Après François, un François II ? (2)

25 Mai, 2022
Provenance: fsspx.news
Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant'Egidio

Le pape François manifeste depuis plusieurs mois de sérieuses difficultés à se déplacer. Ce 30 avril 2022, en recevant des pèlerins de Slovaquie, il a déclaré que sa jambe n’était « pas bonne », ajoutant même : « elle ne fonctionne pas ». Il a confié que son médecin lui avait demandé de ne pas marcher.

Cet état de santé préoccupant fait que les observateurs romains s’interrogent de plus en plus sur le futur pape. La première partie a rapporté les propos d’un prélat bien informé, Mgr Nicola Bux. Cette deuxième partie décrit l’attitude du pape François pour anticiper son successeur.

Le pape travaille à sa succession

Les priorités du prochain pontificat idéalement décrites par Mgr Bux seront-elles celles du futur pape ? Plusieurs vaticanistes en doutent, car François travaille à sa succession, et cherche à favoriser l’élection d’un pape à son image et à sa ressemblance.

Sur le site Monday Vatican du 7 février, Andrea Gagliarducci affirmait sans ambages ce que tout le monde dit à voix basse : « Que l’on pense à la succession d’un pape lorsque celui-ci est encore en fonction, ce n’est pas un mystère. Et ce n’est pas non plus un mystère qu’après l’opération du 4 juillet 2021 [ablation d’une partie du côlon. NDLR], les conversations sur une éventuelle succession du pape François se sont multipliées.

« Le pape François n’a pas apprécié. De retour de Slovaquie, il a fait savoir que certains le considéraient comme déjà mort. Depuis lors, le pape est devenu encore plus imprévisible. Et cela n’a fait que multiplier les entretiens, les rencontres, les propos sur une éventuelle succession. »

Puis le journaliste dépeignait l’atmosphère qui règne actuellement au Vatican du fait que « le pape François veut tout gérer personnellement » : « sa stratégie consiste à enlever le pouvoir aux autres. Ainsi, personne n’a le contrôle.

Les secrétaires particuliers ne l’ont pas, destinés à être remplacés et, de toute façon, ignorants des nombreuses nominations du pape. Les chefs de dicastère ne l’ont pas, incertains des décisions du pape, et destinés à ne pas rester plus de deux mandats de cinq ans. Même les évêques locaux ne l’ont pas, obligés de naviguer de façon précaire, en espérant ne pas commettre de graves erreurs. […]

Dans la pratique, chacun cherche son espace, conscient qu’une erreur pourrait entraîner une réprimande du pape, qui n’a jamais eu peur de lâcher ceux qu’il considère comme des inférieurs. »

C’est dans ce contexte de crainte générale, selon Andrea Gagliarducci, qu’il faut envisager la succession à venir : « Le pape tente d’assurer sa succession par une série de nominations ciblées. C’est probablement de cette manière qu’il dessinera le collège des cardinaux lors du prochain consistoire, qui ne devrait pas avoir lieu avant octobre, sauf surprise.

« Il est question de créer au moins quinze cardinaux, dont au moins dix électeurs, lors de ce qui sera le premier consistoire après l’opération du pape François. Avec une écrasante majorité de cardinaux à son image et à sa ressemblance, le pape espère qu’ils choisiront quelqu’un qui suivra la ligne de son pontificat. »

Mais le journaliste prévenait : « Il n’est toutefois pas acquis qu’il s’agira d’un François II. Il pourrait aussi s’agir d’un Paul VII, un pape d’Europe centrale doté d’une compétence exceptionnelle en droit canonique, qui pourrait ainsi réparer certaines lacunes juridiques de ce pontificat.

« Tout est incertain. Ce qui vient à l’esprit, c’est que cette incertitude est intentionnelle afin que personne ne puisse s’organiser en vue d’un conclave. Tout doit être incertain, car il doit être clair que le pape François est le seul à gérer le pouvoir. »

A la fin, le vaticaniste s’interroge : « Mais quelle Eglise le pape François va-t-il quitter ? En regardant de près, il laissera une Eglise à reconstruire, effrayée de prendre des initiatives, freinant les hommes et l’évangélisation. Le résultat sera une Eglise peut-être trop gentille et peu empathique. Une Eglise qui a besoin de se faire de la publicité au lieu d’évangéliser. »

Et de conclure : « Ces affirmations peuvent paraître fortes. Cependant, je pense que c’est une éventualité à ne pas sous-estimer. Est-ce là ce que veut le pape François ? C’est ce que nous verrons. »

D’autres vaticanistes se risquent à citer des noms. Ainsi Sandro Magister, sur son blogue Settimo Cielo du 3 février, indiquait quel est le candidat de la Communauté Sant’Egidio, ou plutôt les deux candidats, l’officiel (ecclésiastique) et l’officieux (laïc) :

« Ce n’est un mystère pour personne que la Communauté milite pour faire élire pape, lors du futur conclave, le cardinal Matteo Zuppi, actuel archevêque de Bologne et figure de proue du mouvement depuis ses origines. Tout comme il n’échappera à personne que si Zuppi était élu pape, ce serait avant tout Andrea Riccardi, le tout puissant fondateur et chef de la Communauté, qui serait aux manettes. »

Et le vaticaniste romain d’observer : « Zuppi et Riccardi ont la réputation de vouloir poursuivre le chemin entamé par François de manière plus ordonnée et sans les déséquilibres caractériels qui ont nui au pontificat actuel. Mais c’est peut-être justement à cause de cette continuité entre eux et le pape Bergoglio, vu le mécontentement croissant et de plus en plus large concernant la manière dont l’Eglise est aujourd’hui gouvernée, que le conclave pourrait bien prendre une tournure inverse. »

 

A suivre.