Irak : le soutien de l’Eglise aux manifestants

30 Novembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Des manifestants antigouvernement à Bagdad, le 1er novembre.

Le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche catholique chaldéen de Babylone, a apporté le 2 novembre 2019 son soutien aux manifestants qui protestent depuis un mois dans les rues de Bagdad, réclamant la « chute du régime corrompu », annonçait l’agence suisse cath.ch le 4 novembre. Il était à la tête d’une délégation composée de trois évêques et six prêtres. 

S’adressant aux médias, le cardinal Sako a déclaré : « Nous sommes venus exprimer notre admiration pour ces jeunes qui ont brisé la barrière sectaire et retrouvé l’identité nationale irakienne, prouvant ainsi que la patrie est précieuse et inestimable. Ce que les politiciens ne pouvaient pas faire ». Dénonçant la corruption des élites coupées des besoins du peuple, il a réclamé que « l’argent volé depuis seize ans soit récupéré pour réaliser les projets de développement économique, social et sanitaire du pays ».  

L’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) cite un communiqué du patriarche catholique chaldéen, – qui a annulé le 28 octobre un voyage prévu en Hongrie et rendu visite à des manifestants blessés dans un hôpital de Bagdad –, appelant le gouvernement à écouter les manifestants : « Nous en appelons à la conscience des responsables irakiens, pour qu’ils écoutent sérieusement leur peuple qui se plaint de la situation misérable actuelle, de la détérioration des services et de la propagation de la corruption, conduisant à une telle crise. (…) C’est la première fois que le peuple iraquien, depuis 2003, s’exprime de façon non violente, à l’écart de toute politisation, en brisant les barrières sectaires et en mettant l’accent sur son identité nationale irakienne. » 

Auparavant, le 30 octobre, les représentants des différentes Eglises présentes en Irak s’étaient prononcés dans un message commun à la suite des manifestations antigouvernementales organisées depuis le 1er octobre. Ils ont apporté leur soutien aux requêtes des manifestants concernant les postes de travail, les logements, les services, l’assistance sociale et sanitaire et exigé des mesures efficaces « contre la corruption et le saccage des ressources publiques ». S’adressant directement aux autorités, ils ont réclamé que le peuple irakien soit préservé de la perspective d’un enlisement dans le chaos en adoptant des mesures de réforme courageuses. Ils demandaient aux responsables d’éviter les méthodes répressives violentes des manifestations populaires, et aux manifestants d’exprimer leur protestation de manière pacifique en évitant de se faire infiltrer par des groupes violents.  

L’agence italienne AsiaNews précisait le 7 novembre que l’envoyée spéciale des Nations Unies pour l’Irak, Jeanine Hennis-Plasschaert, s’est dite « horrifiée par la poursuite des effusions de sang en Irak ». « La violence, insistait-elle, ne génère que de la violence, les manifestants pacifiques doivent être protégés. Le temps est venu pour le dialogue national ».  

Les manifestations se sont concentrées dans les neuf provinces chiites de l’Irak, avec une participation limitée des musulmans sunnites et des minorités concentrées dans le nord du pays, explique l’AED. Les chrétiens irakiens sont à la fois solidaires de ce que les manifestants appellent une « révolution », tout en craignant de nouvelles violences dont ils feront encore les frais, en tant que minorités. L’archevêque syro-catholique de Mossoul, Mgr Yohanna Petros Mouche, a déclaré à l’AED : « Il est bon et juste que les opprimés et autres personnes privées de leurs droits manifestent, à condition qu’ils soient écoutés et respectés. Ce n’est pas le cas en Irak. Il n’y a pas de gouvernement, pas de respect pour la personne humaine, et les gens peuvent profiter de ces circonstances pour se venger d’autrui. De plus, dans la plaine de Ninive, nous en avons assez. J’espère d’une certaine manière que la prière jouera un rôle, parallèlement à une intervention qui rendra la situation plus calme et rassemblera les différentes idées. »  

Bon nombre des problèmes signalés par les manifestants de Bagdad sont les mêmes que ceux auxquels sont confrontés les jeunes chrétiens : chômage, corruption, et un gouvernement qui défend les intérêts iraniens. Dans la plaine de Ninive, de nombreux chrétiens vivent sous le contrôle de milices soutenues par l’Iran, accusées de racketter la population locale, d’entraver l’économie et d’intimider les minorités. Ces facteurs expliquent pourquoi certains chrétiens de la plaine de Ninive, jeunes pour la plupart, ont exprimé leur solidarité avec les manifestants. 

Dans ce contexte particulièrement difficile, le cardinal Sako a appelé les fidèles de l’Eglise catholique chaldéenne à jeûner pendant trois jours, du 11 au 13 novembre, et à prier pour demander à Dieu la paix et le retour de la stabilité en Irak. Le Patriarche des Chaldéens a également invité le gouvernement à « gagner la confiance » de ses enfants en engageant « un dialogue courageux » et des « réformes économiques » vers une « redistribution de la richesse » ; et il a demandé aux intellectuels qui ont fui de revenir « pour contribuer aux réformes ». Le problème de l’Irak et de la plupart des pays arabes est « culturel et spirituel et non purement politique ». Le voleur, le corrompu, l’extrémiste ou le tyran dominent « parce qu’une forte et solide motivation religieuse, spirituelle et morale fait défaut », déclarait-il dans un message adressé à AsiaNews et publié le 11 novembre.  

Parallèlement, précisait l’agence Fides, une déclaration du porte-parole de la Maison Blanche indiquait la voie d’élections anticipées comme potentielle solution au chaos. Le communiqué américain justifie de facto les protestations de la rue, réactions compréhensibles face à la montée en puissance de l’influence iranienne en Irak. Le 11 novembre, AsiaNews faisait état du bilan estimé de la répression par les autorités : plus de 300 morts et 16.000 blessés.