Que sortira-t-il du synode sur la famille ?

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Que sortira-t-il du second synode sur la famille ? C’est la question que tous les vaticanistes se posent à la veille de sa clôture, le 25 octobre 2015. Déjà le 16 octobre, Sébastien Maillard admettait dans La Croix : « Après le foisonnement des interventions en session plénière et des échanges en groupes de travail, les pères synodaux se demandent s’ils seront prêts à voter un document solide, dans une semaine. ‘Plusieurs estiment prudent de considérer le texte final comme une simple ébauche à la disposition du pape, duquel est attendue plus tard une exhortation, un document magistériel sur la famille’, indique un proche des discussions. » Devant des problèmes considérés comme doctrinaux par certains pères « émerge la suggestion de créer une commission d’experts dédiée à ce sujet. D’autant que les pères synodaux se sentent encore démunis théologiquement pour répondre correctement. » 

Le même jour, l’agence Apic reconnaissait : « Après plus de 10 jours de travaux du synode des évêques sur la famille, force est de constater qu’il sera difficile, voire impossible, de sortir de cette deuxième assemblée avec une position claire de l’Eglise catholique concernant nombre de défis en matière de pastorale familiale. (…) Les pères synodaux pourraient sortir de cette assemblée en demandant un document magistériel sur la doctrine du mariage et de la famille, mais aussi la création d’une commission d’experts, théologiens, canonistes, historiens de l’Eglise, chargée de creuser les questions délicates, en particulier celle de l’accès à la communion des divorcés-remariés. »

Les doutes les plus sérieux pèsent sur le document final lui-même. « D’ordinaire, rappelle l’Apic, les modifications des circuli minores (groupes linguistiques, ndlr), approuvées à la majorité absolue, sont soumises au travail d’une commission qui rédige un document final, la Relatio finalis, qui doit être elle-même votée à la majorité des deux tiers par les participants. Document final qui, l’an dernier lors de l’assemblée extraordinaire d’octobre 2014, avait été publié dans la foulée. Mais cette année, le souverain pontife pourrait décider de ne pas publier la Relatio finalis. Selon le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, ‘la Relatio finalis sera présentée en assemblée générale dans la matinée du 24 octobre (…) et dans l’après-midi sera soumise au vote de l’assemblée’. Puis elle sera remise ‘au Saint-Père à qui il revient de décider’ du traitement de ce document. La Relatio ‘n’a donc pas disparu, a insisté le père Lombardi, mais nous ne savons pas aujourd’hui avec précision ce que le pape décidera d’en faire’, de la rendre publique ou non, ou encore quels seront les délais et les modalités d’une éventuelle publication. » Le 9 octobre, le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, avait évoqué la possibilité qu’il n’y ait pas non plus d’exhortation apostolique post-synodale, voire pas de rapport final.

Dès le début du synode, – dans une lettre personnelle au pape du 5 octobre, rendue publique le 12 par le vaticaniste italien Sandro Magister –, treize pères avaient exprimé leur inquiétude que les travaux de l’assemblée soient « pilotés » par le Secrétariat général du synode, et en sous-main par le souverain pontife lui-même. Ils contestaient en particulier la composition de la commission chargée de rédiger le rapport final dont les 10 membres ont été nommés par le pape et n’ont pas été élus par l’assemblée. En effet, un examen de la composition de cette commission laisse entrevoir une majorité de progressistes favorables à l’accès des divorcés civilement remariés à la communion, dont plusieurs proches du pape François : les prélats italiens Mgr Bruno Forte, Mgr Marcello Semeraro et le cardinal Lorenzo Baldisseri, le prélat argentin Mgr Victor Manuel Fernández, ou encore le Père général de la Compagnie de Jésus, l’Espagnol Adolfo Nicolás. Dans cette commission figure également le Néozélandais John Atcherley Dew, créé cardinal par le pape François en février dernier et très ouvert à l’accès des divorcés-remariés à la communion. L’Indien Oswald Gracias peut être considéré lui aussi comme un proche du pape ; il fait partie du conseil des cardinaux (C9) institué par François. Seuls trois membres de la commission peuvent paraître un peu plus conservateurs : le cardinal hongrois Péter Erdö, le cardinal américain Donald William Wuerl et l’évêque gabonais Mgr Mathieu Madega.

Les treize cardinaux, – au nombre desquels se trouvaient les cardinaux Gerhard Ludwig Müller, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal George Pell, préfet du Secrétariat pour l’Economie, et le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin –, contestaient également dans leur lettre au pape les nouvelles dispositions qu’il avait prises spécialement pour ce second synode : « Dans le passé, écrivaient-ils, le processus consistant à présenter des propositions sur lesquelles les pères synodaux votaient, permettait d’évaluer leur état d’esprit, ce qui était précieux. L’absence des propositions ainsi que celle des discussions et votes correspondants semblent décourager un débat ouvert et confiner la discussion aux petits groupes (circuli minores linguistiques, ndlr) ; c’est pourquoi il nous paraît urgent de rétablir l’élaboration de propositions à soumettre au vote du synode tout entier. Le vote sur un document final arrive trop tard dans le processus pour permettre un examen complet et une sérieuse mise au point du texte. (…) On ne comprend pas très bien pourquoi ces changements de procédures sont nécessaires. Un certain nombre de pères pense que la nouvelle procédure semble conçue pour faciliter l’obtention de résultats prédéterminés à propos de questions importantes et controversées. »

Le pape François s’est adressé aux pères synodaux de façon exceptionnelle, au lendemain de la réception de cette lettre (6 octobre), leur demandant de « ne pas céder à l’herméneutique de la conspiration, qui est sociologiquement faible et spirituellement inutile ». Mais comme le note très justement Béatrice Romée dans Réinformation.tv du 13 octobre, c’était « une manière de pousser les cardinaux signataires à ne pas s’inquiéter… sans dissiper leurs inquiétudes. »