Jubilé sacerdotal de Mgr Lefebvre à Paris le 23 septembre 1979

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Palais des Congrès de Versailles

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Mes bien chers frères,

Permettez-moi, avant de vous adresser quelques paroles à l’occasion de cette belle cérémonie, de remercier tous ceux qui ont contribué à sa magnifique réussite. Personnellement, j’avais pensé faire une réunion autour de l’autel, de manière discrète, privée, à l’occasion de mon jubilé sacerdotal, mais le cher clergé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et les prêtres qui m’entourent, m’ont invité avec tellement d’instance à permettre à tous ceux qui le désiraient de s’unir à mon action de grâces et à ma prière, que je n’ai pas pu refuser. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui réunis si nombreux, venus de partout, venus d’Amérique, venus de tous les pays d’Europe encore libre.

Comment définirais-je cette réunion, cette manifestation, cette cérémonie ? Comme un hommage, un hommage de votre foi dans le sacerdoce catholique et dans la sainte messe catholique. Je pense réellement que c’est pour cela que vous êtes venus, pour manifester votre attachement à l’Église catholique et au plus beau trésor, au plus sublime don que Dieu a fait aux hommes : le sacerdoce, et le sacerdoce pour le sacrifice, pour le sacrifice de Notre-Seigneur continué sur nos autels. Voilà pourquoi vous êtes venus et voilà pourquoi nous sommes entourés aujourd’hui de tous ces chers prêtres, venus de partout également, et beaucoup plus nombreux seraient-ils encore,  si ce n’avait été un dimanche. Car ils sont tenus par leurs obligations de célébrer la sainte messe dans leur chapelle, mais ils sont de cœur avec nous, ils nous l’ont dit.

La puissance de la messe catholique

Je voudrais retracer, si vous me le permettez, quelques tableaux dont j’ai été le témoin au cours de mon existence, au cours de ce demi-siècle, afin de bien montrer l’importance que la messe de l’Église catholique tient dans notre vie, dans la vie d’un prêtre, d’un évêque et dans la vie de l’Église. Jeune séminariste à Santa Chiara, au Séminaire français de Rome, on nous apprenait l’attachement aux cérémonies liturgiques. J’ai eu à cette occasion le privilège d’être cérémoniaire, de ceux que nous appelons les « grands cérémoniaires », précédé d’ailleurs dans cette charge par Mgr Lebrun, ancien évêque d’Autun, et par Mgr Ancel, toujours auxiliaire de Lyon. J’étais donc grand cérémoniaire sous la direction de ce cher et révérend Père Haegy, connu pour sa science de la liturgie. Et nous aimions préparer l’autel, nous aimions préparer les cérémonies. La veille d’un grand jour de fête, nos cœurs étaient dans la joie pour la belle cérémonie qui allait se dérouler sur nos autels. Nous avons donc appris, jeune séminariste, à aimer l’autel. Dómine, diléxi decórem domus tuae et glóriam habitatiónis tuae (Ps 25, 8), c’est le verset que nous récitons lorsque nous nous lavons les mains à l’autel. « Oui, Seigneur, j’ai aimé la splendeur de votre temple, j’ai aimé la gloire de votre habitation. » Voilà ce qu’on nous apprenait au Séminaire français de Rome, sous la haute direction du cher et révérend Père Le Floch ; Père bien-aimé, Père qui nous a appris à voir clair dans les événements de l’époque, en commentant les encycliques des papes.

Une fois ordonné prêtre, dans la chapelle du Sacré-Cœur de la rue Royale à Lille, le 21 septembre 1929, par celui qui était alors Mgr Liénart, je partais peu de temps après, deux ans après, en mission, pour rejoindre mon frère qui se trouvait déjà au Gabon. Et là j’ai commencé à apprendre ce qu’était la messe. Certes, je connaissais par les études que nous avions faites ce qu’était ce grand mystère de notre foi, mais je n’en avais pas compris toute la valeur, toute l’efficacité, toute la profondeur. Cela, je l’ai vécu jour par jour, année par année en Afrique, et particulièrement au Gabon où j’ai passé treize ans de ma vie missionnaire : d’abord au séminaire, ensuite dans la brousse au milieu des Africains, chez les indigènes.

Et là j’ai vu, oui, j’ai vu ce que pouvait la grâce de la sainte messe. Je l’ai vu dans ces âmes saintes qu’étaient certains de nos catéchistes. Ces âmes païennes, transformées par la grâce du baptême, transformées par l’assistance à la messe et par la sainte Eucharistie, comprenaient le mystère du sacrifice de la Croix, et s’unissaient à Notre Seigneur Jésus-Christ dans les souffrances de sa Croix. Ces hommes offraient leurs sacrifices et leurs souffrances avec Notre Seigneur Jésus-Christ et vivaient en chrétien. Je puis citer des noms : Paul Ossima de Ndjolé, Eugène Ndong de Lambaréné, Marcel Mebalé de Donguila ; et je continuerai par un nom du Sénégal : M. Forster, trésorier-payeur au Sénégal, choisi à cette fonction si délicate et si importante par ses pairs et même par les musulmans à cause de son honnêteté, à cause de son intégrité. Voilà des hommes qu’a produits la grâce de la messe : ils assistaient à la messe tous les jours, communiaient avec ferveur et sont devenus des modèles et des lumières autour d’eux. Sans compter beaucoup de chrétiens et chrétiennes transformés par la grâce…

J’ai pu voir ces villages de païens devenir chrétiens et se transformer, je dirais, non seulement spirituellement et surnaturellement, mais même physiquement, socialement, économiquement, politiquement. Se transformer parce que ces personnes, de païennes qu’elles étaient, étaient devenues conscientes de la nécessité d’accomplir leur devoir malgré les épreuves, malgré les sacrifices ; de tenir leurs engagements et en particulier les engagements du mariage. Alors le village se transformait peu à peu sous l’influence de la grâce, de la grâce du saint sacrifice de la messe. Tous ces villages voulaient avoir leur chapelle, tous ces villages voulaient avoir la visite du Père, la visite du missionnaire ! Ils l’attendaient avec impatience pour pouvoir assister à la sainte messe, pouvoir se confesser et communier ensuite. Des âmes aussi se sont consacrées à Dieu. Des religieux, des religieuses, des prêtres se donnaient à Dieu, consacraient leur vie à Dieu. Voilà le fruit de la sainte messe.

C'est le sacrifice de la messe qui a bâti la civilisation chrétienne

Pourquoi cela ? Il faut quand même que nous étudions un peu les motifs profonds de cette transformation. La raison profonde, c’est le sacrifice. La notion du sacrifice est une notion profondément chrétienne et profondément catholique. Notre vie ne peut pas se passer du sacrifice dès lors que Notre Seigneur Jésus-Christ, Dieu lui-même, a voulu prendre un corps comme le nôtre et nous dire : « Suivez-moi. Prenez votre croix et suivez-moi si vous voulez être sauvé » (cf. Mt 16, 24-25), et qu’il nous a donné l’exemple de la mort sur la Croix, qu’il a répandu son Sang. Oserions-nous, nous, ses pauvres créatures, pécheurs que nous sommes, ne pas suivre Notre-Seigneur dans son sacrifice et dans sa Croix ? Voilà tout le mystère de la civilisation chrétienne, voilà ce qui est à la racine de la civilisation chrétienne, de la civilisation catholique : la compréhension du sacrifice dans sa vie, dans la vie quotidienne ; l’intelligence de la souffrance chrétienne. Ne plus considérer la souffrance comme un mal, comme une douleur insupportable, mais partager ses souffrances et sa maladie avec les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ en regardant la Croix, en assistant à la sainte messe qui est la continuation de la Passion de Notre-Seigneur sur le Calvaire. Si l’on comprend la souffrance, elle devient alors une joie, elle devient un trésor. Parce que ces souffrances, unies à celles de Notre-Seigneur sur la Croix, unies à celles de tous les martyrs, unies à celles de tous les saints, de tous les catholiques, de tous les fidèles qui souffrent dans le monde, deviennent un trésor inexprimable, un trésor ineffable, d’une efficacité extraordinaire pour la conversion des âmes et pour le salut de notre propre âme. Ainsi beaucoup d’âmes saintes, chrétiennes, ont même désiré souffrir ; elles ont désiré la souffrance pour s’unir davantage à la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Voilà la civilisation chrétienne.

Bienheureux ceux qui souffrent pour la sainteté, bienheureux les pauvres, bienheureux les doux, bienheureux ceux qui font miséricorde, bienheureux les pacifiques (cf. Mt 5, 3-10). Voilà ce que Notre Seigneur Jésus-Christ, sur sa Croix, nous enseigne. Et cette civilisation chrétienne, qui a pénétré dans ces pays encore récemment païens, les a transformés et les a poussés à vouloir se donner aussi des chefs catholiques. J’ai pu le constater moi-même et connaître dans ces pays des chefs catholiques. Vous en connaissez, il y en a encore aujourd’hui : M. Senghor, Président du Sénégal, M. Houphouët-Boigny, Président de la Côte d’Ivoire, et autrefois, M. Tsiranana, Président de Tananarive. Bien sûr, il y a eu aussi des prêtres qui ont été président de leur pays : M. Boganda à Bangui, M. l’abbé Youlou à Brazzaville. Certes, ce n’était peut-être pas leur rôle, cependant cela montrait que le peuple désirait avoir des chefs catholiques, afin qu’ils soumettent aussi leur gouvernement et toutes les lois du pays à celle de Notre Seigneur Jésus-Christ, au Décalogue.

Et si la France, à ce moment-là, la France dite catholique, avait réellement rempli son rôle de puissance catholique, elle aurait autrement soutenu ces pays dans leur foi. Si elle les avait soutenus dans leur foi, ces pays ne seraient pas, comme maintenant, tous menacés par le communisme, l’Afrique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Cela n’est pas tellement de la faute des Africains eux-mêmes, mais bien plus des pays colonisateurs qui n’ont pas su profiter de la foi chrétienne qui s’enracinait dans ces peuples africains, pour garder et exercer une influence fraternelle envers ces pays, qui les auraient aidés à maintenir la foi et à chasser le communisme.

Si nous tournons maintenant nos regards sur l’histoire, eh bien ce dont je vous parle s’est déjà passé dans les premiers siècles après Constantin, dans nos propres pays. Nous nous sommes convertis, nos ancêtres se sont convertis, les chefs des nations aussi, et pendant des siècles ils ont offert leurs pays à Notre Seigneur Jésus-Christ, soumis leurs pays à la Croix de Jésus, ils ont voulu que Marie soit la Reine de leurs pays. On peut lire des lettres admirables de saint Edouard, roi d’Angleterre, de saint Louis, roi de France, de saint Henri, empereur germanique, de sainte Élisabeth de Hongrie et de tous ces saints qui ont été à la tête de nos pays catholiques et qui ont fait la chrétienté. Quelle foi avaient-ils alors en la sainte messe ! Saint Louis, roi de France, servait deux messes tous les jours, et lorsqu’il voyageait et qu’il entendait la cloche sonner la consécration, il descendait de cheval ou de son carrosse pour s’agenouiller et communier à la consécration qui était dite à ce moment-là. Voilà ce qu’était la civilisation catholique. Ah ! Nous en sommes bien loin, maintenant. Bien loin !

Les ennemis de la Croix du Christ

Un autre événement que nous devons évoquer après ces tableaux de la civilisation chrétienne, soit en Afrique, soit dans notre histoire et particulièrement celle de France, c’est ce qui s’est récemment passé dans l’Église, événement considérable, celui de Vatican II. Nous sommes bien obligé de constater que les ennemis de l’Église savent, peut-être mieux que nous, ce que vaut une messe catholique. Il y a eu un poème qui a été fait à ce sujet-là, où l’on prête des paroles à Satan où l’on voit qu’il tremble à chaque fois qu’une messe, une véritable messe catholique, est célébrée, car cela lui rappelle la Croix. Et il sait bien que c’est par la Croix qu’il a été vaincu. Les ennemis de l’Église – ceux qui font des messes sacrilèges dans les sectes bien connues – et les communistes eux-mêmes savent bien ce que vaut une messe, et ce que vaut une messe catholique.

On me disait dernièrement qu’en Pologne, le parti communiste et les inspecteurs des cultes surveillent les prêtres polonais qui diraient une messe ancienne, mais laissent libres ceux qui disent la nouvelle messe ; ils persécutent ceux qui disent l’ancienne messe, la messe de toujours. Pas pour les étrangers. On laisse les étrangers libres de dire la messe qu’ils veulent afin de donner une impression de liberté, mais pour les prêtres polonais, ceux qui veulent s’en tenir à la Tradition sont persécutés.

Je lisais récemment le document de PAX qui nous a été communiqué par la nonciature en juin 1963, au nom du cardinal Wyszynski. Ce document nous disait en substance : « On croit que nous avons la liberté. On fait croire que nous l’avons et ce sont les prêtres affiliés à PAX, dévots au gouvernement communiste, qui répandent ces bruits parce qu’ils ont la presse pour eux, et même la presse progressiste française. Mais ce n’est pas vrai, nous n’avons pas la liberté ». Et le cardinal Wyszynski donnait des points précis, il disait par exemple que dans les camps de jeunesse organisés par les communistes, les enfants étaient parqués derrière des fils de fer barbelés le dimanche pour les empêcher d’aller à la messe, et que les colonies de vacances, organisées par les prêtres catholiques, étaient surveillées par hélicoptère pour voir si les enfants allaient à la messe. Pourquoi cela ? Pourquoi ce besoin de surveiller les enfants qui vont à la messe ? Parce qu’ils savent que la messe est essentiellement anti-communiste. Elle ne peut pas ne pas l’être, car le communisme, c’est tout pour le parti et tout pour la révolution. La messe, c’est tout pour Dieu ; ce n’est pas la même chose ! Tout pour Dieu, voilà ce qu’est la messe catholique, et donc elle s’oppose au programme du parti, qui est un programme satanique.

Voilà les raisons profondes de ce qu’est la messe : le sacrifice. Et vous le savez bien, nous avons tous des épreuves, des difficultés dans notre vie, dans notre existence, et nous avons besoin de savoir pourquoi nous souffrons, pourquoi ces épreuves, pourquoi ces douleurs, pourquoi ces souffrances, pourquoi ces catholiques, ces personnes étendues sur des grabats… Les hôpitaux pleins de malades, pourquoi ? Le chrétien répond : pour unir mes souffrances à celles de Notre Seigneur Jésus-Christ au saint autel. Les unir au saint autel, participer à l’œuvre de la Rédemption de Notre Seigneur Jésus-Christ, et ainsi mériter pour moi et pour ces âmes, le salut du Ciel.

La messe de Luther

Au Concile, les ennemis de l’Église se sont infiltrés, et le premier objectif qu’ils ont eu, a été de démolir et de détruire d’une certaine façon et dans une certaine mesure, la messe. Vous pouvez lire les livres de M. Michel Davies, catholique anglais, qui a fait des livres magnifiques pour montrer comment la réforme liturgique de Vatican II ressemble exactement à celle qui s’est produite au temps de Cranmer, à la naissance du protestantisme anglais. Exactement !

De même, en lisant l’histoire de la transformation liturgique faite par Luther, on s’aperçoit que c’est exactement le même procédé, le même processus qui a été suivi. Lentement, sous des dehors encore apparemment bons, apparemment catholiques, on a enlevé justement de la messe ce qui fait son caractère sacrificiel, son caractère de rédemption, de rémission du péché par le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, par la Victime qu’est Notre Seigneur Jésus-Christ. On a fait de la messe une pure assemblée, entre hommes, présidée par le prêtre ; ce n’est pas cela la messe. Aussi n’est-il pas étonnant que la Croix ne triomphe plus, parce que le sacrifice ne triomphe plus, et que les hommes ne pensent plus qu’à augmenter leur standing de vie, qu’à rechercher l’argent, les richesses, les plaisirs, le confort, les facilités d’ici-bas, et perdent le sens du sacrifice.

La nécessité d'une croisade de la messe

Que nous reste-t-il donc à faire, mes bien chers frères ? Si nous approfondissons ce grand mystère de la messe, je pense pouvoir dire que nous devons faire une croisade, appuyée sur le saint sacrifice de la messe, sur le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ ; appuyée sur ce roc invincible et sur cette source inépuisable de grâces qu’est le saint sacrifice de la messe. Et cela nous le voyons tous les jours. Vous êtes là parce que vous aimez le saint sacrifice de la messe. Ces jeunes séminaristes, qui sont à Écône, aux États-Unis, en Allemagne, sont venus dans nos séminaires précisément pour la sainte messe, pour la sainte messe de toujours qui est la source des grâces, la source de l’Esprit-Saint, la source de la civilisation chrétienne. C’est cela le prêtre. Alors il nous faut faire une croisade, croisade appuyée précisément sur cette notion de toujours, du sacrifice, afin de recréer la chrétienté, refaire une chrétienté telle que l’Église la désire, telle que l’Église l’a toujours faite avec les mêmes principes, le même sacrifice de la messe, les mêmes sacrements, le même catéchisme, la même Écriture sainte.

Nous devons recréer cette chrétienté, et c’est vous, mes bien chers frères, vous qui êtes le sel de la terre, vous qui êtes la lumière du monde (Mt 5, 13-14), vous auxquels Notre Seigneur Jésus-Christ s’adresse en vous disant : « Ne perdez pas le fruit de mon Sang, n’abandonnez pas mon Calvaire, n’abandonnez pas mon sacrifice ». Et la Vierge Marie, qui est tout près de la Croix, vous le dit aussi. Elle, qui a le cœur transpercé, rempli de souffrances et de douleurs mais aussi rempli de joie de s’unir au sacrifice de son divin Fils, vous le dit aussi. Soyons chrétiens, soyons catholiques ! Ne nous laissons pas entraîner par toutes ces idées mondaines, par tous ces courants qui sont dans le monde et qui nous entraînent vers le péché, vers l’enfer. Si nous voulons aller au Ciel, nous devons suivre Notre Seigneur Jésus-Christ ; porter notre croix et suivre Notre Seigneur Jésus-Christ ; l’imiter dans sa Croix, dans sa souffrance et dans son sacrifice.

Alors je demande aux jeunes, aux jeunes qui sont ici dans cette salle, de demander aux prêtres de leur expliquer ces choses si belles, si grandes, de manière à ce qu’ils choisissent leur vocation, qu’ils soient prêtres, religieux, religieuses ou mariés. S’ils sont mariés, unis par le sacrement de mariage et donc dans la Croix de Jésus-Christ et dans le Sang de Jésus-Christ, mariés sous la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’ils comprennent la grandeur du mariage et qu’ils s’y préparent dignement par la pureté, par la chasteté, par la prière, par la réflexion. Qu’ils ne se laissent pas entraîner par toutes ces passions qui agitent le monde. Croisade des jeunes qui doivent rechercher le véritable idéal !

Croisade aussi des familles chrétiennes ! Familles chrétiennes qui êtes ici, consacrez-vous au Cœur de Jésus, au Cœur Eucharistique de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie. Priez en famille ! Je sais que beaucoup d’entre vous le font, mais il faut qu’il y en ait toujours de plus en plus qui le fassent avec ferveur. Que vraiment Notre-Seigneur règne dans vos foyers ! Éloignez, je vous en supplie, tout ce qui empêche les enfants de venir dans votre foyer. Il n’y a pas de plus beau don que le bon Dieu puisse vous faire que d’avoir de nombreux enfants. Ayez des familles nombreuses, c’est la gloire de l’Église catholique que la famille nombreuse. Elle l’a été au Canada, elle l’a été en Hollande, elle l’a été en Suisse, elle l’a été en France. Partout, les familles nombreuses étaient la joie et la prospérité de l’Église. Ce sont autant d’élus pour le Ciel. Alors ne limitez pas, je vous en supplie, les dons de Dieu. N’écoutez pas ces slogans abominables qui détruisent la famille, qui ruinent la santé, qui ruinent le ménage et qui provoquent les divorces !

Et je souhaite que dans ces temps si troublés, dans cette atmosphère si délétère dans laquelle nous vivons dans les villes, vous retourniez à la terre quand c’est possible. La terre est saine, la terre apprend à connaître Dieu, la terre rapproche de Dieu. Elle équilibre les tempéraments, les caractères, elle encourage les enfants au travail. S’il le faut, vous ferez vous-mêmes l’école à vos enfants. Si les écoles corrompent vos enfants, qu’allez-vous faire ? Les donner aux corrupteurs, à ceux qui enseignent ces pratiques sexuelles abominables dans les écoles ? Même dans les écoles catholiques de religieux, de religieuses, on enseigne le péché, ni plus ni moins ! Dans la pratique, on enseigne cela aux enfants, on les corrompt dès leur plus jeune âge. Et vous pourriez supporter cela ? C’est impossible. Mieux vaut que vos enfants soient pauvres, mieux vaut que vos enfants soient éloignés de toute cette science apparente que le monde possède, mais qu’ils soient de bons enfants : des enfants chrétiens, des enfants catholiques, des enfants qui aiment leur sainte religion, qui aiment à prier et qui aiment le travail, qui aiment la nature que le bon Dieu a faite.

Rebâtir la cité catholique

Enfin, croisade aussi des chefs de famille. Vous qui êtes chef de famille, vous avez une grave responsabilité, grave responsabilité dans votre pays. Vous n’avez pas le droit de laisser votre pays envahi par le socialisme et le communisme. Vous n’en avez pas le droit ou vous n’êtes plus catholique. Vous devez militer au moment des élections pour que vous ayez des maires catholiques, des députés catholiques, et qu’enfin la France redevienne catholique. Cela n’est pas « faire de la politique », c’est faire de la bonne politique. La politique comme l’ont faite les saints, comme l’ont faite les papes qui se sont opposés à Attila, comme saint Rémi qui a converti Clovis, comme Jeanne d’Arc qui a sauvé la France du protestantisme. Si Jeanne d’Arc n’avait pas été suscitée en France, nous serions tous protestants. C’est pour garder la France catholique que Notre-Seigneur a suscité Jeanne d’Arc – cette enfant de 17-18 ans, qui a bouté les Anglais hors de France. C’est de la politique cela aussi !

Alors oui, cette politique nous en voulons ; nous voulons que Notre Seigneur Jésus-Christ règne. Vous l’avez chanté tout à l’heure : « Christus regnat, Christus vincit, Christus ímperat ! ». Est-ce que ce ne sont que des mots ? Seulement des mots, des paroles, des chants… Non, il faut que ce soit une réalité. Chefs de famille, c’est vous qui êtes responsables de cela, pour vos enfants, pour les générations qui viennent. Aussi vous devriez vous organiser, vous réunir, vous entendre pour arriver à ce que la France redevienne chrétienne, redevienne catholique. Ce n’est pas impossible, ou alors il faut dire que la grâce du saint sacrifice de la messe n’est plus la grâce, que Dieu n’est plus Dieu, que Notre Seigneur Jésus-Christ n’est plus Notre Seigneur Jésus-Christ. Il faut faire confiance à la grâce de Notre-Seigneur. Notre-Seigneur est tout-puissant, j’ai vu cette grâce à l’œuvre en Afrique, il n’y a pas de raison qu’elle ne soit pas aussi agissante ici, dans nos pays.

Quant à vous, chers prêtres qui m’écoutez, faites aussi une union sacerdotale profonde pour répandre cette croisade, pour animer cette croisade afin que Jésus règne, que Notre-Seigneur règne. Et pour cela, vous devez être saints. Pour cela, vous devez rechercher la sainteté, montrer cette sainteté, cette grâce qui agit dans vos âmes et dans vos cœurs. Cette grâce que vous recevez par le sacrement de l’Eucharistie et par la sainte messe que vous offrez, vous seuls pouvez la donner.

Et je terminerai, mes bien chers frères, par ce que j’appellerais un peu, mon testament. Testament, c’est un bien grand mot parce que je voudrais que ce soit l’écho du testament de Notre-Seigneur. « Novi et ætérni testaménti », c’est le prêtre qui récite ces paroles à la consécration du précieux Sang : « Hic est calix sánguinis mei, novi et ætérni testaménti ». L’héritage que Jésus-Christ nous a donné, c’est son sacrifice, c’est son Sang, c’est sa Croix. Et cela c’est le ferment de toute la civilisation chrétienne et de ce qui doit nous mener au Ciel.

Alors je vous dis : Pour la gloire de la très Sainte Trinité, pour l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour la dévotion à la très sainte Vierge Marie, pour l’amour de l’Église, pour l’amour du pape, pour l’amour des évêques, des prêtres, de tous les fidèles, pour le salut du monde, pour le salut des âmes, gardez ce testament de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Gardez le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Gardez la messe de toujours !

Et alors vous verrez la civilisation chrétienne refleurir. Civilisation qui n’est pas pour ce monde, mais civilisation qui mène à la cité catholique ; et cette cité catholique, c’est la cité catholique du Ciel qu’elle prépare. Elle n’est pas faite pour autre chose : la cité catholique d’ici-bas, n’est pas faite pour autre chose que pour la cité catholique du Ciel. Alors gardons le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, gardons son sacrifice, gardons cette messe – messe qui nous a été léguée par nos prédécesseurs, messe qui a été léguée depuis les Apôtres jusqu’à aujourd’hui.

Dans quelques instants, je vais prononcer ces paroles sur le calice de mon ordination. Et comment voulez-vous que je prononce sur ce calice de mon ordination d’autres paroles que celles que j’ai prononcées il y a cinquante ans ? C’est impossible, je ne puis pas changer ces paroles. Alors nous continuerons à prononcer les paroles de la consécration, comme nos prédécesseurs nous l’ont appris, comme les papes, les évêques et les prêtres qui ont été nos éducateurs nous l’ont appris, afin que Notre Seigneur Jésus-Christ règne et que les âmes soient sauvées par l’intercession de notre bonne Mère du Ciel.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.