Jacques Chirac est mort, ses œuvres le suivent

09 Octobre, 2019
Provenance: fsspx.news

Jacques Chirac, ancien président de la République française, est décédé le 26 septembre 2019. Ce fut en France une période d’intense émotion médiatique et d’unité nationale : jour de deuil, hommages en tous genres, obsèques religieuses en l’église Saint-Sulpice en présence de hautes personnalités.

Lorsqu’une âme quitte ce monde, elle est immédiatement jugée par Dieu. « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent » (Ap. 14, 13). 

Bonnes et mauvaises œuvres suivent le défunt, que Dieu rétribue en toute justice et miséricorde, soit pour la félicité éternelle, soit pour la damnation éternelle. 

La responsabilité de l’avortement en France 

Jacques Chirac exerça les plus hautes responsabilités de l’Etat français durant 16 ans. Il fut premier ministre durant quatre ans, et président de la République durant douze ans. Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, son gouvernement porte la responsabilité d’avoir légalisé l’avortement en France. 

Déjà, en 1967, sous De Gaulle et le gouvernement de Georges Pompidou, la contraception avait été légalisée par la Loi du député Neuwirth.1 Puis le débat se déplaça sur l’avortement, qui ne fut plus pénalement poursuivi à partir de 1973, sous la présidence de Pompidou et le gouvernement de Pierre Messmer. 

La légalisation intervint en 1975. Au départ, Jacques Chirac ne comprenait pas pourquoi Valéry Giscard d’Estaing faisait une priorité du “droit” à ce que pudiquement on nomma « l’interruption volontaire de grossesse » : « Les femmes se sont toujours débrouillées, elles continueront », disait-il, jugeant « cette affaire de bonnes femmes » décidément pas une urgence. Mais une fois connues les directives du président de la République, raconte Simone Veil dans son autobiographie, « Jacques Chirac n’a pas ménagé son soutien à mon égard et a tout mis en œuvre pour que la loi soit votée ». Il intervint même dans l’hémicycle pour soutenir son ministre de la “santé”.2 C’est donc en toute connaissance de cause et sous son entière responsabilité que la France a basculé dans ce que l’un des principaux opposants à l’avortement avait décrit lors des débats : « N’en doutez pas : déjà des capitaux sont impatients de s’investir dans l’industrie de la mort et le temps n’est pas loin où nous connaîtrons en France ces “avortoirs”, ces abattoirs où s’entassent des cadavres de petits hommes et que certains de mes collègues ont eu l’occasion de visiter à l’étranger » (Jean Foyer). 

Cette responsabilité, partagée avec le président Giscard d’Estaing, Simone Veil et tous ceux qui ont voté cette loi meurtrière, représente environ 10 millions d’enfants tués dans le sein de leur mère depuis plus de quarante ans. 

Un crime de l’humanité contre la vie  

Lors des hommages dithyrambiques rendus à Jacques Chirac à l’occasion de sa mort, a été cité son discours de Johannesburg lors du Sommet de la Terre, en 2002 : « Notre maison [la planète] brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l’humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables. (…) Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie ». 

Celui qui dénonce, à travers la surexploitation des ressources naturelles, « un crime de l’humanité contre la vie », ne devrait-il pas commencer par battre sa coulpe pour sa responsabilité écrasante dans cet autre crime de l’humanité contre la vie qu’est l’avortement ? 

Hélas, c’est avec pertinacité qu’il proclamait, toujours à propos de l’avortement et de la loi Veil : « Non à une loi morale qui primerait la loi civile et justifierait que l’on se place hors de la loi ! Cela ne peut se concevoir dans une démocratie laïque » (Le Journal du Dimanche, 2 avril 1995). Créon n’aurait pas mieux dit face à Antigone. 

De la France fille aînée de l’Eglise à la République laïque et maçonnique 

Si Jacques Chirac a toujours soutenu et défendu la loi Veil, il n’a donc par la suite jamais cessé d’assumer sa responsabilité dans la mise en œuvre de l’avortement en France. C’est peut-être l’un des seuls sujets où il fut constant, alors que dans beaucoup d’autres domaines il changeait d’opinions et variait dans les convictions qu’il affichait. Il fut même surnommé « Jacques Chirouette ». 

A titre d’exemple, il est sans doute le dernier responsable politique d’envergure à avoir parlé de la France comme… la fille aînée de l’Eglise ! C’était en 1976, dans une lettre officielle qu’il écrivit à Mgr Marcel Lefebvre. 

En effet, le 16 juillet 1976, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, le premier ministre de la République française adressait au prélat d’Ecône un appel angoissé : toute rupture de la communion catholique, lui écrivait-il, serait « préjudiciable au bien commun de la France et de l’Eglise », de la « France chrétienne, fille aînée de l’Eglise par privilège immémorial ».3 

Force est de constater que Jacques Chirac affichait alors, malgré les lois iniques de son gouvernement, une conception droite de la politique d’un pays catholique. Ainsi, selon lui, la communion catholique appartient-elle au bien commun de la France, fille aînée de l’Eglise. Visiblement inspiré, il poursuivait : « Je fais confiance à votre génie qui saura trouver les paroles de la réconciliation. Quel exemple donnerez-vous en un temps où la fidélité est si constamment bafouée, où le véritable amour est si tragiquement dévoyé. Votre combat pour la foi, pour l’Eglise en recevra le sceau éclatant de l’authenticité, celui que confèrent la rectitude absolue dans la conduite et l’acceptation du sacrifice »4

L’invocation de la France chrétienne, fille aînée de l’Eglise par privilège immémorial, n’était hélas qu’une figure rhétorique parmi d’autres, que viendrait démentir trente ans plus tard son opposition farouche à la simple mention des racines chrétiennes dans le projet de constitution européenne. S’il avait tenu, au cours d’une visite d’Etat au Vatican, le 19 janvier 1996, à « témoigner de la fidélité de la France à son héritage chrétien », il refusa la même année d’accueillir le pape Jean-Paul II venu à Reims commémorer le quinzième centenaire du baptême de Clovis, qui marquait pourtant l’acte de naissance de cette même France chrétienne.  

Son vrai visage, Jacques Chirac le montra dans son combat pour la laïcité et les valeurs républicaines qui excluent toute transcendance, toute loi naturelle et toute morale objective et contraignante. Son allocution « sur le rôle historique de la franc-maçonnerie française pour les valeurs de la République », le 23 juin 2003 au palais de l’Elysée, résume toutes les erreurs sur la société civile dont il était imbu. Ces erreurs figurent au titre VI du Syllabus du pape Pie IX, en 1864 ! Citons l’Etat origine et source de tous les droits, la primauté du pouvoir civil sur le pouvoir spirituel, l’affranchissement de l’autorité de l’Eglise et la séparation de celle-ci d’avec l’Etat. Comme si César n’avait pas de compte à rendre à Dieu. 

C’est à présent chose faite.

R.I.P.

  • 1. 1 Lucien Neuwirth, dit « Lulu la pilule », est le fils de Natan Nesamel Neuwirth, fourreur dans plusieurs capitales européennes et naturalisé français en 1923. Il est le petit-fils de Schumel Neuwirth, juif polonais et négociant à Cracovie puis New York. Il découvre la contraception à Londres pendant la guerre où il s’engage dans les Forces françaises libres. Il rédige la proposition de loi dépénalisant la contraception avec l’aide de Pierre Simon, juif radical et franc-maçon, qui sera par deux fois grand maître de la Grande Loge de France. Lucien Neuwirth était également membre de cette obédience maçonnique (Wikipedia/encyclopédie Universalis).
  • 2. Cf. Jacques Chirac, Mémoires, tome 1, éditions NiL, chapitre 12.
  • 3. Bernard Billaud, D’un Chirac l’autre, Paris, éditions de Fallois, 2005, p. 49-50.
  • 4. Mgr Tissier de Mallerais, Vie de Mgr Lefebvre, Clovis, 2002, pp. 515-516.