Ambiance surréaliste au procès du cardinal Becciu

09 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Le président Giuseppe Pignatone

Au cœur d’un été chargé d’actualités, la première audience du procès impliquant le cardinal Angelo Maria Becciu est passée presqu’inaperçue. Outre l’ancien substitut de la secrétairerie d’Etat, neuf personnes se sont fait représenter le 27 juillet 2021 – à défaut d’être présentes dans le box des accusés – pour une affaire de fraude financière présumée.

Le Saint-Siège voulait faire de ce procès un exemple de sa nouvelle politique de transparence financière, mais, comme le souligne le vaticaniste John Allen dans Crux, le 29 août dernier, la première audience s’est déroulée dans une atmosphère « surréaliste », sur fond de « rivalité » entre deux magistrats présents.

D’un côté, Giuseppe Pignatone, président du tribunal, et donc du collège des trois juges saisis de l’affaire.

Nommé à ce poste par le pape François en personne, en 2019, le magistrat s’est illustré plusieurs années durant par sa lutte contre la mafia romaine : en cinq années d’activité, une quarantaine de fonctionnaires ont été mis sous les verrous, par ses soins.

En face du président du tribunal du Vatican se dresse une autre grande figure du droit italien : Alessandro Diddi, l’un des trois promoteurs de justice, un avocat connu pour avoir défendu l’un des principaux mafieux poursuivis par Giuseppe Pignatone, Salvatore Buzzi.

Ce dernier personnage, fort peu recommandable, s’était targué de gagner davantage d’argent avec l’exploitation des migrants, qu’avec le trafic de drogue…

Un nouvel acte du duel entre deux stars du barreau italien a peut-être eu lieu le 27 juillet dernier : les avocats du cardinal Becciu ont reproché au promoteur de justice – l’équivalent du procureur général – de ne pas avoir remis à la cour toutes les pièces à conviction, notamment un certain enregistrement vidéo du témoignage offert par Mgr Alberto Perlasca.

Ancien cadre de la secrétairerie d’Etat – il a exercé la fonction de responsable du bureau administratif de la première section entre 2009 et 2019, donc au moment des faits reprochés – le prélat est un des personnages clé de l’affaire.

A la fin de l’audience du 27 juillet, Giuseppe Pignatone a donc ordonné à Alessandro Diddi de remettre l’enregistrement vidéo, au plus tard le 10 août suivant.

Las ! La veille de la date butoir, le promoteur de justice a déclaré que l’ordonnance du tribunal était « irrecevable », au prétexte qu’elle « compromettrait de façon irrémédiable le droit à la vie privée » des personnes concernées.

On s’interroge sur ce refus, et plus d’un observateur se demande si, au-delà de l’affrontement entre le président du tribunal et le promoteur de justice, d’autres personnes impliquées par l’enregistrement auraient intérêt à être protégées.

« Je souhaite de tout cœur que le cardinal Becciu soit innocent. C’est une présomption affective d’innocence », mais « je n’ai peur ni de la transparence, ni de la vérité », a déclaré le pape François dans un entretien exclusif diffusé par la radio COPE, le 1er septembre dernier.

Le tout est de savoir si transparence et vérité seront bien au rendez-vous d’un procès qui fait décidément tourner les têtes, oltretevere.