Chine : Pékin s’impose par une loi sur la “sécurité nationale” à Hong Kong 

27 Juin, 2020
Provenance: fsspx.news

« La Chine continue à être un joug très lourd. Le Parti communiste veut tout contrôler, non seulement les structures mais aussi l’esprit et le cœur des citoyens. Aujourd’hui, les méthodes ont un peu changé », affirmait Mgr Joseph Zen Ze-kiun, alors évêque de Hong Kong, au quotidien italien l’Avvenire de la Conférence épiscopale italienne, en janvier 2006. 

La Chine continue à être un joug très lourd 

Le 28 mai 2020, le parlement chinois en session annuelle à Pékin a adopté à la quasi-unanimité une loi sur la « sécurité nationale » à Hong Kong. Le texte comporte sept articles, précise le quotidien La Croix le jour même, dont un qui interdit toute interférence de forces étrangères à Hong Kong, un autre autorise les organes chinois de justice et de police à s’établir à Hong Kong. Enfin Pékin pourra « empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou l’exécution d’activités terroristes, ainsi que les activités de forces étrangères qui constituent une ingérence dans les affaires » de Hong Kong, selon le projet de loi qui avait été soumis à l’Assemblée nationale populaire. 

Depuis un an, les manifestations anti-gouvernementales secouent Hong Kong, protestant à l’origine contre le projet de loi visant à faciliter les extraditions vers la Chine continentale. La péninsule bénéficiait, jusqu’à présent, d’une autonomie plus large que sur le continent, conformément à la déclaration commune sino-britannique de 1984. Ainsi la pratique du culte y est libre, à la différence de la Chine continentale. L’annonce du projet de loi sur la « sécurité nationale » a déclenché de nouvelles manifestations dans l’île le dimanche 24 mai. 

Le même jour, le pape François a simplement assuré « les fidèles catholiques de Chine » de la présence à leur côté de l’Eglise catholique « qui se veut proche des espoirs mais aussi des épreuves traversées par les catholiques chinois ». En 2008, le pape Benoît XVI avait fait du 24 mai, jour de la fête de Marie-Auxiliatrice – ou Marie, Secours des chrétiens – une journée de prière pour l’Eglise de Chine. La Vierge Marie, patronne de la Chine, est particulièrement vénérée dans le sanctuaire marial de Sheshan à Shanghaï.  

Le Vatican n’a pas dit un mot 

A l’occasion de l’anniversaire des terribles événements du 4 juin 1989 sur la place Tiananmen, le site italien Nuova Bussola Quotidiana interrogeait le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong. « Cette année, en voyant toutes les choses qui se sont passées, nous sommes presque à la veille d’un autre Tiananmen. Ils ont utilisé tous les moyens pour écraser nos protestations légitimes, les policiers sont devenus presque comme des bêtes. Je suis surpris de voir comment nos braves jeunes gens sont arrêtés, battus, torturés simplement parce qu’ils veulent défendre l’autonomie et la liberté de Hong Kong. Avec cette menace de la loi sur la sécurité nationale, nous sommes vraiment inquiets », confiait Mgr Zen. 

A une question sur la nomination du nouvel évêque de Hong Kong, qui est depuis un an et demi sous administration apostolique, Mgr Zen évoque la situation d’incertitude à Rome, après l’Accord provisoire du 22 septembre 2018 (toujours tenu secret) entre le Vatican et Pékin, sur la nomination des évêques. Mgr Joseph Ha, qui agit selon l’enseignement de la doctrine sociale de l’Eglise, précise Mgr Zen, a malheureusement été déclaré « avoir des vues critiques contre le gouvernement chinois, et ne pas jouir de la bénédiction de Pékin ». « C’est terrible, s’exclame Mgr Zen, nous ne pouvons pas laisser les critères politiques être au-dessus des religieux ! Nous avons besoin d’un guide en ces temps, pas de quelqu’un qui cède volontairement à la pression du Parti communiste. (…) Le Vatican a essayé de plaire au gouvernement de Pékin et n’a jamais parlé des choses horribles qu’il a faites. Maintenant, le monde entier voit la brutalité de la police, qui torturent nos jeunes : ils sont battus, arrêtés, et le Vatican n’a pas dit un mot pour les aider. On s’inquiète pour cela. » 

La religion ne nous appartient plus  

En Chine, les commerces, les restaurants ainsi que les cinémas et la production industrielle ont été déconfinés début mars ; les églises sont restées fermées jusqu’en juin. Après cinq mois de fermeture en raison de la pandémie, le gouvernement chinois a annoncé la réouverture des églises, publie l’agence Eglises d’Asie (EDA) le 9 juin 2020. Mais les processus bureaucratiques et les conditions de réouverture rendent la reprise du culte particulièrement difficile pour les fidèles. Le père Paul, qui vit dans le centre du pays, déplore : « pour rouvrir l’église, nous devons obtenir un permis des autorités à tous les niveaux : village, commune et province ». A cela s’ajoutent les contrôles de température, le port du masque, la mise à disposition de gel désinfectant et le respect des distances. Dans certaines provinces, l’Association patriotique gouvernementale exige, pour la réouverture, des homélies sur l’amour du pays avec des hymnes patriotiques, dans le cadre de la « sinisation » des religions voulue par Pékin. « Nous avons l’impression que la religion ne nous appartient plus, et qu’elle appartient au Parti. Mais faut-il que nos évêques, qui bénéficient des faveurs et avantages qui leur sont accordés par le Parti, restent toujours silencieux ? Et est-ce que le Vatican, qui a signé l’Accord provisoire il y a deux ans, réalise l’étendue du problème ? », s’interroge avec angoisse ce prêtre.