de « recommandation des imams » qui doit permettre de contrôler leur formation civile et civique, ainsi que leurs connaissances théologiques.
D'ores et déjà la présente charte, une fois signée, sera « opposable » à l'imam, puisqu'elle fera l'objet d'une signature tripartite entre lui, son employeur (mosquée ou fédération) et le CFCM ou l'un de ses conseils régionaux (CRCM). « Cela mettra l'imam devant ses responsabilités », explique Anouar Kbibech, président du CFCM.
On peut légitimement mettre en doute la portée réelle d’une initiative qui ressemble davantage à une énième stratégie de communication destinée à rassurer les électeurs français sur la bonne volonté des musulmans de France, cela à la veille d’une élection présidentielle où la candidate du Front National serait, selon les sondages, qualifiée pour le second tour.
Il ne faut pas se leurrer, et dans l’islam de France personne n’est dupe de ce jeu : la Grande Mosquée de Paris - membre du CFCM, liée à l’Algérie et dirigée par le recteur Dalil Boubakeur - qui aspire toujours à un rôle central au sein d’un islam français plus identitaire que jamais, n'a pas accueilli avec enthousiasme, loin s’en faut, cette charte, et n’a aucun intérêt à se montrer trop zélée dans son application.
Plus profond encore est le rejet de la part de l’influente « Union des Organisations Islamiques de France » (UOIF) émanation radicale de l'islam politique des Frères musulmans. Pour ces derniers, qui ont la prétention d’incarner un islam authentique : l’oumma - ou communauté pleinement régie par la charia - demeure la seule société où l’islam peut s’intégrer.
Au-delà de l’angélisme des uns et des déclarations opportunistes des autres, le débat sur les modalités d’existence de l’islam en France mérite d’être ouvert dans toute son amplitude, sans a priori. Et sans tarder.
(Sources : AFP / La Croix / FSSPX.Actualités)