Le gendarme anti-blanchiment du Vatican n’est pas reconduit à son poste

02 Décembre, 2019
Provenance: fsspx.news
René Brülhart.

Un changement majeur à la tête de l’Autorité d’information financière du Saint-Siège (AIF) a été effectué : le Suisse René Brülhart quitte la présidence de l’organe chargé de lutter contre les activités illégales dans les domaines financier et monétaire. Ce remplacement intervient quelques semaines après le lancement d’une enquête interne à l’AIF, visant des transactions financières présumées douteuses. 

Le président de l’Autorité d’information financière (AIF) n'est pas reconduit dans ses fonctions. Il a été remplacé par Carmelo Barbagallo jusqu’à présent fonctionnaire général, avec la charge de haut conseiller au Directoire de la Banque d’Italie en matière de vigilance bancaire et financier et dans les rapports avec le Single Supervisory Mechanism (SSM), la structure qui veille sur les plus grandes banques européennes. 

Depuis novembre 2014, René Brülhart occupait la fonction de « gendarme anti-blanchiment » mise en place en 2010, sous le pontificat de Benoît XVI. Selon les statuts de l’AIF, le président de cette structure est nommé pour une durée de cinq années renouvelables. 

A la suite d’une perquisition de la gendarmerie vaticane dans les locaux de l’AIF le 1er octobre dernier - en raison d’une plainte de l’Institut des Œuvres Romaines (IOR), la « banque du Vatican » - portant sur des mouvements suspects à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros, le Suisse avait dû lancer une enquête interne sur l’activité de ses propres services. 

La suspension temporaire du directeur de l’AIF, Tommaso di Ruzza, sur fond de scandale financier présumé, avait fragilisé l’organe romain chargé de veiller à la transparence des finances vaticanes, et rendait plus difficile la position de René Brülhart. 

Le président sortant peut revendiquer plusieurs succès à son actif, durant ses cinq années de présence à la tête de l’AIF. 

La coopération du Saint-Siège aux travaux réalisés par Moneyval, organe européen d’évaluation des mesures de lutte contre le blanchiment des capitaux ; la signature du Memorandum of Understanding (MoU) par lequel le Vatican s’oblige à échanger désormais des informations de nature financière avec d’autres pays, afin de lutter contre les transactions douteuses ; enfin, l’entrée toute récente dans le Sepa, l’espace unique de paiement en euros, censé harmoniser et faciliter les transactions entre pays membres. 

Ironie du sort : tous ces progrès réalisés, s’ils ont permis de faire apparaître certains dysfonctionnements dans la gestion des finances vaticanes, auront peut-être contribué à abréger l’action de René Brülhart à la tête de l’AIF.