In memoriam : le prêtre qui devint l’Ange des tranchées

19 Avril, 2018
Provenance: fsspx.news

Il y a tout juste un siècle, un aumônier militaire de nationalité américaine recevait à Apremont-la-Forêt le surnom d’« Ange des tranchées », grâce à plusieurs actions héroïques.

João Baptista De Valles est né en 1879 à Saint-Miquel, aux Açores. A l'âge de 2 ans, sa famille s'installe à New Bedford, dans l'Etat du Massachusetts, aux Etats-Unis. Son prénom est changé en John pour mieux s'assimiler à la culture anglo-saxonne. Le jeune homme se révélera rapidement un étudiant brillant, parlant couramment six langues.

Ordonné prêtre en 1906, il débute son apostolat à l'église du Saint-Esprit de Falls River. Il y fonde la première école paroissiale de langue portugaise aux Etats-Unis. Par la suite il est nommé vicaire à Notre-Dame du Mont-Carmel de New Bedford, puis curé de la paroisse Saint Jean-Baptiste, également à New Bedford.

Un aumônier militaire héroïque

Le 6 avril 1917, les Etats-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne et entrent en lice dans le conflit qui fait rage en Europe. L’abbé John De Valles rejoint l'armée comme aumônier. Il sert au sein du 104e régiment, une unité du Massachusetts qui appartenait à la 26e division « Yankee », composée d'unités de la Garde nationale venues de Nouvelle-Angleterre. La division Yankee débarque en France au mois de septembre 1917.

Le 104e fut en première ligne dans toutes les grandes campagnes du corps expéditionnaire américain. Pour s'être particulièrement distingué en avril 1918 au Bois Brûlé, dans le secteur d'Apremont, devant Saint-Mihiel, le gouvernement français décerne au régiment une Croix de guerre collective, honneur sans précédent pour une unité militaire américaine.

L’abbé De Valles était connu pour être l’un des soldats les plus courageux du 104e. Aussi, pour s'être illustré par son héroïsme dans le sauvetage de nombreux blessés, il recevra la Croix du service distingué – distinguished Service Cross. Il s'agit de la deuxième plus haute décoration militaire de l'armée américaine. Créée le 2 janvier 1918, elle récompense « des actes d'héroïsme remarquables ayant été faits malgré un péril de mort si extraordinaire qu'il distingue une personne de ses camarades ».

Voici le texte de la citation le concernant :

« La Croix du service distingué est remise à John B. De Valles, aumônier de l'armée américaine, pour son héroïsme hors norme.

« Apremont, secteur de Toul, France, du 10 au 13 avril 1918. L'aumônier De Valles s'expose à plusieurs reprises à l'artillerie lourde et au tir de mitrailleuses, afin d'aider à éloigner les blessés des secteurs exposés en avant des lignes.

« Il a travaillé à de nombreuses reprises avec les brancardiers pour ramener des blessés en lieu sûr.

« L'aumônier De Valles s’est également distingué auparavant par une autre action héroïque dans le secteur du Chemin des Dames, le 11 mars 1918, en restant avec un groupe de blessés lors d'un bombardement de l’ennemi ».

L'Ange des tranchées

L'une des nombreuses horreurs de la guerre des tranchées de la Première Guerre mondiale a été la détresse des soldats blessés, piégés dans ce qu’on appelait le « No man's land ». Nuit après nuit, l’abbé De Valles partait secourir indifféremment les blessés alliés ou allemands au péril de sa propre vie. Au terme de l’une de ses missions de bon Samaritain, il est retrouvé blessé et inanimé, gisant à côté d'un soldat mort qu'il avait en vain essayé de secourir. Rapidement, la presse parlera de lui comme de « l'Ange des tranchées ».

Le gouvernement français salua son héroïsme en lui remettant la Croix de guerre et la Légion d’honneur.

 

Proche des soldats

Son courage et sa bonne humeur ont contribué à le rendre populaire auprès de ses frères d’armes. Il n'hésitait pas à aider financièrement ses camarades dans le besoin, tout en veillant à ce que l'argent ne serve pas à des fins immorales. L’abbé De Valles enregistrait méticuleusement les sommes prêtées, mais quand le jour de la solde arrivait, il invitait invariablement son ordonnance à déchirer la page de son journal contenant la liste des prêts accordés…

Mais l’Ange des tranchées devait bientôt s’envoler vers son Créateur. Sa santé avait été fortement altérée par plusieurs blessures, surtout par le gaz moutarde, la funeste ypérite qu'il avait inhalée à plusieurs reprises. Il mourut le 12 mai 1920 à l'âge de 41 ans, quelques heures seulement avant que ne lui parvienne la distinction militaire du « Service Cross ». Mais les décorations de la terre n'ont guère de valeur à côté de la récompense du Ciel. Toute la ville de New Bedford pleura sa mort.