Inde : une statue du Christ sème la discorde

13 Janvier, 2020
Provenance: fsspx.news

Près de Bangalore, dans le sud de l’Inde, les fidèles catholiques font l’expérience des limites de la liberté religieuse : les travaux entrepris afin d’édifier une statue du Christ sur un terrain appartenant à l’Eglise depuis pourtant plus d’un siècle ont été interrompus, au motif que la colline appartient... aux divinités hindoues !

Kanakapura est une petite ville de l’Inde de 55 000 habitants, située à 55 km au sud de Bangalore, dans l’Etat du Karnataka, célèbre pour ses manufactures de soie et ses carrières de granite. 

C’est à cet endroit, sur un terrain qui appartient à l’Eglise depuis 1906 - l’un des fruits de l’apostolat de missionnaires français - que des fidèles catholiques ont formé le projet d’ériger une statue du Christ, qui, avec ses trente mètres de hauteur, devait être la plus haute du pays : de quoi faire enrager les adeptes de Vishnu… 

Et pourtant, un hindou, D.K. Shivakumar, membre du parti du Rassemblement national indien (INC) - parti modéré - a soutenu le projet, honorant de sa présence la pose de la première pierre de la statue, le 25 décembre 2019, en la fête de Noël : tout un symbole. 

Mais au Karnataka comme dans beaucoup d’autres Etats de l’Inde, c’est un parti nationaliste, le Bharatiya Janata Party (BJP) qui fait la loi, avec un programme simple mais efficace : éradiquer la présence chrétienne dans la région, afin de restaurer la religion hindoue dans sa pureté originelle. 

Aussi, les travaux ont-ils été rapidement interrompus par des milices qui reprochent aux catholiques d’ériger la statue d’un dieu étranger sur une colline sacrée, dédiée aux divinités nationales hindoues. 

« Les mêmes membres de l’INC qui se sont opposés à la construction d’un temple dédié à notre dieu Rama veulent désormais construire avec les fonds publics une statue de Jésus, le dieu né au Vatican », a ainsi réagi, dans un message vindicatif, l’un des ministres du Karnataka encarté au BJP, K.S. Eshwarappa. 

Mgr Peter Machado, archevêque de Bangalore, a demandé, le 5 janvier 2020, l’arbitrage du premier ministre de l’Etat, B.S. Yediyurappa, lui aussi membre du BJP. En vain apparemment, puisque quelques jours plus tard, le 8 janvier, le quotidien The News Minute rapportait que le gouvernement du Karnataka avait décelé de nombreuses irrégularités dans le projet, qui se trouve désormais ajourné sine die. 

L’Etat du Karnataka est réputé pour ses violences à l’encontre des chrétiens : églises, écoles, ou simples maisons de fidèles sont régulièrement la cible des fondamentalistes hindous. En août 2019 notamment, plusieurs dizaines de catholiques avaient été agressés lors d’un pèlerinage marial dans la basilique de Notre-Dame de Velankanni.