Au Manipur (Inde), le repos dominical est plus sacré que les vaches

21 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news

Dans l’Etat de Manipur, situé au nord-est de l’Inde, on ne badine pas avec le repos dominical, et les élections ne font pas exception à la règle : c’est ce que viennent d’apprendre les membres de la Commission électorale de la Fédération indienne.

La Commission électorale indienne (ECI) est l’organe politique qui a pour mission de fixer les dates et le contrôle des différents scrutins électoraux, aux niveaux fédéral et régional.

Le 8 janvier 2022, l’ECI a publié les jours durant lesquels devaient se dérouler les deux tours des élections provinciales : les 27 février et 3 mars prochains.

Or, il se trouve que le 27 février tombe cette année le dimanche de la Quinquagésime : il n’en fallait pas moins pour entrainer une levée de boucliers de la part du principal syndicat étudiant – All Tribal Students’ Union Manipur (ATSUM) – et du Kuki Inpi Manipur (KIM) parti qui rassemble les chrétiens de l’ethnie kuki, très représentée dans cette partie de l’Inde.

« Le Manipur est composé à 43% de chrétiens tribaux : or, le dimanche est un jour saint et sacré pour eux, et aussi un jour de repos et d’adoration », a déclaré dans un communiqué Khaiminlen Doungel, secrétaire d’ATSUM.

Selon lui, la commission électorale indienne « est incapable de prendre en compte les valeurs spirituelles, les croyances et les pratiques de la communauté chrétienne, et pire, son attitude révèle en fait une réelle animosité ».

Le père Felix Anthony, porte-parole de la Conférence des évêques du nord-est de l’Inde, regrette quant à lui que la commission électorale « n’ait pas été plus attentive lors de la planification de la date du scrutin ».

A l’heure actuelle, le pouvoir au Manipur est exercé par N. Biren Sing. Cet homme, issu d’une coalition rassemblant le Bharatiya Janata Party (BJP) – parti nationaliste hindou antichrétien dont fait partie le premier ministre indien Narendra Modi – et le National People’s Party (NPP), exerce la fonction de ministre en chef de l’Etat.

La religion chrétienne – qui fait ici, en proportion, jeu égal avec l’hindouisme, ce qui est rare au pays des maharajas – se répartit dans différentes ethnies qui se signalent par une observance stricte du repos dominical : chose qu’on ne connaît plus vraiment en Occident. Aussi, organiser un scrutin le jour du Seigneur aura nécessairement un impact sur l’issue du vote.

De là à entrevoir une manœuvre politicienne de la majorité au pouvoir, il y a un pas que beaucoup, au Manipur, n’hésitent plus à franchir. Le porte-parole de l’Eglise catholique locale reconnait d’ailleurs : « fixer la date des élections un dimanche affectera nécessairement le scrutin ».

Le père Anthony clame haut et fort à qui veut l’entendre : « professer et pratiquer notre foi est un droit constitutionnel : nous avons donc le droit d’exhorter la commission électorale à trouver une date appropriée pour ce scrutin ».

Jusqu’ici, la coalition au pouvoir n’a pas donné suite aux demandes des chrétiens, mais l’avenir s’écrit en pointillé, car la situation demeure explosive au Manipur : depuis deux mois, attentats et règlements de compte ethniques ont fait une dizaine de morts dans cette région de l’Inde où le séparatisme gronde de plus en plus fort.