Le pape plaide la cause d’Isabelle la Catholique

07 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

La cause de béatification d’Isabelle la Catholique revient une nouvelle fois sur le devant de l’actualité religieuse, depuis que le souverain pontife a demandé aux évêques espagnols de reprendre le dossier d’une reine dont l’histoire fabriquée ne voudrait retenir que le décret d’expulsion des Juifs d’Espagne, en 1492. 

Le pape François aurait-il une dévotion particulière pour Isabelle la Catholique ? En tout cas, explique le 22 avril 2020 le journal espagnol Religion Digital, le Saint-Père s’implique personnellement dans le processus de béatification de la monarque espagnole, morte il y a plus de cinq siècles. 

Le cardinal Antonio Canizares Llovera, archevêque de Valence le confirme : « Le pape nous a demandé de nous saisir à nouveau de la cause d’Isabelle la Catholique, lors de la dernière assemblée de la Commission pontificale pour l’Amérique latine ». Mgr Canizares continue en précisant que le procès de la reine Isabelle pourrait même s’accélérer, étant donné le contexte de détente avec... le judaïsme : « j’espère que nous pourrons bientôt avancer, les relations avec les Juifs, principalement opposés à la canonisation, sont très bonnes à l’heure actuelle », confie-t-il. C’est l’aveu d’une immixtion scandaleuse dans les affaires de l’Eglise de la part de certaines instances, visiblement capables de bloquer – ou de débloquer – une canonisation. 

Introduite en 1958, la cause d’Isabelle de Castille a été stoppée en 1991, un an avant la commémoration du cinquième centenaire de la découverte du Nouveau monde, en raison du rôle qu’elle joua dans l’expulsion des Juifs d’Espagne. 

Cette décision de la reine d’Espagne, prise le 31 mars 1492, est intervenue dans le contexte politique de l’unité espagnole à construire dans une péninsule enfin libérée de plusieurs siècles d’occupation islamique. Le dernier bastion, Grenade, venait de tomber le 2 janvier 1492, marquant la fin de la Reconquista. Cette reconquête avait reposé sur la vraie foi, et Isabelle voulut logiquement étendre cette dernière afin de parachever l’heure entreprise. Il s’agissait de forger l’unité du royaume. 

Encouragée par son confesseur, le dominicain Torquemada, lui-même d’ascendance juive, elle espérait des conversons massives. Elle obtint plusieurs succès à la suite de campagnes missionnaires et de disputes théologiques qui gagnèrent de nombreux juifs. Le rabbin et conseiller à la cour Abraham Senior, âgé de 81 ans, reçut le baptême à Valladolid le 31 mars 1492 ; Isabelle et son époux, Ferdinand II, furent ses parrains. 

Dans un tel contexte, une évidence s’impose à Isabelle, qu’elle traduit dans un projet politique : c’est dans la foi catholique que l’unité de l’Espagne doit se réaliser. Ainsi, l’expulsion des Juifs en 1492 est à relier à celle des morisques par Philippe II en 1609, ou des musulmans par Charles-Quint, en 1525. 

Loin de constituer des signes d’“antisémitisme” ou de haine des musulmans, ces décrets sont surtout le fruit d’une vision politique dans laquelle la foi divine est considérée comme le seul rempart à un éclatement toujours menaçant. 

Avant de se retrouver sur le bureau du pape, le dossier d’Isabelle la Catholique devra passer une nouvelle fois par les fourches caudines de la Congrégation pour la cause des saints.