Le mode de gouvernement du pape François

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Journaliste de l’hebdomadaire La Vie, Jean Mercier ne peut être soupçonné de traditionalisme, et son analyse, parue le 18 septembre 2013 (la veille de la publication de l’entretien du pape François avec le P. Spadaro) sous le titre « Le pape est-il démago ? », fait s’interroger sur le mode de gouvernement du souverain pontife.

Bien évidemment Jean Mercier, qui déclare dans son article qu’effectivement « le pape est démago », justifie cette façon de gouverner par le fait que les cardinaux ont choisi, le 13 mars, « une personnalité forte, sur un programme de reconquête de confiance en l’Eglise, à la fois de la base catholique et de l’opinion publique internationale. Un pape capable d’attirer l’attention de façon positive. Partant de cette réalité, il est normal et légitime que François joue le jeu d’une séduction tous azimuts. » Nous laissons à l’auteur la responsabilité de son explication, il n’en demeure pas moins que les faits qu’il rapporte à l’appui de son jugement parlent d’eux-mêmes, indépendamment de ses interprétations : « La doxa médiatique a tranché.

Le pape François est un type très bien. Six mois après son élection, les critiques qui se sont déversées par tombereaux entiers sur Benoît XVI ne sont plus qu’un vieux souvenir. Enfin, les catholiques ont un pape acceptable, ce qui ne s’était plus vu depuis 30 ans… « Et si François était un tout petit peu démago, du point de vue culturel qui est le nôtre ? L’idée me titille depuis quelques semaines… Même si je m’émerveille de la capacité de ce pape à nous parler avec une totale humanité, de son contact charnel avec la ‘chair du Christ’ que sont les pauvres, je suis parfois gêné par sa capacité de séduction qui n’est pas sans une forme de manipulation, consciente ou non de sa part. « Je pense à sa façon de demander à ce jeune homme inconnu, qu’il appelle au téléphone, de le tutoyer.

Pas de doute, c’est le genre d’anecdote qui plaît dans les rédactions de France, de Navarre et du monde entier ! « Le comble dans le genre est la conférence de presse improvisée dans l’avion au retour des JMJ. Quelques mots ont déclenché une excitation sans précédent. Lorsqu’on demande au pape de se positionner sur l’homosexualité, il répond : ‘Qui suis-je pour juger…?’ Tout est dans le ‘Qui suis-je ?’. Eh bien, tout simplement : il est le pape… Et c’est pour cela qu’on lui pose la question. Et pour cela que sa réponse a fait le buzz... « Si je suis en plein accord avec ce que François a dit sur l’attitude de l’Eglise face aux gays, je ne peux m’empêcher de tiquer. Sa réponse est soit une manière de ne pas assumer son état, soit une pirouette destinée à séduire la totalité de la planète médiatique par son humilité – et faire conclure à une ‘révolution’ sur l’attitude de l’Eglise. « Le summum a été atteint dans sa fameuse lettre aux non-croyants publiée dans la Repubblica, destinée à Eugenio Scalfari. Magnifique coup médiatique.

Néanmoins, lorsque le pape explique que le non-croyant peut se trouver quitte devant Dieu parce qu’il a été fidèle à sa conscience, je ne peux m’empêcher de trouver l’argumentation très faible à tous points de vue. Parce que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les tortionnaires sans foi ni loi vous disent qu’ils ont la conscience tranquille. Sans doute aurait-il fallu que le pape rentre un peu dans la complexité du sujet... « Je pense aussi à sa rhétorique contre le cléricalisme, la richesse, les chrétiens qui font la gueule, l’hypocrisie des catholiques, la banque du Vatican (“Saint Pierre n’avait pas de compte en banque”, etc...). Tout ce qu’il dit est vrai, mais flatte le côté “anti-Institution” de maints catholiques et non-croyants. (...) » Un prêtre qui a connu Mgr Bergoglio en Argentine, nous faisait remarquer que l’archevêque de Buenos Aires avait une grande capacité à s’adapter à son interlocuteur au point de lui dire ce qu’il voulait (ou pouvait ?) entendre. Ce que récuse Jean Mercier dans la suite de son article : « Loin de moi l’idée de réduire le pape à une sorte de bateleur qui ne nous dirait que ce que nous voulons entendre. » Qui a raison ? Comme le note Jean-Marie Guénois du Figaro, les six premiers mois du pape François montrent « un pontificat surprenant et encore difficile à saisir ». De plus en plus surprenant et de moins en moins difficile à saisir, depuis l’entretien que le pape a accordé aux revues jésuites, le 19 septembre dernier.