Le pape écrit aux évêques d’Italie : l’écho fidèle de la Tradition

24 Mai, 2019
Provenance: fsspx.news

Dans une lettre apostolique adressée aux cardinaux, archevêques et évêques d’Italie, le pape s’exprime dans le plus pur langage de la Tradition de l’Eglise en pointant deux erreurs répandues parmi le peuple chrétien. Il s’agit de deux maux à fermement réprouver.

Première erreur : l’oubli de l’unité catholique 

C’est « une très grave erreur » qu’il convient de mentionner et condamner, écrit le souverain pontife. Une erreur « qui égare certains catholiques qui croient qu’il est possible d’obtenir la vie éternelle en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi et de l’unité catholique. Cela est péremptoirement contraire à la doctrine catholique ». 

Il en va du salut de l’âme. Pédagogue, le vicaire du Christ explique d’abord le cas de l’ignorance invincible, souvent invoqué et parfois déformé, qui doit bien s’entendre : « Il existe, bien sûr, ceux qui se trouvent dans une situation d’ignorance invincible concernant notre très sainte religion. Observant avec sincérité la loi naturelle et ses préceptes que Dieu inscrit sur tous les cœurs, prêts à obéir à Dieu, ils mènent une vie honnête et droite, et peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divine, acquérir la vie éternelle. Car Dieu voit parfaitement, il scrute, il connaît les esprits, les âmes, les pensées, les habitudes de tous, et dans sa bonté suprême et sa clémence il ne permet point qu’on souffre les châtiments éternels sans être coupable de quelque faute volontaire ». 

Si Dieu seul sonde les reins et les cœurs, cela ne saurait mettre à mal la nécessité d’appartenir à l’unique Eglise fondée par le Christ pour être sauvé, ni la nécessité de la foi divine et catholique pour croire au vrai Dieu et à la religion divinement révélée.  

Hors de l’Eglise point de salut 

C’est pourquoi le pape continue ainsi : « Mais nous connaissons parfaitement aussi ce dogme catholique : qu’en dehors de l’Eglise on ne peut se sauver, qu’il est impossible d’obtenir le salut éternel en se montrant rebelle à l’autorité et aux décisions de cette Eglise, en demeurant opiniâtrement séparé de son unité et du successeur de Pierre, le Pontife romain, à qui la garde de la vigne a été confiée par le Sauveur. 

« Car les paroles du Christ Notre-Seigneur sont parfaitement claires : “S’il n’écoute pas l’Eglise, regarde-le comme un païen et comme un publicain” (Mt 18, 17) ; “Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise ; et qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé” (Lc 10, 16) ; “Celui qui ne croira pas sera condamné” (Mc 16, 16) ; “Celui qui ne croit pas est déjà condamné” (Jn 3, 18) ; “Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi, disperse” (Lc 11, 23). Aussi l’apôtre Paul dit que ces hommes sont “corrompus et condamnés par leur propre jugement” (Tit. 3, 11) ; et le Prince des Apôtres assure qu’ils sont des “maîtres menteurs, qu’ils introduisent des sectes de perdition, qu’ils renient le Seigneur, et attirent sur eux une prompte ruine soudaine” (2 Pi. 2, 1) ». 

Cela n’a jamais voulu dire qu’il faille vivre en ennemi du genre humain ou adopter une conduite sectaire ou hostile à l’égard des autres hommes : « A Dieu ne plaise que les fils de l’Eglise catholique soient jamais les ennemis de ceux qui ne nous sont pas unis par les mêmes liens de la foi et de charité ; ils doivent au contraire s’empresser de leur rendre tous les services de la charité chrétienne, qu’ils soient pauvres, malades ou souffrant d’une quelconque affliction ; de les aider toujours, de travailler principalement à les tirer des ténèbres des erreurs où ils sont misérablement plongés ; à les ramener à la vérité catholique et à l’Eglise, cette mère pleine d’amour, qui ne cesse jamais de leur tendre affectueusement ses mains maternelles, de leur ouvrir les bras pour les établir et les affermir dans la foi, l’espérance et la charité, pour les faire fructifier en toutes sortes de bonnes œuvres et leur faire obtenir le salut éternel ». 

C’est donc à une attitude vraiment miséricordieuse et charitable que le pape convie tous les fils de l’Eglise pour être apôtres et missionnaires auprès des âmes infidèles, esclaves des sectes, des faux prophètes comme des schismes et des hérésies. 

Seconde erreur : l’accumulation des richesses 

La seconde erreur que le pape dénonce avec force dans sa lettre à l’épiscopat italien, c’est l’appât du lucre et des richesses d’ici-bas : « Nous ne pouvons rester silencieux devant une autre erreur pernicieuse, un mal qui, lamentablement, divise et trouble les esprits et les cœurs. Nous voulons parler de cet amour-propre, de cette ardeur effrénée et nuisible qui porte un trop grand nombre d’hommes à n’avoir en vue, à ne chercher que leurs intérêts et leurs avantages, sans avoir le moindre égard pour leur prochain. Nous voulons parler de ce désir insatiable de dominer et d’acquérir, qui les pousse à amasser des trésors avidement et par tous les moyens, au mépris même de toutes les règles de l’honnêteté et de la justice. Uniquement préoccupés des choses de la terre, oublieux de Dieu, de la religion et leur âme, ils mettent misérablement tout leur bonheur à acquérir de l’or et des richesses. Puissent-ils revenir à eux-mêmes et méditer sérieusement ces graves paroles du Christ : “Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd son âme ?” (Mt 16, 26). Qu’ils réfléchissent aussi à l’enseignement de Paul : “Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation et dans les filets du diable, dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car la cupidité est la racine de tous les maux ; et quelques-uns, en y cédant, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments” (1 Tim. 6, 9-10) ». 

Non que la propriété ou la possession des biens ne soient légitimes. Le pape ne prêche pas le communisme, pas plus qu’il ne reprend l’idéologie de la lutte des classes ou de leur abolition. Il n’ignore pas la nature sociale et politique de l’homme. Mais l’oubli de Dieu engendre la loi de la jungle et du plus fort, sans parler de l’esclavage de la chair que provoquent les affections terrestres. Puissent ces sages paroles être entendues à l’heure de la société de consommation, du matérialisme effréné et de l’étalage de tous les vices. 

Justice et charité 

La solution préconisée par le pape n’est autre que la société honnête et vertueuse que viennent éclairer et tempérer la religion, la loi naturelle et les commandements de Dieu : « Les hommes doivent assurément, chacun selon sa condition propre et spéciale, travailler à se procurer les choses nécessaires à la vie, soit en cultivant les lettres et les sciences, soit en exerçant les arts libéraux ou professionnels, soit en remplissant des fonctions privées ou publiques, soit en se livrant au commerce ; mais il faut absolument qu’ils fassent tout avec honnêteté, avec justice, avec probité, avec charité ; qu’ils aient toujours Dieu devant les yeux, et qu’ils observent avec le plus grand soin ses commandements et ses préceptes ». 

Gardez l’espérance 

Face à ces maux, le pape se tourne vers les chefs du peuple chrétien, entendez les évêques députés à la garde du troupeau. Il affirme sa confiance en leur zèle épiscopal : « D’un seul cœur et d’un seul esprit, et avec un dévouement redoublé, puissiez-vous persister dans la défense de la Maison d’Israël, puissiez-vous combattre le bon combat pour la Foi et défendre les fidèles dont vous avez la garde contre les embûches de l’Ennemi. Exhortez-les à se tenir forts dans notre sainte Foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Pressez-les de se maintenir fermement établis dans notre divine religion, qui seule, est véridique et éternelle… et qui seule, conduit au Salut… et qui, dans une plus grande mesure, est seule en mesure de préserver et faire prospérer la société civile ». 

Admirable de force et d’esprit naturel, le successeur de Pierre est rempli d’espérance : « Au milieu de tant de calamités, au sein de la tempête violemment déchaînée contre l’Eglise, ne perdons jamais courage. Le Christ n’est-il pas notre conseil et notre force ? Sans Lui nous ne pouvons rien, mais par Lui nous pouvons tout. Car en affermissant les prédicateurs de l’Evangile et les ministres des sacrements, il dit : “Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 20). » 

Puissent les vérités contenues dans cette lettre du pape Pie IX, donnée à Rome le 10 août 1863 et adressée aux cardinaux et évêques d’Italie, faire écho dans le ciel de la Rome éternelle !