Ombres chinoises sur l’Eglise
En Chine, l’ouverture au mois de mars 2019 de la 13e Assemblée nationale populaire laisse entrevoir un durcissement de la politique religieuse dans le pays, pouvant hypothéquer l’accord passé entre le Saint-Siège et l’Eglise catholique en septembre 2018.
Le ton a été donné dans un discours prononcé le 11 mars 2019 : Xu Xiaohong, président du Comité national supervisant le culte protestant, a déclaré qu'il existait de nombreux problèmes avec le christianisme dans le pays, notamment l’« infiltration » de l'étranger. « Les forces anti-chinoises occidentales poursuivent leurs tentatives de déstabilisation de la société chinoise, en sapant le pouvoir politique de notre pays sous l’étendard du christianisme », a déclaré le haut fonctionnaire devant la Commission consultative politique du peuple chinois, qui réunit 2 200 délégués.
Cette assemblée uniquement consultative est chargée de relayer les décisions du Parti communiste chinois (PCC) auprès des différents acteurs de la société, comme le monde des affaires, des médias ou du sport.
« Ce n’est qu’en continuant et en appliquant les valeurs fondamentales du socialisme que notre christianisme pourra véritablement s’adapter à la société socialiste », a martelé Xu Xiaohong, dans une rhétorique qui n’aurait pas déplu au Grand Timonier.
Un discours en forme d’appel à intensifier la politique de « sinisation » de toutes les religions, solennellement réaffirmée par le président Xi Jinping, en 2017, lors du 19e congrès du PCC.
Cette politique ambitionne de « créer une sorte de secteur public religieux », comme l’explique le jésuite Benoît Vermander au journal La Croix, afin que celui-ci serve l’objectif de « concilier le socialisme et la tradition nationale chinoise ».
Un autre élément est à relever : le ralentissement économique et la guerre commerciale avec les Etats-Unis ont affaibli la position de Xi Jinping au sein du Parti, comme l’explique l’analyste Chen Daoyin dans Le Monde du 2 mars 2019.
Aussi, pour reprendre la main à partir de l’Assemblée nationale populaire ouverte le 5 mars, et s’affirmer en digne héritier de Mao, le maître actuel de Pékin n’a pas d’autre choix que de s’engager davantage sur la voie de la sinisation des religions et du catholicisme en particulier.
De quoi inquiéter les fervents défenseurs de l’accord passé entre le Vatican et la Chine le 22 septembre 2018, et de conforter à l’inverse le cardinal Joseph Zen, ancien évêque de Hong Kong, qui dénonçait dans The New York Times du 24 octobre 2018, un accord pouvant conduire à « l’anéantissement de la vraie Eglise ».
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(Sources : Reuters/NYT/Le Monde/La Croix - FSSPX.Actualités - 19/03/2019)