Lecture : "1984" de George Orwell 

04 Juin, 2020
Provenance: fsspx.news

En 1984, le monde est divisé en trois entités : l’Eurasia, l’Estasia et l’Océania. Dans cette dernière, c’est Big Brother qui règne. Il voit et entend tout. Malheur à ceux qui s’écartent du chemin tracé par le Parti. Le Ministère de la Vérité veille et les déviants disparaissent à jamais. Parfois, ils sont jugés publiquement et s’accusent de crimes imaginaires avant d’être exécutés. 

Winston lui, n’aime pas Big Brother. Il sait que tout le système est fondé sur le mensonge et que les esprits sont façonnés jusqu’à se réjouir de vivre dans ce monde absurde et oppressant où même les besoins élémentaires de la vie quotidienne font défaut. 

Le Parti, dans sa grande sagesse, a compris que pour mieux contrôler l’intelligence, il fallait la restreindre. Pour cela il crée un nouveau langage, la novlangue, appelé à se substituer au langage courant. Un spécialiste en explique les principes à Winston : « Nous détruisons chaque jour des mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. Naturellement c’est dans les verbes et les adjectifs qu’il y a le plus de déchet. Savez-vous que la novlangue est la seule langue dont le vocabulaire diminue chaque année ? » 

Winston se sent très seul jusqu’au jour où une jeune femme lui glisse un billet : « Je vous aime ». Voilà une audace incroyable dans ce monde où l’on ne doit aimer personne. Ils s’aiment donc, au péril de leur vie. Et puis un jour, ils croisent O’Brien qui leur propose d’adhérer à un mouvement clandestin de résistance. 

Ce roman d’anticipation se lit très agréablement et plusieurs passages sont d’une intensité rare. Seules une quarantaine de pages fastidieuses situées aux deux tiers du livre et relatives à la lecture du livre de la résistance peuvent être lues en diagonale sans état d’âme. 

1984 est considéré, à juste titre, comme un modèle de description et d’analyse du totalitarisme. On pense en tout premier lieu au communisme : Orwell l’avait expérimenté en Espagne et avait vu comment ses amis anarchistes du POUM avaient été broyés par la machine stalinienne. Mais il ne faudrait pas se contenter de cela. On doit aller plus loin et comprendre que c’est le contrôle des esprits qui est le plus intéressant à observer, plus que la brutalité des méthodes. 

L’appauvrissement de la langue permettant celle de l’intelligence est un exemple saisissant auquel s’ajoute la manipulation de l’information acceptée par tous. Plus aucune pensée originale n’est ainsi possible et l’être humain est mûr pour tout accepter. Certaines réflexions sont en fait très actuelles.