Le Vatican vers un déficit accru ?

30 Juillet, 2020
Provenance: fsspx.news
Père Juan Antonio Guerrero Alves.

Le déficit du Saint-Siège, évalué entre 50 et 70 millions d’euros, n’est pas le résultat d’une mauvaise administration, a assuré le père Juan Antonio Guerrero Alves, préfet du Secrétariat pour l’économie du Saint-Siège, le 13 mai 2020 à Vatican News.

Il s’explique par la perte de 45% des recettes annuelles liée au Covid-19. Entre 2016 et 2020, l’écart entre les dépenses et les recettes du Vatican a été constant, a-t-il poursuivi, et l’on compte chaque année 270 millions d’euros de recettes pour environ 320 millions d’euros de dépenses.  

Les recettes du Vatican, précise le P. Guerrero, proviennent des contributions et des donations, des rentes immobilières et, dans une moindre mesure, de la gestion financière et des activités des organismes. Parmi les contributions une importante part est fournie par le Gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican ; et celle-ci dépend principalement des musées. Quant aux dépenses, elles sont d’environ 45% pour le personnel, 45% pour les frais généraux et administratifs et 7,5% en dons.  

Le Denier de Saint-Pierre, don des fidèles, finance la mission du Saint-Siège, qui comprend les œuvres caritatives du pape. La communication du Saint-Siège en 36 langues représente 15% du budget. Les nonciatures en reçoivent 10%, les Eglises orientales 10%, et 8,5% reviennent à la mission de l’Eglise via la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. La Congrégation pour la doctrine de la foi, la Congrégation pour la cause des saints et la préservation de la Bibliothèque vaticane sont également destinataires. Enfin le P. Guerrero précise que les impôts italiens représentent environ 6% du budget, soit 17 millions d’euros par an. 

Politique d’austérité 

Les conséquences du confinement sur les finances vaticanes seraient, selon les plus optimistes, de 25% de recettes en moins, ou autour de 45% selon les plus pessimistes. L’écart s’explique par le montant encore inconnu du Denier de Saint-Pierre, de la contribution des diocèses, et de la diminution des recettes globales. A titre indicatif, la quête annuelle du Denier de Saint-Pierre, prévue le 29 juin et reportée au 4 octobre prochain, représentait un apport de 71 millions d’euros en 2013, dernière année où le montant a été rendu public. 

Mais le préfet du Secrétariat pour l’économie du Saint-Siège se veut rassurant, le Vatican ne risque pas la faillite, comme certains l’ont annoncé. « De nombreux catholiques dans le monde sont prêts à faire des dons pour aider le Saint-Père et le Saint-Siège à accomplir leur mission. C’est à eux que nous devons rendre des comptes. Et c’est à eux que nous pouvons recourir ». Le jésuite espagnol souligne que le Saint-Siège n’a pas de « levier de politique monétaire » et ne peut compter, pour faire face à la crise, que sur la générosité des fidèles, sur un petit patrimoine et sur la capacité à réduire les dépenses. « Nous avons demandé à chaque organisme de faire tout le possible pour réduire les dépenses, tout en préservant l’essentiel de leurs missions respectives », explique-t-il. Le 4 mai, le pape François a présidé une réunion regroupant tous les chefs de dicastères et d’organes dépendants du Saint-Siège et de la Cité du Vatican afin de traiter des problèmes financiers que posent ces pertes au petit Etat et au Siège apostolique, a appris l’agence I.Media d’une source proche du Vatican.  

Dans une circulaire administrative publiée le 17 avril et transmise à tous les services, sont prévus : l’annulation de tous les déplacements professionnels, la suppression de tous les événements organisés en 2020 demandant un voyage, le gel des promotions et embauches, la suspension des contrats à durée déterminée et une coupe drastique dans les dépenses en matière de conseils et consultations. Comme le signalait le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, en charge de l’organisation des JMJ, le Vatican a préconisé d’« attendre un an avant de commencer ces événements internationaux ». Sans perspective claire, « il est irréaliste de penser que les gens pourront voyager dans les deux prochaines années », a-t-il ajouté.  

Le P. Guerrero aimerait que les comptes du Vatican soient publiés dès cette année, « afin de bien expliquer comment nous dépensons l’argent ».