Démission au sommet de la gendarmerie vaticane

16 Octobre, 2019
Provenance: fsspx.news

Domenico Giani, l’homme clé de la protection rapprochée du souverain pontife et chef de la gendarmerie vaticane, a démissionné le 14 octobre 2019, sur fond de tensions liées à des enquêtes impliquant des membres de la curie. Le commandant en second de la gendarmerie, Gianluca Gauzzi Broccoletti, a été nommé à sa place dès le lendemain. 

Le pape François aurait certainement préféré que l’attention des médias internationaux se focalise sur le synode amazonien qui s’est ouvert le 6 octobre et dont les enjeux sont multiples. Le lundi 14 octobre, on apprenait que Domenico Giani, ancien membre des services secrets italiens et garde du corps au service de trois papes successifs, avait présenté sa démission. Le pape l’a immédiatement acceptée. 

L’origine de l’affaire est la perquisition effectuée par les gendarmes le 2 octobre dernier. Agissant à la demande du promoteur de justice, Gian Piero Milano, et de son adjoint Alessandro Diddi, les gendarmes ont saisi des documents et du matériel dans deux bureaux du Vatican, l’un abritant l’Autorité d’information financière (AIF), l’autre relevant de la Secrétairerie d’Etat. 

Une note interne, une taupe et des fuites 

Ce même jour, Domenico Giani signait une note interne qui se retrouvait bientôt entre les mains d’un journaliste, et aussitôt publiée dans le journal L’Espresso, sur le site de Sandro Magister, vaticaniste prêtant souvent sa voix à ceux qui, dans la Curie, s’opposent à l’actuel Pontife. 

La note mentionne que cinq employés du Vatican ont été « suspendus de leurs fonctions ». Parmi eux, un ecclésiastique, Mgr Mauro Carlino, qui dirigeait il y a quelques semaines encore le Bureau de l’information et de la documentation, un organisme au cœur de l’information diffusée quotidiennement par Vatican News.

L’agence Reuters invoque des « sources concordantes » selon lesquelles le pape aurait été ulcéré par la divulgation de la note signée par le chef de la gendarmerie. Le sort en était jeté pour ce dernier, qui n’a pas réussi à débusquer la « taupe » à l’origine de la fuite. 

Dans une déclaration publiée le 14 octobre 2019, Vatican News précise que la divulgation de la note interne a « causé un préjudice à la dignité des personnes impliquées, non moins qu’à l'image de la gendarmerie », même si son chef « ne porte aucune responsabilité personnelle dans le déroulement des événements ». Domenico Giani a présenté sa démission, déclarant qu’il assumait « une responsabilité objective » en tant que commandant de la gendarmerie. 

Il n’a pas caché son amertume : « j'ai consacré 38 ans de ma vie au service des institutions, déclare Domenico Giani, d'abord en Italie, puis pendant 20 ans au Vatican, au service du Pontife romain. Au cours de ces années, j'ai consacré toute mon énergie à assurer la mission qui m'a été confiée. Je me suis efforcé de le faire dans un esprit de renoncement et avec professionnalisme, m’estimant, comme nous le rappelle l’Evangile d'il y a deux dimanches, un 'serviteur inutile’ qui a accompli son humble tâche jusqu’au bout ». 

Selon le Corriere della Sera, cette démission s’inscrit en réalité dans une guerre interne illustrée par une série d’enquêtes délicates : allant « de la pédophilie, en passant par les remous concernant la disparition d’Emanuela Orlandi, jusqu’à de présumées douteuses opérations financières de grande envergure », impliquant des membres de l’Institut des Œuvres de religion (IOR) et de la Secrétairerie d’Etat. 

Domenico Giani occupait le poste le plus élevé dans la hiérarchie de la gendarmerie du Vatican. Durant ses promenades sur les remparts protégeant cette colline élevée, il avait pu observer, portant son regard au loin, que la roche Tarpéienne est, somme toute, assez proche du Capitole.