Vers une décentralisation de la vérité ?

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Le 17 octobre 2015, aux deux tiers des travaux du second synode sur la famille, le pape François a présidé une cérémonie commémorative de l’institution du synode des évêques par Paul VI. Dans son allocution, il a évoqué la nécessité d’une révision du ministère pétrinien, souhaitant développer la synodalité et la collégialité épiscopale, invitant même à une « décentralisation salutaire » de l’Eglise en faveur des épiscopats locaux. « Le pape n’est pas seul au-dessus de l’Eglise, mais en elle comme baptisé parmi les baptisés, et au sein du collège épiscopal comme évêque parmi les évêques. Il est appelé en même temps, comme successeur de l’apôtre Pierre, à guider l’Eglise de Rome qui préside dans l’amour toutes les Eglises », a-t-il affirmé. 

Le pape ne faisait là que renouveler son souhait, déjà exprimé en 2013 dans l’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, d’une « conversion de la papauté ». Celui qui se présente d’abord comme l’évêque de Rome déplorait dans ce document « une excessive centralisation » qui, « au lieu d’aider, complique la vie de l’Eglise et sa dynamique missionnaire ». Il demandait d’approfondir le statut des conférences épiscopales afin de leur offrir des « attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». La réforme des structures de l’Eglise, écrivait encore François, demande « audace et créativité ». 

La Croix du 17 octobre note sous la plume de Sébastien Maillard : « Ce discours montre d’abord que le présent synode dépasse son propre sujet – la famille – pour devenir en soi un exemple pour l'avenir de la marche de l'Eglise ». C’est bien ce que relève Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau (Canada) : « Je pense que le pape a repris les grandes intuitions de Vatican II sur l’Eglise et l’ecclésiologie et en a dressé un tableau plus concret avec ce mot-clé : la ‘synodalité’. Citant les paroles de François : ‘la synodalité peut être la voie du 3e millénaire de l’Eglise’, le prélat estime que le Saint-Père a tracé un chemin d’avenir pour l’Eglise et non ‘un exercice pour la semaine prochaine’. »

Trois jours auparavant, le 14 octobre, à l’invitation du P. Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, le religieux allemand Jeremias Schröder (sur la photo), supérieur de la congrégation bénédictine de Sainte-Odile, donnait aux journalistes un compte-rendu des discussions tenues au cours du synode. Il déclarait ainsi : « De nombreux discours pendant les discussions générales ont mentionné la possibilité de traiter les questions sur la base d'un contexte culturel donné. Je dirais qu'il y a eu à peu près vingt interventions et que seules deux ou trois étaient contraires, affirmant que, dans l'intérêt de l'unité de l'Eglise, déléguer des pouvoirs aurait des conséquences fatales. …Moi, par exemple, je suis allemand et il me semble que la question des divorcés remariés est fortement et largement ressentie en Allemagne, et beaucoup moins ailleurs. C'est un sujet où des idées pastorales originales seraient possibles, et aussi au niveau de la compréhension de l'homosexualité, une question qui varie vraiment d'une culture à l'autre. Les Conférences épiscopales nationales pourraient être autorisées à rechercher des solutions pastorales en accord avec leur contexte culturel spécifique. »

Et d’ajouter : « Nous n'avons pas besoin pour chaque problème d'une solution uniforme, établie à Rome pour toute l'Eglise. L'Eglise doit peut-être parvenir à une entente concernant le fait qu'une autre approche du sujet compliqué de la famille est permise dans différentes sociétés et régions du monde. Un membre de l'ordre bénédictin au Moyen-Orient m'a dit récemment : Une reconnaissance de formes de vie homosexuelle de la part de l'Eglise serait concevable, de manière purement hypothétique, peut-être en Europe. Mais dans le contexte islamique elle ne serait absolument pas possible. »

De tels propos rappellent ceux d'un autre Allemand, le cardinal Reinhard Marx (sur la photo), qui déclarait en février dernier que l'Eglise en Allemagne n'était pas « une simple filiale de Rome ». (voir DICI n°312 du 13/03/15)

Le 17 octobre, le site international Voice of the Family critiquait nettement ces déclarations hétérodoxes : « Ce qui est moralement et spirituellement juste ou faux, doit maintenant en pratique dépendre de la conférence épiscopale locale.
 A vrai dire, cette tacite tolérance du relativisme de la part des pères synodaux et du cardinal Marx était préfigurée par le pape François lui-même qui a écrit, dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, qu' ‘un statut juridique des conférences épiscopales qui les verrait comme des sujets doués d'attributions spécifiques, y compris une véritable autorité doctrinale, n'a pas encore été suffisamment élaboré’. (…) Cela semble indiquer que François serait ouvert à la possibilité de transférer une partie du pouvoir doctrinal de la papauté aux différentes conférences épiscopales. En fait, cela signifie donner aux conférences épiscopales le pouvoir d'adopter des disciplines et même des doctrines différentes de celles d’autres conférences.

« Prévoyant la débâcle qui sans aucun doute s'ensuivrait si les conférences épiscopales étaient dotées d’un pouvoir doctrinal et disciplinaire, le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a condamné cette idée comme ‘absolument anti-catholique, ne respectant pas la catholicité de l'Eglise.’ Catholique signifie effectivement universel, comme un code moral et spirituel universel qui s'applique également à chacun, partout et à jamais ; c'est l'antithèse du relativisme, qui affirme que les vérités morales et spirituelles ne sont vraies que pour certains et pendant une durée déterminée. Transférer le pouvoir de la papauté aux conférences épiscopales compromet donc la catholicité (universalité) et l'unicité (le fait d’être une) de l'Eglise, créant une confusion d' ‘églises’ opérant chacune selon ses propres règles et croyances, et finalement prisonnières des caprices des égos individuels qui les peuplent. » 

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