Au Liban, l’hémorragie chrétienne ne tarit pas

20 Janvier, 2021
Provenance: fsspx.news
Cathédrale maronite Saint-Georges de Beyrouth

Menaces islamistes, violences persistantes, banqueroute financière : les chrétiens du Liban sont de moins en moins enclins à demeurer sur leur terre levantine, préférant l’exil à la crainte d’un avenir toujours plus sombre et incertain sur place.

« Le nombre de chrétiens dans le pays diminue de jour en jour, ce qui affecte gravement la situation, et provoque encore plus de pression pour ceux qui restent, dans une situation où ils pourraient bientôt souffrir de persécution. » Le constat dressé par le père Jad Chlouk, curé de la cathédrale maronite Saint-Georges de Beyrouth, est aussi lucide que sévère.

Dans un entretien accordé le 8 janvier 2021 à l’organisation Aide à l’Eglise en détresse (AED) le prêtre décrit les chrétiens libanais soumis à la tentation de l’exil : « les statistiques montrent que plus de 380 000 demandes d’immigration ont été présentées aux ambassades de l’Union européenne (UE) et des pays d’Amérique du Nord, et que la plupart d’entre elles provenaient de chrétiens, qui se sentent désormais comme des étrangers dans leur propre pays d’origine », explique-t-il.

L’explosion qui a dévasté une partie du Beyrouth, le 4 août 2020, a joué le rôle de catalyseur : les chrétiens ont été les plus touchés dans leur quartiers chrétiens de Gemyazeh, Mar Mickaël et Acharfieh, situés près du port.

Une centaine d’écoles ont également été endommagées, dix hôpitaux entièrement ou partiellement, 3000 sociétés gérées par des chrétiens ont dû déposer le bilan, et 300 000 chrétiens ont perdu leurs maisons. Enfin, au moins une centaine d’églises ont subi des dégâts souvent très graves.

Sans parler d’un contexte politique tendu : les violences entre Libanais et réfugiés syriens ayant quitté leur pays en raison de la guerre civile, ne cessent de se multiplier depuis plusieurs mois. De plus, le Hezbollah, milice pro-iranienne, contrôle la quasi-totalité des ressources et en use à son gré, aux dépens des chrétiens.

Pour couronner le tout, l’épidémie de Covid-19 a mis à jour les failles du système de santé libanais qui se trouve au début de l’année 2021, au bord de l’effondrement, alors qu’un quatrième confinement général en dix mois, vient de débuter.

A l’école catholique des Saint-Cœurs de Beyrouth, le moral est en berne. Durant ses cours de philosophie, Louise Mahla constate la crainte de l’avenir partagée par les lycéens. « Il y aurait un grand décalage à leur dire que tout va bien et qu’il faut rester à tout prix, plaide l’enseignante. La situation est telle que je les encourage plutôt à partir, s’ils en ont les moyens et les capacités scolaires, quitte à revenir si les choses changent », explique-t-elle.

Le père Chlouk, lui, veut rester résolument optimiste : « l’espoir est toujours notre pain quotidien, en particulier en ces temps sombres. Malgré tout, nous regardons vers l’avenir avec espérance, parce que nous savons que notre Seigneur Jésus-Christ est le maître de l’Histoire, et que dans ses mains reposent toute notre histoire et notre vie. »