Extraits du livre de l’abbé de La Rocque "Jean-Paul II, doutes sur une béatification"

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Note de la rédaction de DICI : L’ouvrage Jean-Paul II, doutes sur une béatification contient près de 400 notes en bas de page. Faute de place, dans les extraits cités ici nous n’avons pu reproduire ces notes, si ce n’est deux d’entre elles. On se reportera donc à l’édition complète pour pouvoir lire toutes ces notes.

 I. Jean-PaulII et la vertu de foi (introduction du ch. I)

Evaluer l’héroïcité des vertus de Jean-Paul II revient à s’interroger sur la manière dont il a pratiqué la vertu de foi dans l’exercice de son ministère pétrinien. Il importe de vérifier s’il a fait tout ce qui était de son ressort – et ce jusqu’à l’héroïcité – pour que « l’Eglise du Christ, gardienne et protectrice des dogmes dont elle a reçu le dépôt, n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien ; mais [pour que] ce qui est ancien, qui a pris forme aux temps anciens et que la foi des Pères a semé, elle met[te] tout son soin à le polir et à l’affiner de manière que ces anciens dogmes de la doctrine céleste reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, et qu’ils croissent seulement selon leur genre, c’est-à-dire dans la même doctrine, dans le même sens, dans la même pensée [1] ».

Loin de conclure par l’affirmative, force est de constater que Jean-Paul II s’est comporté de manière autre. En nombre de points et en chacun d’eux à plusieurs reprises, ses propos en matière de foi se sont en effet révélés ambigus, voire équivoques. Il a en outre réinterprété le langage de la foi en plusieurs domaines, pour donner un sens nouveau à des mots anciens. Aussi est-il difficile de dire qu’en son enseignement habituel, Jean-Paul II a été un gardien et un protecteur héroïque des dogmes dont l’Eglise a le dépôt. Ne s’est-il pas lui-même posé en pionnier à la recherche de voies nouvelles ? Or il s’avère qu’en cette recherche, nombre de ses assertions ne sont pas sans poser de graves questions à la foi catholique.

Sans prétendre à une recension exhaustive – travail qui dépasse le cadre de cette étude – il s’agit simplement de mettre en évidence quelques-unes des graves interrogations que soulève l’enseignement de Jean-Paul II, suffisantes à elles seules pour remettre en cause une supposée héroïcité en matière de foi. Traitant tour à tour de la manière dont Jean-Paul II a parlé de l’extension de la Rédemption, du baptême et du péché, les lignes qui suivent n’entendent donc pas enfermer Jean-Paul II dans un système hétérodoxe, au risque d’être injustes. Elles mettent simplement en évidence les graves erreurs que son enseignement habituel a véhiculées – même s’il lui est arrivé par ailleurs de rappeler une fois ou l’autre la vérité opposée.

II. Jean-PaulII et la vertu d’espérance (conclusion du ch. II)

Délaissant ce qu’il a appelé la dimension divine de la Rédemption, Jean-Paul II s’est distancé par le fait même de la dimension théologale de l’espérance. Plutôt que de se faire le messager de l’éternelle béatitude qui est la bonne nouvelle de l’Evangile, plutôt que de prendre pour critère de jugement et de gouvernement ce regard d’éternité, Jean-Paul II a pris pour axe fondamental de son pontificat une autre espérance. Centrée sur ce qu’il a dénommé la dimension humaine de la Rédemption, cette espérance a pour objet l’édification de la civilisation de l’amour, pour moyen la prière considérée comme sentiment religieux – et par conséquent les religions prises dans leur pluralité et la liberté religieuse –, pour motif l’espérance dans l’homme. Cette civilisation de l’amour, autrement dit l’unité de la famille humaine ici-bas, fut le moteur de ses grandes décisions pontificales.

C’est pour ce motif que Jean-Paul II a voulu, d’une volonté personnelle très marquée, rassembler toutes les religions à Assise afin de valoriser la prière de chacun ; c’est pour ce motif qu’il a ensuite développé avec insistance, et souvent contre l’avis de la Curie, ce qu’il a appelé l’« esprit d’Assise ». Il l’a fait notamment à travers le soutien constant apporté à l’association « Hommes et religions » de la communauté Sant-Egidio. C’est encore ce même motif qui, selon les dires mêmes du pape, fut la raison principale de nombre de ses voyages ; citons à titre d’exemple son premier voyage en France, ses déplacements en Pologne, à Cuba, au Chili, ou encore sa visite aux indiens de Cuilapan, etc. Dans le même esprit, Jean-Paul II n’a pas hésité à nommer « pèlerinage » – c’est-à-dire à sacraliser – certaines démarches qui n’avaient que l’homme pour centre ; c’est ainsi qu’il s’est par exemple rendu en « pèlerinage » à Auschwitz, au mémorial d’Hiroshima ou sur les traces du passé spirituel de l’Inde.

De la même manière, il a considéré avec insistance comme « pèlerinage » toute démarche de paix faite dans l’esprit d’Assise. Il s’est également rendu en « pèlerinage » sur les traces de l’héritage spirituel de Luther ou sur les pas de Mahatma Gandhi. C’est encore en conformité avec l’espérance qui était sienne que le pape proposa au monde certains modèles d’hommes ; soit que ceux-ci aient partagé avec Jean-Paul II son idéal – et l’on pense au Mahatma Gandhi ou à Martin Luther King par exemple – soit que Jean-Paul II ait comme déformé des figures catholiques pour les présenter principalement sous cet aspect. On pourrait en ce sens évoquer à titre d’exemple les morts d’Edith Stein ou de Maximilien Kolbe, ou encore la figure du cardinal Wyszynski. Il a encore redéfini profondément la notion même de martyr pour l’étendre à toute personne qui mourrait non plus en haine du Christ, mais en haine de l’homme ou de la liberté religieuse. C’est ainsi qu’il considéra comme martyrs les millions d’êtres humains morts dans les camps de concentration, victimes de la Shoah ou encore d’Hiroshima, qu’il fit établir un martyrologe œcuménique à l’occasion du jubilé de l’an 2000.

Ces quelques faits, pris parmi d’autres, manifestent l’axe fondamental d’un pontificat et l’espérance qui en fut la trame. Or cette espérance, loin d’être l’espérance théologale seule digne du nom de vertu, s’oppose en bien des points aux fondements mêmes de cette dernière. Loin d’être théologale en son objet ou dans ses moyens, elle l’est encore moins dans son motif. Croyant s’appuyer sur une anthropologie théocentrique, Jean-Paul II a au contraire pris pour fondement l’immanence vitale condamnée par le pape saint Pie X. Aussi une telle espérance, qui éprouve bien des difficultés à échapper à la condamnation portée par le prophète Jérémie – « Malheur à celui qui met sa confiance dans l'homme » (17, 5) –, ne peut être donnée en exemple au peuple chrétien. En ce sens, béatifier Jean-Paul II ne reviendrait pas à donner la vertu pour modèle, mais à promouvoir une utopie.

III. Jean-PaulII et la vertu de charité (introduction du ch. III)

Dans son traité sur les béatifications et canonisations, le pape Benoît XIV explique quels sont les signes requis pour établir qu’un serviteur de Dieu a pratiqué la charité envers le prochain de manière héroïque. La charité héroïque suppose d’abord la charité commune et celle-ci s’exprime moyennant les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. Parmi les signes de la miséricorde spirituelle, on note les suivants : corriger ceux qui sont dans l’erreur et les remettre dans la voie du salut ; avoir soin du salut des âmes, et désirer pour ces âmes les moyens de salut que nous désirons d’abord pour nous-mêmes. La charité héroïque consiste à accomplir ces œuvres promptement, facilement et sans résistance, avec joie ; non pas de temps en temps mais souvent, même si les circonstances rendent difficile l’accomplissement de ces œuvres.

Or, la pastorale de Jean-Paul II ne permet pas d’entrevoir ce véritable zèle missionnaire. Son attitude au sein du dialogue œcuménique et interreligieux, loin de manifester une charité appliquée aux œuvres de miséricorde spirituelle, s’avère être fort différente du comportement que Notre-Seigneur Jésus-Christ a montré : « S’il a été bon pour les égarés et les pécheurs, Notre-Seigneur n’a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu’elles parussent [2]. » En effet, Jean-Paul II a très souvent manifesté son respect pour les points de doctrine sur lesquels ses partenaires œcuméniques s’opposaient à la foi catholique.

De plus, loin de leur rappeler avec toute la délicatesse requise la nécessité de la foi catholique pour être sauvé, il a souvent mis sous le boisseau le message de l’Eglise, voire l’a déformé. Sa « charité » ne fut donc pas celle de la vérité. Par là même, elle s’est opposée ne serait-ce qu’à la charité commune. Parce qu’il serait long d’illustrer ce propos dans chacune des relations extra-ecclésiales de Jean-Paul II, seul l’exemple des relations avec le judaïsme sera développé ici. Symptomatique, cet exemple le sera pour deux raisons : tout d’abord parce que ce fut l’un des dialogues les plus développés par le pape Wojtyla – en raison peut-être de son expérience personnelle – et par là même celui sur lequel il s’est peut-être le plus souvent exprimé ; ensuite parce qu’en raison même du rapport que le judaïsme entretient avec l’Ecriture, il y sera plus aisé de constater si, fort de ces Écritures, le pape défunt a exercé la charité de la vérité ou a, au contraire, mis la lumière sous le boisseau.

Abbé Patrick de La Roque, Jean-Paul II, doutes sur une béatification, Clovis, 200 p. – 14 € (+ port). Commande en ligne : www.clovis-diffusion.com (Source : Clovis - DICI n°234 du 07/05/11)


[1] - Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, DzH 2802. N

[2] - Saint Pie X, lettre Notre charge apostolique sur le Sillon, dans La Paix intérieure des nations, coll. Les Enseignements pontificaux, Solesmes, n° 462, p. 272.