L’Eglise au Sud-Soudan à l’œuvre pour la paix

14 Mars, 2019
Provenance: fsspx.news
A Juba, au Soudan du Sud, des catholiques célèbrent le Vendredi Saint en reconstituant le chemin de Croix, le 30 avril 2018.

À l’issue de leur Assemblée plénière qui s’est tenue le 28 février 2019, les évêques du Sud-Soudan s'alarment : l’accord de paix mettant fin à cinq années de guerre civile meurtrière est sur le point de voler en éclats. 

Le nombre de victimes de la guerre civile au Soudan du Sud aurait été sous-estimé, affirmait une étude publiée le 26 septembre 2018. Le terrible bilan serait d’au moins 380.000 victimes. Les affrontements avaient éclaté le 15 décembre 2013 entre les forces du président Salva Kiir et celles du vice-président Riek Machar, qui n’avait pas accepté d’être limogé à la suite de plusieurs désaccords politiques. 

Longtemps liés par leur combat commun pour l’indépendance vis-à-vis de Khartoum au sein de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), Salva Kiir et Riek Machar, les deux hommes forts du régime, avaient précipité le plus jeune pays de la planète dans l’enfer d'une guerre fratricide. Un accord de paix a pu être signé le 12 septembre 2018, mais il reste fragile. 

L’épiscopat du Soudan du Sud s’inquiète à juste titre : « le niveau du conflit a été réduit mais l'accord de cessation des hostilités ne tient pas ». Les prélats ont précisé que « toutes les parties sont engagées soit dans des combats soit dans des préparatifs de guerre », sans se soucier « des causes profondes du conflit ». 

C’est dans ce contexte que l’actuel président du pays, Salva Kiir, sera reçu au Vatican par le Saint-Père et le secrétaire d’Etat du Saint-Siège le 16 mars prochain. L’espoir d’enrayer la reprise des violences reste faible. Sur cette terre les catholiques représentent presque 40% de la population. 

Il faut ajouter que les terribles massacres qui ensanglantent le Soudan du Sud depuis l’indépendance de 2011 sont la conséquence de la guerre que se livrent Dinka et Nuer, les deux principales ethnies du pays. Le président est Dinka alors que son vice-président est Nuer. 

De 1956 à 2005 les populations chrétiennes et animistes de la partie méridionale du Soudan luttèrent contre le pouvoir nordiste musulman de Khartoum. Cette guerre d’indépendance fut menée par les Dinka. Quant aux Nuer, ils changèrent régulièrement de camp, oscillant entre Dinka et Khartoum. Une telle attitude n’a pas laissé que de bons souvenirs aux indépendantistes dinka. 

La logique électoraliste permet de comprendre la suite. Les Dinka étant plus nombreux que les Nuer, quand il fallut désigner un gouvernement après l’indépendance, les premiers en prirent naturellement le contrôle. Mais l’hégémonie dinka fut combattue par les Nuer. Le gouvernement de Khartoum attisa le conflit en soutenant les Nuer afin de demeurer présent dans cette région riche en pétrole.