Il y a 100 ans, le communisme à l’assaut de l’Eglise et du monde

07 Novembre, 2017
Provenance: fsspx.news
Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine.

En mars 1917, Lénine vit dans la pauvreté à Zurich. Il est le chef en exil d’un petit parti révolutionnaire extrémiste. Huit mois plus tard, en octobre 1917, il est le maître de la Russie, un pays de 160 millions d’habitants qui s’étend sur un sixième des terres habitées du globe. Il y instaure l’un des pires régimes que le monde ait jamais connus.

Avant de trouver le moyen de rentrer en Russie, Vladimir Ilitch Oulianov mène une existence médiocre à Zurich, faite d’articles dans des revues obscurément marxistes, et de débats sans fin dans des cafés.

Mais, en pleine Première Guerre mondiale, avec l’aide du gouvernement du Kaiser Guillaume II, Lénine traverse en train l’Allemagne et la Scandinavie, pour rentrer en Russie. Ces huit jours de voyage, entre le 27 mars et le 3 avril 1917, ont changé la face du monde.

Conquête du pouvoir

« Des millions de projectiles destructeurs ont été tirés pendant la guerre mondiale », écrit Stefan Zweig dans Le Wagon plombé, mais « aucun n’a tiré à plus longue distance, aucun n’a joué un rôle plus décisif dans toute l’histoire récente que ce train qui, chargé des révolutionnaires les plus dangereux, les plus déterminés du siècle, quitte la frontière suisse et fonce au-dessus de toute l’Allemagne pour atterrir à Saint-Pétersbourg et y faire éclater l’ordre du temps ».

C’est un homme chétif et inquiet qui arrive à Petrograd dans la nuit du 16 avril 1917, craignant d’être arrêté pour trahison dès sa descente du train par le gouvernement provisoire dirigé par le prince Lvov, au pouvoir depuis l’abdication du Tsar. En route, il a rédigé ses Thèses d'avril, prônant une révolution prolétarienne radicale sans passer par la révolution bourgeoise prévue par la théorie marxiste.

Quand le convoi arrive en gare de Petrograd, Vladimir Ilitch découvre, stupéfait, que la foule qui l’attend n’est pas venue pour l’arrêter mais pour l’acclamer. Le parti bolchevique a en effet orchestré le rassemblement de centaines de militants afin de célébrer le retour de son chef. Et pour l’occasion, une fanfare joue même La Marseillaise

Après l’insurrection ratée de juillet 1917, Lénine, traqué, doit prendre le chemin de la fuite. Il réapparaît finalement le soir du 24 octobre 1917 à l’institut Smolny. Méconnaissable - il a rasé sa barbe légendaire - il doit se faufiler dans la cohue pour aller haranguer ses camarades.

Le lendemain, galvanisés par Vladimir Illitch, dans un climat général d’agitation sociale, les bolchéviques s’emparent du Palais d’Hiver, siège du gouvernement provisoire mis en place après l’abdication de Nicolas II et la chute du régime tsariste, en février de la même année. L’aube d’un jour nouveau et de lendemains qui chantent se lève en Russie - et sur le monde… Le premier Etat athée de l'histoire sera le plus persécuteur de la religion et le plus meurtrier des régimes totalitaires.

Devant l'Eglise

L’Eglise condamne la doctrine du communisme sous le pape Pie XI, dans l’encyclique Divini Redemptoris du19 mars 1937. Le communisme est qualifié d’ « intrinsèquement pervers ». La révolution socialiste est dénoncée comme violente et barbare. Le « péril si menaçant » qui menace le monde entier, c'est « le communisme bolchevique et athée, qui prétend renverser l'ordre social et saper jusque dans ses fondements la civilisation chrétienne ». Ce « faux idéal de rédemption », explique Pie XI, repose en effet sur les fondements erronés « du matérialisme dialectique et historique déjà prônés par Marx », doctrine dans laquelle « il n'existe qu'une seule réalité, la matière, avec ses forces aveugles ; la plante, l'animal, l'homme sont le résultat de son évolution ».

Dans un tel système, poursuit le pape, « la société humaine n'est pas autre chose qu'une apparence ou une forme de la matière qui évolue suivant ses lois ; par une nécessité inéluctable elle tend, à travers un perpétuel conflit de forces, vers la synthèse finale : une société sans classe. » La conséquence d’une telle doctrine, c’est qu’« il n'y a plus de place pour l'idée de Dieu. Il n'existe pas de différence entre l'esprit et la matière, ni entre l'âme et le corps : il n'y a pas de survivance de l'âme après la mort, et par conséquent nulle espérance d'une autre vie » ; et c’est là que réside toute la perversité du système qui prétend régénérer l'humanité.

Les régimes marxistes-léninistes qui se mettent peu à peu en place - jusqu’en 1991 pour la seule Russie - font du communisme le totalitarisme le plus répressif et le plus meurtrier de l’époque contemporaine. Selon l’enquête menée dans le Livre noir du communisme, les diverses tentatives de construction de « l'homme nouveau » ont provoqué dans le monde la mort de 65 à 85 millions de personnes.

Le bilan soviétique - environ 15 millions de morts - est tristement dépassé par la Chine de Mao. On estime le nombre des victimes dans l’Empire du Milieu entre 45 et 72 millions… Quant à la palme de l'intensité meurtrière, elle revient aux Khmers rouges, qui ont éliminé en moins de quatre ans, de 1975 à 1979, entre 1,3 et 2,3 millions de personnes sur une population de 7,5 millions de Cambodgiens.

Car le communisme bolchevique a pris l'allure d'une véritable « croisade pour le progrès de l'humanité », ainsi que l'avait bien compris le pape Pie XI. Sa diffusion est allée de pair avec les massacres et la terreur généralisée, reproduisant avec la même logique le mécanisme de toute révolte contre Dieu et l'ordre naturel, dans la continuité de la Révolution française, mère et matrice de toutes les révolutions modernes.

Le communisme, analyse l'encyclique pontificale, « est par sa nature antireligieux et considère la religion comme "l'opium du peuple", parce que les principes religieux qui parlent de la vie d'outre-tombe empêchent le prolétaire de poursuivre la réalisation du paradis soviétique, qui est de cette terre. » Mais comme « on ne foule pas aux pieds impunément la loi naturelle et son Auteur », c'est par le terrorisme et la mise en esclavage de millions d'hommes que le paradis soviétique sera imposé, par cette nouvelle religion qu'est devenue celle du Parti.

Cent ans après la révolution bolchévique, le régime soviétique n’existe plus en Russie, mais les statues de Vladimir Ilitch Oulianov, bien qu’un peu abîmées, sont restées en place à Saint-Pétersbourg. Son corps, momifié, est toujours exposé place Rouge, dans une mise en scène rappelant le culte de la personnalité dont il fit l'objet.

Si l’empire des Tsars a été réhabilité, l’écho des paroles de Notre Dame à Fatima a, quant à lui, traversé le siècle sans rien perdre de son actualité : « Si on répond à mes demandes [consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie et communion réparatrice des premiers samedis du mois], la Russie se convertira et on aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise ».