Entretien avec Miguel Ayuso, à propos de l’ouvrage De Matrimonio

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A l’occasion du Synode sur la famille, est paru un ouvrage collectif De Matrimonio (sur le mariage), qui a été adressé au Saint-Père, aux cardinaux et aux évêques du monde entier. Le coordinateur de cet ouvrage est Miguel Ayuso, président de l’Union internationale des juristes catholiques, professeur de science politique et de droit constitutionnel à l’Université pontificale de Comillas (Madrid), que nous remercions vivement d’avoir bien voulu répondre aux questions de DICI. 

DICI : Quel est l’objectif de l’Union internationale des juristes catholiques en publiant cet ouvrage à la veille du Synode ?

Miguel Ayuso : L'Union internationale des juristes catholiques, s'est engagée dans la bataille du Synode sur la famille, en publiant l'ouvrage multilingue intitulé De Matrimonio, aux éditions Marcial Pons (Madrid, Barcelone, Buenos Aires, São Paulo). L'objectif de notre recherche s'est concentré sur le droit naturel, plutôt que sur la théologie. Lorsque nous nous approchons du droit canon, c'est surtout à partir de ses racines dans le droit naturel : on observe ainsi que la famille n'est pas dépassée, mais éclipsée par le développement autonome d'un système juridique faux qui conduit nécessairement à l'autodestruction sociale. Et l’on constate aussi que le processus de destruction du mariage est ancien et que, s'il s'est poursuivi jusqu'à son actuelle « évaporation », c’est principalement parce que ce processus s'est trop souvent opéré dans l'indifférence ou avec la mollesse de ses défenseurs naturels. Alors que la seule considération des ravages sociaux causés par cette destruction témoigne a contrario de la nécessité ontologique de l'indissolubilité.

Les auteurs de l’ouvrage sont originaires de pays du monde entier ; cela signifie-t-il qu’il y a une unanimité parmi les canonistes sur les questions posées par le Synode ?

L'ouvrage rassemble les contributions de neuf auteurs, écrivant chacun dans leur propre langue : Danilo Castellano (Italie), Ricardo Dip (Brésil), Brian McCall (Etats-Unis), Wolfgang Waldstein (Autriche), Bernard Dumont (France), Alejandro Ordóñez (Colombie), José María Sánchez (Espagne), Luis De Ruschi (Argentine) et moi-même. L'ensemble est tout à fait organique. Mais il est clair que malheureusement l'unanimité n'existe pas en général à l'intérieur du monde laïque, de même que dans le monde ecclésiastique. Une autre singularité de l'ouvrage concerne le rejet de l'option libérale dans laquelle le monde catholique se contente de la défense d'un pluralisme où les catholiques auraient le droit d'affirmer leur identité propre aux côtés des autres identités.

Avez-vous reçu le soutien - officiel ou discret - de canonistes ecclésiastiques ?

Nous n'avons reçu le soutien, officiel ou officieux, de personne. La spécificité de notre démarche, je le répète, est double, tant par la raison du sujet que par celle de l'objet : celle d'être une étude réalisée par des laïcs professionnels du droit à partir du droit naturel. Même quand nous avons pris la défense de la conception canonique du sacrement, nous nous sommes appuyés essentiellement sur le droit naturel, à l'encontre de la dangereuse tentation de dissocier engagement naturel et sacrement de mariage, lequel ne serait valide qu'à la condition d'adhérer consciemment à la doctrine catholique.

Les deux récents Motu Proprio réformant le droit relatif aux nullités de mariage confortent-ils ou non le bien-fondé de votre ouvrage ?

Cette réforme très récente que nous n'avons évidemment pas pu prendre en considération, est plutôt complexe. D'abord on peut dire que le contexte actuel, bien incertain au point de vue doctrinal, n'aide pas spécialement à sa bonne compréhension. Ensuite il semble que cette réforme ait été décidée précipitamment. Mais elle soulève quand même plusieurs questions d'importance diverse. La réduction de la durée du procès et l'attribution de juridiction aux évêques en quelques cas peuvent être interprétées, la première comme une exigence de justice, la seconde comme une restitution de juridiction, mais en même temps il est aussi vrai que cela peut favoriser la légèreté et la dispersion. En particulier, me semble préoccupante la tendance à identifier mariage nul et mariage qui a échoué. Mais excusez-moi si, pour l'instant, je m'arrête là ; je pense que l’occasion se présentera de revenir posément sur cette réforme.

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