1914-1918 : la France réconciliée avec ses prêtres

08 Novembre, 2018
Provenance: fsspx.news

La commémoraison du centenaire de l’armistice est l’occasion de mettre en lumière un pan d’histoire religieuse. A la veille de la mobilisation générale, l’anticléricalisme est virulent en France : nombreux sont les religieux expulsés en 1903 et dans les années du ministère Combes. Et pourtant, les prêtres sont revenus pour s’engager dans l’armée dès l’entrée en guerre, scellant les grandes retrouvailles de la France et de ses prêtres. 

Ces clercs courageux qui se sont enrôlés par milliers, ne voulaient pas être relégués au corps médical : ils obtinrent donc de côtoyer les soldats au front, pour porter le Christ et les secours de Son Eglise sous le feu des canons, devant la pointe des baïonnettes ennemies. 

La présence des prêtres, au côté des poilus, a changé le rapport à la religion de nombreux Français. Telle est la thèse que développe le Père Jean-Yves Ducourneau dans son livre, Dieu dans les tranchées

Car les aumôniers ont payé de leur personne : 2.949 prêtres diocésains, 1.571 religieux et 1.300 séminaristes sont tombés au champ d’honneur, tandis que 375 religieuses mourraient au service des soldats. Proportionnellement, cela représente, avec les agriculteurs, la « classe sociale » qui a le plus donné de son sang. 

Les lettres de ces aumôniers expriment les témoignages poignants de ces « retrouvailles » du peuple de France avec ses prêtres. 

Ainsi, l’abbé Louis Lenoir, dès le début de son apostolat militaire en 1914, écrivait : « Je n’oublierai jamais les effusions de ces pauvres soldats me sautant au cou après une confession de dix, quinze, vingt ans (dans une seule matinée de dimanche, ils étaient une centaine de cette catégorie), ou le rayon de joie qui illumine les pauvres mourants quand, sur les champs de bataille ou sur les brancards, je leur ouvre le Ciel au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » 

Le prix du sang plus fort que le sectarisme maçonnique 

Plusieurs années après l’armistice, la franc-maçonnerie tenta de reprendre sa lutte contre l’Eglise. Le 2 juin 1924, le président du Conseil Edouard Herriot annonça un projet d’expulsion des congréganistes, la suppression de l’ambassade près le Saint-Siège et l’application de la Loi scélérate de Séparation aux départements de l’Alsace et de la Moselle. 

La réponse vint, aussi célèbre que cinglante, d’un jésuite et ancien aumônier militaire devenu aumônier scout, Paul Doncœur : 

« Ce n’est pas de courir au diable qui nous effraie. Nous ne tenons à rien, ni à un toit, ni à un champ. Jésus-Christ nous attend partout et nous suffira toujours au bout du monde. Mais nous ne voulons plus qu’un étranger, nous rencontrant un jour loin du pays, nous pose certaines questions auxquelles nous répondrions, comme jadis, en baissant la tête : ‘la France nous a chassés !’ Pour l’honneur de la France – entendez-vous ce mot comme je l’entends ? – pour l’honneur de la France, jamais nous ne dirons plus cela à un étranger. Donc, nous resterons tous. Nous le jurons sur la tête de nos morts, et à vous aussi, camarades ! ». 

Et ils sont tous restés, par le sang versé de leurs confrères de la Grande Guerre. Puissent-ils reposer en paix et intercéder pour la France et l’Eglise.