Décès de l’historien Jean de Viguerie

17 Décembre, 2019
Provenance: fsspx.news

Jean de Viguerie a rendu son âme à Dieu, le 15 décembre 2019, à Montauban. Né en 1935, à Rome, agrégé d’histoire en 1959, docteur d’Etat en 1973, professeur honoraire de l’université Lille-III, cet universitaire de premier plan laisse une œuvre considérable.  

Parmi ses nombreux livres, on retiendra :  

- L’institution des enfants : l’éducation en France XVIe – XVIIIe siècle, Calmann-Lévy, 1978.  
- Le catholicisme des Français dans l’ancienne France, Nouvelles Editions Latines, 1988. 
- Histoire et dictionnaire du temps des Lumières, 1715-1789, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 1995. 
- Les deux patries : essai historique sur l'idée de patrie en France, Dominique Martin Morin, 1998. 
- Itinéraire d'un historien : études sur une crise de l'intelligence, XVIIe – XXe siècle, Dominique Martin Morin, 2000.
- Louis XVI, le roi bienfaisant, Rocher, coll. Le présent de l'histoire, 2003. 
- Filles des Lumières : Femmes et sociétés d'esprit à Paris au XVIIIe siècle, Dominique Martin Morin, 2007. 
- Le sacrifice du soir : vie et mort de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, Cerf, 2010. 
- L'Eglise et l'éducation, Dominique Martin Morin, 2010. 
- Les Pédagogues : essai historique sur l'utopie pédagogique, Cerf, 2011. 
- Histoire du citoyen, Via Romana, 2014. 
- Le passé ne meurt pas, Via Romana, 2016. 

Intellectuel de conviction, fermement attaché à la Tradition de l’Eglise, Jean de Viguerie fut l’auteur de la Déclaration des trente universitaires catholiques du 1er décembre 1976, – après la messe de Lille (29 août) et « l’été chaud » où Mgr Marcel Lefebvre fit savoir qu’il poursuivait son œuvre de restauration du sacerdoce, tenant pour invalides les sanctions romaines qui le frappaient.  

Voici le texte de cette déclaration qui fut publiée intégralement, avec la liste complète des signataires, dans Le Monde du 17 décembre et dans L’Aurore du 31 décembre, de façon partielle et sans le nom des signataires dans Le Figaro du 2 décembre 1976 : 

« Les universitaires catholiques soussignés tiennent à manifester publiquement leurs convictions personnelles et à rappeler la communion de pensée qui les unit à Mgr Lefebvre. Comme lui ils adhèrent non pas à “une” tradition parmi tant d’autres, mais à la Tradition catholique, pour la vérité de laquelle tant de martyrs ont témoigné et témoignent encore aujourd’hui. Ils regrettent profondément que de nombreux prêtres et la plupart des évêques n’enseignent plus aux chrétiens ce qu’il faut croire pour être sauvé. Ils déplorent la décadence des études ecclésiastiques et l’ignorance où sont laissés les futurs prêtres de la philosophie chrétienne, de l’histoire de l’Eglise et des chemins de la perfection spirituelle. Ils s’indignent du mépris affiché par tant de clercs pour la culture gréco-latine. Car cette culture n’est pas un simple vêtement ; l’Eglise s’est incarnée en elle. Ils espèrent en une renaissance de l’Eglise. Il y sera fait droit à la sainteté et à l’intelligence. Le culte du Saint-Sacrement de l’Autel y sera restauré. Le règne de Jésus-Christ sur les nations y sera proclamé. Forts de leur foi, animés de cette espérance, fermement attachés à l’unité de l’Eglise, ils saluent l’évêque courageux qui a osé se lever, rompre la conspiration du silence, et demander au pape l’entière justice pour le peuple fidèle. » 

Dans la liste des signataires figuraient, entre autres, après Jean de Viguerie (Angers) ; Guy Augé (Paris XI) ; Yvonne Bongert (Paris II) ; Jean-Pierre Brancourt (Paris II) ; Jean Barbey (Paris II) ; Marguerite Boulet-Sautel (Paris II) ; Thierry Buron (Nantes) ; Marcel De Corte, professeur honoraire à la Faculté des Lettres de Liège ; Hubert Guillotel (Paris II) ; Michel Lucazeau (Sorbonne) ; Roland Mousnier (Sorbonne) ; Philippe Payen (Paris II) ; René Pillorget (Université de Picardie) ; Suzanne Pillorget (Sorbonne) ; Claude Rousseau (Sorbonne) ; Georges Soutou (Angers) ; Jacques Vier (Rennes). 

Soutien inaltérable à la Tradition catholique

Lors d’une conférence intitulée L’année 1976 de Mgr Lefebvre, donnée le 2 octobre 2005, dans le cadre des Journées de la Tradition à Villepreux (Yvelines), Jean de Viguerie redisait son soutien inaltérable à la Tradition catholique ; il n’exprimait qu’un regret sur la Déclaration des trente universitaires : « Je signerais encore aujourd’hui ce texte des deux mains. Je regrette seulement de n’y avoir pas fait mention de la messe. » (Nouvelles de Chrétienté n°96 – novembre/décembre 2005, p.12) 

Et il concluait son propos sur deux commentaires : 

« Voici le premier. (…) Mgr Lefebvre est un personnage sans précédent. Certes il y avait eu Athanase, mais l’arianisme auquel s’opposait Athanase était une hérésie déclarée, reconnaissable. Le néo-modernisme et le libéralisme auxquels s’affronte Mgr Lefebvre sont des erreurs masquées. Elles abusent un très grand nombre. Mgr Lefebvre les a dénoncées. Son mérite est d’autant plus grand. 

« Mon second commentaire a trait à la nature réelle de cette année 1976. Il y a dans tout moment de l’histoire, il y a ce que l’on voit, ce à quoi l’on attache de l’importance, et ce que l’on voit moins bien et qui est pourtant plus important. Dans cette année 1976 de Mgr Lefebvre, les commentateurs de l’époque ont vu surtout la persécution infligée au prélat, la “condamnation sauvage” (Madiran) dont il a été l’objet. Mais l’année a été aussi pour le prélat résistant l’occasion, je le redis, de manifester publiquement son attachement au sacerdoce et à la messe. L’année 1976 est donc une année en l’honneur de la messe, en l’honneur du prêtre. On a moins vu cela, mais c’est le plus important. Aujourd’hui nous assistons à un retour de la messe traditionnelle, retour lent certes, désespérément lent, mais progressif, mais réel. Et c’est une consolation pour nous qui avons vu cette messe bannie et bafouée. Or, à n’en pas douter, et même les historiens les plus hostiles à Mgr Lefebvre devront le reconnaître, son année 1976 est à l’origine de ce retour, elle est la source première de notre consolation présente. » (Ibid. p.13) 

Au lendemain de la disparition de Jean de Viguerie, la Fraternité Saint-Pie X exprime ses vives condoléances à son épouse, ses enfants et petits-enfants, les assurant de ses prières. « Requiem aeternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei ; donnez-lui le repos éternel, Seigneur, et que la lumière perpétuelle l’illumine. »