Le Concile Vatican II : un débat à ouvrir

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Le Concile Vatican II : un débat à ouvrir, tel est le titre de l’ouvrage de Mgr Brunero Gherardini paru en italien avant l’été, et dont une traduction française doit être publiée prochainement. 

Tel est également le thème retenu par la revue Le Courrier de Rome pour son IXe congrès théologique qui se tiendra à Paris les 8, 9 et 10 janvier 2010.

Alors que l’ouverture des discussions doctrinales entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège est annoncée pour l’automne prochain, il est utile de prendre connaissance du contenu de l’ouvrage de Mgr Gherardini grâce à la synthèse qu’en donne Le Courrier de Rome de juin 2009 (n°323, pp.1-5), et dont on trouvera ici les extraits les plus significatifs. Les numéros de pages donnés entre parenthèses sont celles de l’édition italienne indiquée in fine. Mgr Brunero Gherardini, né en 1925, a été doyen de la Faculté de théologie de l’Université du Latran.

Théologien de renom, il a publié plus de quatre-vingt ouvrages et plusieurs centaines d’articles. Il est actuellement chanoine de la Basilique Saint-Pierre, directeur de la revue thomiste Divinitas. Il peut être considéré comme le dernier représentant de l’école romaine de théologie illustrée par les Ottaviani, Tromp, Parente, Piolanti… (…) Si l’on accepte le Concile Vatican II, comment s’accommoder des enseignements de ce concile qui sont difficilement compatibles avec la ligne de la continuité doctrinale ? (…) Mgr Gherardini ne cache pas que (cette question) n’est pas imaginaire, il ne pense pas qu’elle puisse être simplement contournée par l’affirmation que les textes du conciles sont bons, et que seule leur interprétation pose problème.

Le problème, au contraire, est bien réel. C’est vrai : les évêques, les papes et le concile lui-même ont à plusieurs reprises revendiqué l’appartenance de Vatican II à la Tradition vivante de l’Eglise ; toutefois, « la communication vitale entre ses différentes phases ne doit pas être déclamée, mais démontrée et de façon telle que sa démonstration coïncide avec la continuité au moins substantielle de son contenu avec celui des phases précédentes » (p.131). En effet, alors que Mgr Gherardini s’apprête à faire une analyse détaillée des textes conciliaires, il fait remarquer que dans ces textes se trouvent des affirmations vraiment problématiques. (…) En se référant, par exemple, à la Constitution Sacrosanctum Concilium, au chapitre VI intitulé « Vatican II et la liturgie », il observe qu’ « ici, il y a beaucoup plus qu’une simple porte ouverte (aux novateurs, ndlr) : elle est grande ouverte. Tout d’abord on doit, du rite romain, sauver au moins la substance, puis les diversités sont dites légitimes et… l’on n’indique pas du tout lesquelles d’entre elles sont réellement légitimes, ni en quoi consiste la substance du rite romain. Cela peut être tout et le contraire de tout… Certes, la porte est vraiment grande ouverte. Et si quelqu’un est passé par cette porte pour introduire dans l’Eglise non pas une réforme liturgique qui mette en harmonie, sur la base de ses sources, la Tradition ecclésiale avec les attentes d’aujourd’hui en vue du lendemain, mais une liturgie subversive de sa propre nature et de ses finalités premières, le responsable (de cette intrusion) est en définitive le style conciliaire lui-même. » (p.147) – C’est nous qui soulignons ici et plus bas.

Le chapitre VII intitulé « Le grand problème de la liberté religieuse », après avoir étudié attentivement la question de la liberté religieuse, tant du point de vue objectif que du point de vue subjectif, conclut que ce sont certaines affirmations – contenues dans le texte conciliaire lui-même – qui sont problématiques : « Le fait d’avoir déclaré (dans Dignitatis Humanae, ndlr) le choix religieux exempt de toute coercition, inévitablement libre et responsable, rend évidente la condition métaphysique et existentielle du sujet… Le niveau est par conséquent subjectif, et le sujet est ainsi envisagé dans l’hypothèse d’un solipsisme absolu, c’est-à-dire absurde. La conscience du sujet – de ce sujet – en fait n’est jamais la seule réalité et n’est pas non plus l’unique valeur. » (p.181) (…) Si dans Dignitatis Humanae est posée la prééminence de l’élément subjectif sur l’élément objectif dans Unitatis Redintegratio ce principe est en quelque sorte absolutisé, en faisant passer l’œcuménisme de la saine perspective consistant à mettre en œuvre tous les efforts et les moyens possibles pour ramener les brebis à l’unique bercail du Christ, à une sorte de dialogue pour le dialogue, au nom d’un présumé respect de la dignité de l’homme qui empêcherait tout prosélytisme : selon Mgr Gherardini, en effet, par l’accent mis sur la dimension subjective, « les bases anthropocentriques du dialogue œcuménique étaient ainsi jetées ; sur ces bases on pouvait tranquillement ériger l’édifice des ‘principes catholiques de l’œcuménisme’, dans le but non pas de se mettre en cordée avec les confessions chrétiennes - différentes et opposées - en visant à former un seul troupeau sous un seul berger (Jn 10,16), mais d’en faciliter l’engagement chrétien commun au service de l’homme, chacune restant elle-même et toutes étant arrêtées sur la ligne de départ. » (p.190) (…)

La solution est donc celle d’une reconsidération attentive des documents conciliaires, selon une herméneutique théologique tout aussi attentive (herméneutique résumée par Mgr Gherardini au chapitre III, §2) ; il faut enfin prendre le concile au sérieux pour dissiper le doute (et vérifier) « si effectivement la Tradition de l’Eglise a été en tout et pour tout sauvegardée par le dernier concile et si, par conséquent, l’herméneutique de la continuité évolutive est son mérite indéniable et si l’on peut lui en donner acte » (p. 87). Il est nécessaire de faire ce travail parce que trop nombreux et trop graves sont les dommages qui détournent les âmes de la foi catholique ; et c’est pour cette raison que Mgr Gherardini termine son livre par une fervente supplique adressée au Saint-Père, pour que l’on réalise un examen scientifique des documents de Vatican II : « Si la conclusion scientifique de l’examen aboutit à l’herméneutique de la continuité comme la seule herméneutique possible et nécessaire, alors il faudra démontrer – au-delà de toute assertion déclamatoire – que cette continuité est réelle, et qu’elle ne se manifeste comme telle que dans l’identité dogmatique de fond. Dans le cas où, en tout ou en partie, cette continuité ne serait pas en définitive scientifiquement prouvée, il serait nécessaire de le dire avec sérénité et franchise, en réponse à l’exigence de clarté ressentie et attendue depuis presque un demi-siècle » (p.256) (…)

Dans sa préface à l’ouvrage, Mgr Mario Oliveri, évêque d’Albenga-Imperia, rappelle les conditions dans lesquelles doit s’ouvrir ce débat sur le Concile Vatican II. Toute l’analyse de Mgr Gherardini, imprégnée de saine théologie et soutenue par le Magistère de l’Eglise, se rattache à « une conception philosophique et donc aussi théologique (dans la mesure où l’attention porte sur la Vérité) qui reconnaît à l’intellect humain sa vraie valeur et sa vraie nature, au point de le considérer capable d’atteindre et d’adhérer à une vérité qui est immuable, comme est immuable l’être de toutes les choses, parce qu’il tire, par la création, sa nature de l’Etre absolu, de Celui qui est. Mais l’intellect humain ne crée pas la vérité, puisqu’il ne crée pas l’être : l’intellect connaît la vérité, quand il connaît le ‘ce qui est’ des choses. En dehors de cette vision, en dehors de cette philosophie, tout discours sur l’immutabilité de la vérité et sur la continuité de l’adhésion de l’intellect à la même vérité identique ne tiendrait plus, ne serait absolument plus soutenable. Il ne resterait plus qu’à accepter une mutabilité continuelle de ce que l’intellect élabore, exprime et crée » (pp.5-6).

Telle doit être la base commune pour une saine herméneutique du concile.

La continuité qu’il faudra vérifier à travers une analyse attentive, approfondie et pondérée des textes et des sources conciliaires doit être comprise dans la ligne de la philosophia perennis que l’Eglise a toujours défendue et encouragée. Qu’il n’arrive jamais que l’herméneutique du concile – et ce n’est pas un jeu de mots – s’abîme dans les méandres de l’herméneutique contemporaine, mais qu’au contraire elle s’enracine dans l’eodem dogmate, eodem sensu eademque sententia (dans le même dogme, dans le même sens et dans la même pensée) de saint Vincent de Lérins, que Vatican I a fait sien, et qui est le seul critère pour s’assurer que « tels passages, ou tels autres passages et affirmations du concile, ne disent pas seulement nove (de façon nouvelle) mais aussi nova (des choses nouvelles), par rapport à la Tradition pérenne de l’Eglise. » (p.7)

Traduction française de l’original italien revue par nos soins

Le livre de Mgr Brunero Gherardini, Concilio Vaticano II – Un discorso da fare, est actuellement disponible en italien, s’adresser à : Casa Mariana editrice, via Plano della Croce, I-83040 Fringento (AV) Italia – Courriel : cm.editrice@immacolata.ws

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