Allemagne : la jeunesse catholique en perte de repères

19 Avril, 2022
Provenance: fsspx.news
« Avortement - rapide et sans complication - vers la clinique ». Une affiche contre l’avortement

Outre-Rhin, les jeunes catholiques allemands doublent sur leur gauche l’épiscopat, en appelant à abroger une loi criminalisant certaines formes de promotion de l’avortement dans les médias. Signe d’une jeunesse en phase finale de sécularisation, et qui augure mal de l’avenir proche de l’Eglise dans le pays.

En Allemagne, l’avortement est illégal mais est dépénalisé au cours des douze premières semaines de grossesse si la femme enceinte s’est préalablement rendue à une consultation médicale. Une délai qui est supprimé en cas de danger de mort ou de « dommage psychique ».

Dans ce cadre assez souple et aux critères de décisions subjectifs, le code pénal interdit jusqu’ici toute publicité concernant l’avortement, dans le cas où celle-ci serait réalisée à des fins lucratives, ou de façon « gravement offensante ».

C’est justement cette prohibition publicitaire que la coalition au pouvoir cherche à faire évoluer, sans toutefois l’abroger : en mars 2022, le principe d’une modification de la loi a été adopté par la gauche, les écologistes et les libéraux.

Le plus étonnant, c’est que les forces progressistes ont été dépassées sur leur gauche par un acteur inattendu : la Fédération des jeunes catholiques allemands (BDKJ) qui milite contre toute prohibition publicitaire de l’IVG, au nom d’une « image de la femme que nous rejetons fermement » et au prétexte que la « manipulation prospère là où l’information fait défaut, et non l’inverse », s’offusque Daniela Hottenbacher, présidente de la BDKJ.

Une position rejetée le 6 avril dernier par l’épiscopat allemand qui n’a pas – encore – fait sauter tous les garde-fous en matière d’éthique : « la protection de la vie avant la naissance est pour moi une priorité absolue », a ainsi rappelé Mgr Johannes Wübbe, évêque auxiliaire d’Osnabrück et président de la commission jeunesse de la Conférence des évêques allemands (DBK).

De son côté, le président de la DBK, Mgr Georg Bätzing, pour qui l’art du compromis est une seconde nature, tente de modérer les ardeurs de la jeunesse, et se réjouit de la proposition portée par la gauche au pouvoir.

Pour le prélat, l’avortement ne saurait apparaître comme « un geste normal faisant partie de notre quotidien » ; la femme enceinte a besoin d’« informations sérieuses, fiables et neutres » sur l’IVG ; et il faudrait « renforcer les services de conseil et d’accompagnement des femmes en détresse afin de percevoir leurs besoins et de leur montrer des perspectives de vie avec l’enfant ».

Des propos lénifiants, qui s’inscrivent parfaitement dans la logorrhée synodale, et qui feraient presque oublier que l’avortement bafoue dans tous les cas la loi naturelle et la loi éternelle.

Selon l’Office fédéral des statistiques, outre-Rhin, 100 000 interruptions volontaires de grossesse ont été pratiquées en Allemagne durant l’année 2020 : leur nombre était de 220 000 en France sur la même période.