Intelligence artificielle : le Saint-Siège plaide pour un algorithme éthique

23 Avril, 2020
Provenance: fsspx.news

Peu avant la fermeture du Vatican pour cause de coronavirus, les membres de l’Académie pontificale pour la vie ont planché sur l’intelligence artificielle (IA) et l’urgence, pour les acteurs du numérique, de s’engager à inscrire un algorithme « éthique » dans les différentes solutions développées. D’aucuns misent sur l’IA afin de permettre une lutte plus efficace contre la pandémie. 

Le père Paolo Benanti est professeur de théologie morale et bioéthique à l’université pontificale grégorienne de Rome, spécialiste du numérique et membre de l’Académie pour la vie. Lors de la présentation du colloque qui s’est tenu dans la salle du synode les 26 et 27 février 2020, il a exposé quel était l’enjeu de la révolution numérique représentée par l’intelligence artificielle. 

« A l’instar de l’électricité, l’IA n’est pas nécessaire pour accomplir une action spécifique, elle est plutôt destinée à faire évoluer la façon, le mode avec lequel nous réalisons nos actions quotidiennes », explique le religieux franciscain. 

L’automatisation des connaissances humaines 

Pour poser correctement le problème moral posé par l’intelligence artificielle, le père Benanti rappelle quelle fut sa genèse : grâce à des ordinateurs de plus en plus puissants, une capacité inédite de calcul et de stockage est devenue possible, et dans le même temps, l’homme s’est mis à accumuler une quantité de données à un rythme vertigineux. 

« Au cours des seules deux dernières années - explique le théologien - l’homme a produit 90% des données créées durant tout le cours de l’Histoire. Tous ces facteurs ont contribué à développer certains types d’algorithmes, qui ont donné naissance au monde complexe de l’IA, un monde sur lequel les scientifiques ont raisonné, au moins sous une forme théorique, depuis les années 1960. » 

L’origine de l’intelligence artificielle une fois rappelée, l'enjeu est plus clair : « les deux premières révolutions industrielles, avec le charbon, la vapeur, le pétrole et l’électricité, ont fourni des formes alternatives d’énergie pour automatiser ce qui était accompli par la force de nos bras ; la troisième révolution électronique - qui a produit les machines - a contribué à automatiser le travail, en déshumanisant le travailleur par le travail à la chaîne ; ce qui va se produire avec l’IA, c’est une automatisation de toutes les connaissances humaines ». 

Le problème moral n’en apparaît que plus grand : « lorsque la machine remplace l'homme dans la prise de décisions, quel genre de certitudes devrions-nous avoir pour laisser la machine choisir qui doit être soigné ou non, et comment ? Sur quelle base devrions-nous autoriser une machine à désigner lequel d'entre nous est digne de confiance et qui ne l'est pas ? » Quelle place pour le libre-arbitre, le discernement prudent et la responsabilité des hommes ? 

L’une des solutions entrevues par l’Académie, est de développer l’algorithme du « Bien » : « si nous voulons que la machine soutienne l'homme et le bien commun, sans jamais remplacer l'être humain, alors les algorithmes doivent inclure des valeurs éthiques et pas seulement numériques », affirme le père Benanti. 

Pour le religieux franciscain, l’appel signé le 28 février 2020 par IBM, Microsoft et l’Académie pour la vie marque une étape importante dans cette direction : « nous devons être en mesure d'indiquer des valeurs éthiques à travers les valeurs numériques qui nourrissent l’algorithme ». Mais la foi, la justice ou la santé ne peuvent se réduire en formules mathématiques. La certitude morale n’est pas affaire de calculs de probabilité. 

C’est en fait vouloir réduire les domaines les plus élevés de l’intelligence humaine aux mathématiques ou à ce qui peut se mettre en chiffres et en statistiques. Ce qui est proprement impossible. C’est vouloir faire de l’homme un robot, ce qui rejoint le rêve du transhumanisme. 

L’IA n’a pas perdu en intérêt depuis l’apparition Covid-19 : de nombreux pays l’utilisent afin de simuler les stratégies de confinement et de déconfinement en temps de pandémie. L’avenir dira si un « algorithme éthique » pourra contribuer à trouver un traitement efficace au Covid-19... 

Au-delà d’un constat de départ pertinent, les solutions avancées par les membres de l’Académie semblent nébuleuses, et devraient être peu suivies d’effets, tant les valeurs des grands acteurs de l’économie mondiale - et celles de beaucoup d’hommes d’Eglise - demeureront éloignées d’une authentique doctrine sociale chrétienne. On ne peut servir Dieu et Mammon.