Deux cardinaux et trois évêques rappellent la doctrine catholique

26 Juin, 2019
Provenance: fsspx.news
Cardinal Raymond L. Burke et Mgr Athanasius Schneider.

Le 10 juin 2019 le vaticaniste Edward Pentin a publié dans le National Catholic Register, un document de huit pages où deux cardinaux et trois évêques rappellent la doctrine catholique mise à mal, jusqu’à Rome, en ces temps de « confusion et de désorientation doctrinale générale dans la vie de l’Eglise », selon leurs propres termes. Les cinq signataires sont : le cardinal Raymond L. Burke, patron de l’Ordre souverain militaire de Malte, le cardinal Janis Pujats, archevêque émérite de Riga (Lettonie), Mgr Tomash Peta, archevêque de Sainte-Marie à Astana (Kazakhstan), Mgr Jan Pawel Lenga, archevêque émérite de Karaganda (Kazakhstan) et Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Sainte-Marie d’Astana.

La Déclaration traite d’abord des fondements de la foi. L’article 1 indique que les « expressions “tradition vivante”, “Magistère vivant”, “herméneutique de la continuité” et “développement de la doctrine” » doivent être entendues au sens de Vatican I, c’est-à-dire d’un développement homogène du dogme. - Autrement dit, il faut interpréter le Concile à la lumière de la tradition.

L’article 2 refuse le relativisme dogmatique tel qu’il a été condamné par le concile Vatican I.

Le texte poursuit avec le Credo. L’article 3 dénonce une conception utilitaire et laïcisée de la foi, développée après le Concile : il est faux de dire « que Dieu est glorifié principalement par le simple fait du progrès de la condition temporelle et terrestre du genre humain ».

L’article 4 vise Nostra Ætate et surtout son développement par la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme qui, à l’occasion du 50e anniversaire du texte conciliaire avait déclaré : « En pratique, cela signifie que l’Eglise catholique ne conduit et ne promeut aucune action missionnaire institutionnelle spécifique en direction des juifs ». Le document des cinq prélats répond justement : « Après l’institution de la Nouvelle et Eternelle Alliance en Jésus-Christ, nul ne peut être sauvé seulement par l’obéissance à la loi de Moïse, sans la foi en Jésus-Christ comme vrai Dieu et unique Sauveur du genre humain ».

Par l’article 5, c’est même « saint » Jean-Paul II qui est visé – intentionnellement ou pas – dans son fameux Discours de Casablanca, en 1985, où il disait : « Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection ». L’article dit en effet : « Les musulmans et autres personnes qui n’ont pas la foi en Jésus Christ, Dieu et homme, même s’ils sont monothéistes, ne peuvent pas rendre à Dieu la même adoration que les chrétiens ».

« Les spiritualités et les religions qui promeuvent une quelconque forme d’idolâtrie ou de panthéisme ne peuvent être considérées ni comme “semences” ni comme “fruits” du Verbe divin, car ils sont des tromperies qui empêchent l’évangélisation et le salut éternel de leurs fidèles », affirme l’article 6. Ces « semences » sont mentionnées dans deux textes du Concile (Ad gentes, 11 ; Lumen Gentium, 17), reprises dans l’encyclique de Jean-Paul II, Redemptor hominis, et surtout dans l’Audience générale du 9 septembre 1998 : « Les “semences du Verbe” présentes et agissantes dans les diverses traditions religieuses sont un reflet de l’unique Verbe de Dieu, “qui illumine chaque homme” ».

Sur l’œcuménisme, l’article 7 précise : « Le véritable œcuménisme veut que les non-catholiques entrent dans l’unité que l’Eglise catholique possède déjà indestructiblement en vertu de la prière du Christ, toujours entendue par son Père, “afin qu’ils soient un” (Jn 17,11) ».

L’article 8 : « L’enfer existe et ceux qui sont condamnés à l’enfer pour un quelconque péché mortel non-repenti sont là éternellement punis par la justice divine. Selon l’enseignement des Saintes Ecritures, non seulement les anges déchus, mais aussi des âmes humaines sont condamnées éternellement », semble bien viser le cardinal Hans Urs von Balthasar – et tous ceux qui l’ont suivi –, qui prétendait que l’enfer existait, mais qu’il était vide.

L’article 9 de cette Déclaration vise directement et littéralement la phrase du document d’Abou Dabi, signé conjointement par le pape François et l’imam d’Al-Azhar, le 4 février 2019, selon laquelle Dieu voudrait la diversité des religions : « La religion née de la foi en Jésus-Christ, le Fils incarné de Dieu et le seul Sauveur de l’humanité, est la seule religion voulue positivement par Dieu. Erronée donc est l’opinion qui dit que tout comme Dieu veut positivement la diversité des sexes masculin et féminin et la diversité des nations, il veut de même la diversité des religions ».

Quant à l’article 11, il s’oppose frontalement à Dignitatis Humanæ : « Le don du libre arbitre dont la personne humaine est douée par Dieu le Créateur, accorde à l’homme le droit naturel de choisir seulement ce qui est bon et vrai. Par conséquent, aucune personne humaine n’a un droit naturel d’offenser Dieu en choisissant le mal moral du péché ou l’erreur religieuse d’idolâtrie, le blasphème ou une fausse religion ».

La suite concerne la loi de Dieu et vise l’enseignement hétérodoxe d’Amoris lætitia, ainsi que les attaques contre la vie. Notons l’article 28 qui réfute la modification apportée par le pape François au n. 2267 du Catéchisme de l’Eglise catholique, refusant la peine de mort.

Enfin une partie sur les sacrements rappelle la doctrine sur la Messe, le sacrement de Pénitence et souligne la discipline immémoriale du célibat sacerdotal.

Dénoncer l'erreur et ses causes

Cette importante Déclaration permet de constater que l’étude des maux actuels progresse dans le sens d’une remise en cause des bouleversements conciliaires. Elle ne remplace cependant pas les analyses pénétrantes de Mgr Marcel Lefebvre qui méritent toujours d’être connues et reprises.

Car à la différence du fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, les auteurs de la Déclaration ne remontent jamais formellement à la cause : le concile Vatican II et les réformes qui en sont issues, ainsi que le magistère post-conciliaire qui en est leur interprète authentique. Certes, les textes et les enseignements du Concile sont implicitement visés, mais c’est notre commentaire qui les a explicitement mis en lumière.

De plus, ce document, avec ses mérites qui ne sont pas petits, élude la question de l’autorité de ce magistère nouveau. Mgr Lefebvre ne s’est pas contenté d’analyser, de dénoncer ou de faire des déclarations ; il a incarné dans ses prises de position comme dans son action les principes catholiques. C’est finalement par sa prudence et sa liberté de parole en pleine tempête conciliaire, qu’il a rendu possible aujourd’hui de telles déclarations. Sachons nous en réjouir en espérant que de telles initiatives conduisent enfin à une saine réaction à tous les échelons de l’Eglise.