Au Nigéria, pas de trêve des confiseurs pour les chrétiens

06 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news

La pilule est amère pour l’évêque de Yola, diocèse de la région d’Adamawa (est du Nigéria) depuis que le département d’Etat américain a décidé de retirer son pays de la liste des Etats « particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse. Alors que le prélat est le témoin des persécutions contre les chrétiens dans l’Etat le plus peuplé d’Afrique.

Affirmer que la persécution religieuse n’est plus préoccupante au Nigéria ? Un déni qui frise l’indécence pour Mgr Stephen Dami Mamza qui accueille depuis plusieurs mois, par centaines, les familles de réfugiés fuyant les exactions de l’organisation islamiste Boko Haram.

Le diocèse de Yola est situé près de la frontière avec le Cameroun. Mgr Mamza en a pris la tête en 2011, lorsque les terroristes ont commencé de lancer leurs attaques dans la région.

« En ce qui nous concerne, ici au Nigeria, la persécution est plus intense que jamais », assure d’ailleurs le prélat, lors d’un entretien accordé fin novembre 2021 à l’Institut de la liberté religieuse.

Et l’Ordinaire de Yola de mettre au défi Anthony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, de produire les preuves d’une amélioration de la situation concernant la liberté religieuse dans le pays : « je me demande en quoi le Nigéria serait aujourd’hui si différent de ce qu’il était il y deux ans seulement », s’interroge-t-il.

Une question restée sans réponse, pas même lors de la venue au Nigéria d’Anthony Blinken, les 18 et 19 novembre dernier : « le secrétaire d’Etat n’a pas cherché à avoir de contact avec nous, il ne nous a pas non plus rencontrés et ne nous a posé aucune question », regrette Mgr Mamza.

L’économie a plus de poids que la réalité des faits

Il faut dire que le haut responsable américain n’était pas venu dans le pays de l’évêque de Yola pour faire acte de philanthropie : comme l’analyse Le Monde, dans son édition du 20 novembre dernier, « le Nigéria, s’il a perdu de son intérêt stratégique pour les Etats-Unis depuis que ceux-ci ne dépendent plus énergétiquement du brut tiré du Delta du Niger, demeure le principal pivot économique du continent ».

Dans un contexte de rivalité stratégique avec la Chine, les Etats-Unis ont donc moins besoin d’investir dans des programmes traditionnels de contre-terrorisme, que dans un partenariat économique dans cette région du Sahel. D’où, probablement, la décision de retirer le Nigéria des pays où la liberté de religion serait menacée.

Une realpolitique qui ne parvient pas à convaincre Mgr Mamza : « la persécution se poursuit ici, et ceux qui vivent au Nigéria le ressentent toujours, nous en faisons chaque jour l’expérience », conclut le prélat dans un haussement d’épaules.

Le 23 décembre dernier, deux jours avant Noël, des tirs de mortier ont touché la périphérie de Maiduguri, la capitale régionale de l’Etat de Borno, dans le nord-est du pays, peu avant l’arrivée du président Muhammadu Buhari, qui effectuait une visite officielle sur place ce jour-là.

L’attaque, qui a fait au moins quatre morts, a été attribuée à l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), qui rivalise d’horreur avec Boko Haram.