Au cœur de l’Eglise et du combat de la Fraternité : la Royauté de Jésus-Christ

20 Novembre, 2018
Provenance: fsspx.news

Sermon de l’abbé Pagliarani le dimanche du Christ-Roi, 28 octobre 2018, à Lourdes 

C’est une immense joie de pouvoir célébrer la fête du Christ-Roi dans ce lieu béni où la terre et le Ciel se sont rencontrés et pour ainsi dire touchés, il y a 160 ans – et où ils continuent de se toucher. Les deux vérités, les deux mystères, les deux dogmes de notre foi que nous fêtons aujourd’hui – le Christ-Roi et l’Immaculée Conception –, entretiennent un lien très étroit. 

La Sainte Ecriture parle très souvent de la royauté de Notre-Seigneur, saint Paul en particulier en parle plusieurs fois. Je voudrais méditer avec vous quelques instants sur un passage en particulier, où saint Paul nous décrit en détail quelle doit être et quelle est la mission de Notre-Seigneur aujourd’hui, comment Notre-Seigneur veut exercer sa royauté qui est éternelle, maintenant, avant la fin des temps, déjà dans le temps, dans l’histoire. 

La royauté du Christ est une conquête sur ses ennemis en vue du Paradis 

Saint Paul nous dit que, au jour de la Résurrection, à la fin des temps, Notre-Seigneur remettra le royaume à son Père, après avoir anéanti toutes principautés, toutes dominations, et toutes puissances de ce monde. Et saint Paul ajoute : « Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous les ennemis sous ses pieds… » (1 Co. 15, 25). Voilà donc l’objectif de cette royauté qui est éternelle, mais qui s’exerce maintenant dans le temps, dans un sens très spécifique, très particulier. C’est une royauté de conquête, c’est une royauté militante, guerrière, celle de Notre-Seigneur, qui a pour objectif de détruire tout ce qui s’oppose au royaume de Dieu. Et « le dernier ennemi qui sera détruit sera la mort » (ibid., v. 26), la mort qui est la conséquence directe du péché. Dans ce sens-là, c’est le premier ennemi de Notre-Seigneur, celui qu’il détruira pour toujours, le jour de la Résurrection des morts.  

Mais saint Paul va plus loin. Pourquoi faut-il détruire tous ces ennemis ? Pourquoi ne peut-on pas vivre ensemble ? Pourquoi ne pas exercer cette royauté – qui est en elle-même une royauté de paix – pourquoi ne pas l’exercer dans la paix, dans l’harmonie avec tout le monde ? Pourquoi ne pas l’exercer dans l’harmonie avec le monde ? Pourquoi n’est-ce pas possible ? Saint Paul répond qu’il faut détruire tous ces obstacles « afin que Dieu soit tout en tous » (ibid., v. 28). 

Voilà résumé de façon très simple et très radicale – comme tout ce qui est vivant, simple et radical à la fois – le programme, le but de l’exercice de cette royauté de Notre-Seigneur, ici sur terre. Et le fait que Dieu soit tout en tous, peu à peu, dans une conquête progressive, incessante, c’est la préparation du Paradis. La vie éternelle n’est rien d’autre que Dieu diffusé en tous. Et Dieu, c’est évident, Dieu, par nature, remplit tout. Un Dieu qui ne voudrait pas remplir tout, un Dieu qui ne voudrait pas dominer en toute âme, en tout peuple, et dans chaque partie de l’âme et de la personne, un Dieu qui ne voudrait pas remplir tout et tout le monde, ne serait pas Dieu. Par nature, Dieu est le Seigneur de tout, Il veut régner sur tout et sur tous.  

La royauté du Christ est le programme de l’Eglise auquel nul ne peut se dérober 

Alors, mes bien chers frères, on le voit bien, ce programme très simple et très radical, qui est le programme de Notre-Seigneur, ce mandat de Notre-Seigneur qui terminera sans que sa royauté cesse, ce mandat qui terminera à la fin des temps, quand, nous dit saint Paul, Notre-Seigneur Lui-même se soumettra au Père, en Lui offrant ce royaume conquis au long de l’histoire ; ce programme de Notre-Seigneur, c’est le programme de l’Eglise. Notre-Seigneur ne peut pas aller dans un sens et son Epouse dans un autre. Ce programme qui résume toute la mission de Notre-Seigneur, résume aussi toute la mission de l’Eglise. 

Il faut bien le reconnaître, avec tristesse, c’est à ce programme magnifique que les hommes d’Eglise se dérobent. Pourquoi se dérobent-ils ? Parce que ce programme de conquête est un anéantissement de tout ce qui s’oppose au royaume de Notre-Seigneur. Ce programme ne peut pas plaire au monde, c’est impossible. Et donc c’est l’esprit du monde qui pénètre dans l’Eglise. 

Le modernisme n’est pas autre chose. La racine de la crise actuelle, elle est là. Et on peut dire, elle est seulement là, uniquement là. De même que Notre-Seigneur, Roi, a une seule mission, de même l’Eglise a une seule mission, qui est la même : tout Lui conquérir, pour Lui. De même, tous les maux dont souffre l’Eglise aujourd’hui ont là leur racine. Et donc, ce qu’il fallait détruire, essayer de détruire, d’anéantir, cette puissance du monde, cet esprit du monde dont parle saint Paul, ne sont plus des ennemis, mais des amis ; d’où la naissance de ce christianisme moderne, la génération de cette nouvelle conception de l’Eglise, de sa mission : un christianisme sans croix, sans sacrifice, sans combat, sans désir de convertir les âmes, de les conquérir à Notre-Seigneur ; en un mot, un christianisme sans le Christ-Roi. Alors pour bien le connaître, je dirais qu’on comprend bien pourquoi ce dogme de notre foi, cette vérité de la royauté de Notre-Seigneur qui est si profonde, était si chère à Mgr Lefebvre. Il avait bien compris que dans cette notion, tout notre combat est résumé, tout notre combat est rappelé, et tous nos ennemis sont visés.  

La royauté du Christ commence par nous-mêmes 

Mais alors, comment vivre dans toute son intégralité, sa beauté, cette vérité au quotidien ? Il faut que Notre-Seigneur soit d’abord tout en nous-mêmes, en chacun d’entre nous. Si nous voulons reconquérir l’Eglise par cette vérité, et le monde, il faut que Notre-Seigneur soit tout en nous-mêmes. Et il faut être réaliste : le démon nous connaît chacun, par nos nom et prénom, il connaît notre personnalité ; il nous étudie, il connaît nos brèches. Il sait très bien que le même esprit du monde peut pénétrer, même chez nous, même dans nos familles ; en chacun d’entre nous – il le sait très bien. Sans renoncer bien sûr aux principes de la royauté de Notre-Seigneur, mais au quotidien, avec le temps, avec la fatigue, avec les déceptions, notre âme, notre volonté peut s’affaiblir, et cette fête est là pour nous rappeler que ce combat, c’est le combat pour le Paradis. 

La royauté de Notre-Seigneur est faite pour préparer dans cette vallée de larmes le Paradis où, pour toujours, Notre-Seigneur sera tout en tous. Tous les ennemis seront écrasés pour toujours. Voilà pourquoi il faut qu’Il occupe tout en nos personnes : la volonté, nos projets, le cœur. « Là où sera ton trésor, là sera ton cœur » (Mt 6, 21). Et ce trésor ne peut être qu’un, ne peut être que Notre-Seigneur. C’est bien cela la grâce qu’il faut demander aujourd’hui à Notre-Dame, à l’Immaculée : que Notre-Seigneur soit tout et qu’Il soit le seul amour, le seul objet de notre cœur, de notre volonté, et que tout le reste s’organise, s’oriente en fonction de cet amour, qui occupe tout l’espace. Revendiquons donc, revendiquons ces droits de Notre-Seigneur d’abord en nous-mêmes.  

N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de cette guerre dont parle saint Paul : cette bataille de Notre-Seigneur, de Notre-Seigneur Roi, est aussi la nôtre, parce que c’est la bataille de l’Eglise. Et ce d’autant plus que l’Eglise d’aujourd’hui, les hommes d’Eglise d’aujourd’hui, ont abandonné cette bataille, d’autant plus nous devons revendiquer ces droits absolus de Notre-Seigneur sur nous-mêmes, sans avoir peur de vivre dans cet état de guerre. 

Prendre la Croix et ne pas avoir peur 

Et quel est le moyen pour vaincre ? Quel est le moyen pour ne pas se décourager, pour ne pas se tromper ? Quel est le moyen pour arriver jusqu’au but ? Il n’y en a qu’un. C’est exactement le même moyen par lequel Notre-Seigneur a commencé sa bataille et Il la continue jusqu’à la fin des temps. Ce moyen est la Croix. Cette croix, ces sacrifices, cet esprit de sacrifice qui est profondément catholique, profondément chrétien, et qui n’existe plus aujourd’hui. Dans cette illusion s’est construit, comme on a dit, un nouveau christianisme sans la croix et sans le sacrifice. 

Et nous vivons aujourd’hui, en particulier ces dernières années, ces derniers mois, nous voyons dans le monde entier, dans ce monde apostat, nous voyons parfaitement où mène le fait d’avoir abandonné cette doctrine du Christ-Roi et de la Croix : à des lois et à des propos inimaginables, abominables, à des idées que normalement un chrétien un chrétien ne devrait même pas savoir qu’elles existent, qu’elles puissent seulement être conçues : ces lois abominables par lesquelles l’homme apostat, l’homme moderne apostat, prétend décider ce que seulement Dieu peut décider.  

Alors il ne faut pas avoir peur, mais avoir les yeux ouverts. Si nous sommes fidèles à notre foi, si nous sommes fidèles au Christ-Roi, tôt ou tard, une persécution pourrait commencer contre nous, avec des moyens très raffinés, sans que ce soit forcément une persécution sanglante. Le monde d’aujourd’hui a mille moyens à sa disposition, pour nous attaquer, pour nous décourager. Il faut bien comprendre que Satan sait très bien ce qu’est la royauté du Christ. Il connaît saint Paul beaucoup mieux que nous. Il sait très bien que la mission de Notre-Seigneur, que la mission de l’Eglise, est de tout soumettre à cette royauté, tout sans distinction ; et donc il ne peut pas tolérer, il ne peut pas supporter cette idée, cette détermination, cette volonté de tout consacrer à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne peut pas la supporter.  

Se réfugier dans le Cœur de l’Immaculée 

Alors, comment ne pas se décourager, si cela est vrai ? La Providence veut que nous célébrions cette fête ici, sous le patronage de la très sainte Vierge. C’est particulièrement significatif, parce que la très sainte Vierge, l’Immaculée Conception, est bien cette portion du royaume de Notre-Seigneur où le démon n’est jamais arrivé à mettre un doigt. C’est cette portion choisie du royaume de Notre-Seigneur où le démon n’a jamais eu aucun pouvoir, et jamais il ne l’aura. C’est le modèle parfait de l’âme toute consacrée à Notre-Seigneur, qui vit uniquement pour Notre-Seigneur, qui est remplie uniquement de Lui, de son amour ; en tout, Elle partage sa volonté de la manière la plus parfaite ; d’où tous ses titres, et surtout sa mission dans l’Eglise, sa mission de Mère et Reine.  

Des fidèles demandaient un jour au Padre Pio pourquoi il insistait tellement sur la consécration à la très sainte Vierge, pourquoi il ne parlait plus que de ça. Ils ont demandé des explications au Père, et le Père a eu cette réponse très belle et surtout très actuelle, il leur a dit : « Viendront des temps abominables, avec des lois abominables, pires que le temps décrit dans l’Apocalypse ». Nous y sommes ! Peut-être que nous ne nous en rendons pas suffisamment compte, mais dans ces mouvements de ces dernières années, il y a bel et bien quelque chose de diabolique – et d’universel, ce qui est un signe que le démon est derrière. Eh bien ! le Père avait dit à ces fidèles : « Seuls ceux qui se réfugieront dans le Cœur de la très sainte Vierge seront capables de survivre, parce que dans ce Cœur, le démon n’a aucun pouvoir et n’a jamais eu aucun pouvoir ». C’est magnifique ; c’est terrible et magnifique à la fois. 

Cela nous montre que, en particulier par la très sainte Vierge, jamais nous ne manquerons des moyens nécessaires pour ce combat, ce combat qui se livre au quotidien en nous-mêmes, ce combat qui n’est rien d’autre que le combat de l’Eglise, le combat de Notre Seigneur Jésus-Christ. Jamais nous ne manquerons des moyens nécessaires pour lutter comme il faut, et surtout pour vaincre et pour triompher avec Elle et avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.  

Ainsi soit-il. 

 

Pour conserver à ce sermon son caractère propre, le style oral a été maintenu. 

 

Sermon de l'abbé Pagliarani à Lourdes (2018)