Le pape face à la théorie du complot

10 Septembre, 2019
Provenance: fsspx.news

Durant la conférence de presse tenue dans l’avion qui le menait au Mozambique, le pape François a fait allusion à la théorie d’un complot financé depuis les Etats-Unis, qui aurait pour but de déstabiliser le souverain pontife argentin.

Décidément, les voyages pontificaux sont riches en turbulences aériennes. Dernier trou d’air, celui du 4 septembre 2019, lorsque le pape François, en route vers le Mozambique, lance non sans humour : « pour moi, c’est un honneur que les Américains m’attaquent ». 

Une petite phrase immédiatement « déminée » par le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège qui assure qu’il ne fallait voir aucune malice dans les propos tenus : « dans un contexte informel, le pape a voulu dire qu’il considère toujours comme un honneur les critiques, particulièrement quand elles viennent de penseurs qualifiés et, dans ce cas, d’une importante nation », a commenté Matteo Bruni, avec un art consommé de la rhétorique. 

C’est une bombe ! 

L’intervention du Saint-Père s’est déroulée dans un contexte précis : la présentation par le correspondant du journal La Croix au Vatican, Nicolas Senèze, de son dernier opus intitulé Comment l’Amérique veut changer de pape. Ayant appris la sortie prochaine de l’ouvrage, le pape François en a reçu un exemplaire dans l’avion, des mains de l’auteur. « C’est une bombe », a assuré le pape, en confiant le livre qui venait de lui être offert à ses collaborateurs : pouvait-on espérer meilleure promotion publicitaire ? 

L’ouvrage est-il explosif à ce point ? Il soutient une théorie complotiste, qui au travers des attaques médiatisées contre le pape quant à sa gestion des abus, devait déboucher sur une tentative de putsch en obtenant la renonciation du pontife argentin. Cette conspiration aurait ses marionnettistes : les riches milieux de ‘l’ultra droite’ américaine, cherchant à discréditer un pape dont les propos réitérés contre le capitalisme néo-libéral et le « pouvoir de l’argent » dérangent. 

Ayant échoué, ceux-ci auraient pour plan de préparer la prochaine élection en « profilant » tous les membres du Sacré-Collège au moyen d’un programme intitulé Red Hat Report, littéralement le « Rapport chapeau-rouge », que promeut actuellement le site internet Better Church Governance

Un mythe complet 

Si la thèse développée dans le livre offert au pape a de quoi séduire, elle paraît réductrice : n’y a-t-il pas en effet un parti-pris à se borner à une lecture purement politique de l’actuel pontificat ? De l’aveu de Céline Hoyeau dans La Croix du 5 septembre 2019, le livre de Nicolas Senèze « relève plus de l’analyse que de l’enquête de terrain », sans parler du fait que « certains faits semblent un peu surinterprétés ». 

A l’opposé, Edward Pentin, vaticaniste de renom qui collabore au National Catholic Register (NCR), réagit avec bon sens : « l’idée d’une conspiration pour faire tomber le pape » relève du « mythe complet ». Il préfère parler de « personnes sincèrement inquiètes de la direction prise par le pontificat » : comment pourrait-il en être autrement lorsque des problématiques telles que l’homosexualité, la communion des « divorcés-remariés », les prêtres mariés, semblent être devenues des questions ouvertes, au sein de la hiérarchie et des conférences épiscopales ? 

La théorie du complot contre le Saint-Père - que Nicolas Senèze semble vouloir nuancer - recèle enfin un aspect dialectique : comment émettre une critique, même mesurée et constructive sur plusieurs aspects déroutants de l’actuel pontificat, sans être ipso facto taxé de comploter ? Toute discussion dans le sens d’une restauration de la Tradition dans l’Eglise, ou d’une remise en question de certains aspects de Vatican II serait-elle devenue impossible ? 

Le 22 décembre 2014, dans un discours mémorable à la Curie romaine, le pape François avait décrit les « quinze maladies qui affaiblissent notre service du Seigneur ». Parmi elles, « la maladie de diviniser les chefs ». Medice, cura teipsum…