Au procès Becciu, l’atmosphère s’alourdit

03 Mai, 2022
Provenance: fsspx.news
Tommaso Di Ruzza, ancien directeur de l’AIF

Convoqué à la barre, l’ancien directeur de l’Autorité d’information financière (AIF) du Saint-Siège a témoigné que le pape François lui avait demandé d’aider la secrétairerie d’Etat à obtenir le contrôle total de la propriété londonienne au cœur du procès, mettant une fois de plus le pape et ses principaux collaborateurs sous le feu des projecteurs.

Tommaso Di Ruzza est l’une des dix personnes accusées dans le procès financier tentaculaire du Vatican, au centre duquel se trouve l’investissement de 350 millions d’euros de la secrétairerie d’Etat dans une propriété de luxe londonienne.

Le promoteur de justice du Vatican – l’équivalent d’un procureur – soupçonne plusieurs courtiers et de hauts responsables du Vatican d’avoir escroqué le Saint-Siège de plusieurs millions d’euros, dont une grande partie proviennent des dons des fidèles, puis d’avoir extorqué au Vatican quinze millions d’euros pour obtenir le contrôle total de certains biens.

Tommaso Di Ruzza – l’ancien directeur de l’Autorité d’information financière du Vatican, ou AIF, devenue ASIF depuis – est pour sa part accusé d’abus de pouvoir pour avoir donné son feu vert au fameux virement de quinze millions payés à Gianluigi Torzi – courtier à la réputation sulfureuse – et de ne pas avoir alerté les gendarmes financiers du Vatican d’une opération plus que suspecte.

Convoqué à la barre en ce 27 avril 2022, le personnage au cœur de la treizième audience du procès Becciu est interrogé par Giuseppe Pignatone, le président du tribunal, et Alessandro Diddi, le promoteur de justice.

L’ancien directeur de l’AIF reste imperturbable. Non, il n’avait pas le pouvoir de bloquer la transaction financière : « j’ai toujours agi dans le respect des règles et pour protéger les intérêts du Saint-Siège conformément au mandat qui m’avait été confié, et dans les limites des informations disponibles », clame haut et fort Tommaso Di Ruzza.

Lorsque Gianluca Perone, l’un des promoteurs de justice adjoints, demande à l’accusé pourquoi il n’avait pas déposé de rapport auprès de la justice financière du Vatican, celui-ci répond du tac au tac : « permettez-moi de poser une question : Qui aurais-je dû dénoncer ? Le substitut de la secrétairerie d’Etat ? » Car Tommaso Di Ruzza n’entend pas porter le chapeau pour d’autres, quitte à mettre les plus hauts responsables du Vatican sous le feu des projecteurs.

« En ce qui concerne les événements couverts par la procédure, mes seuls interlocuteurs étaient Sa Sainteté le pape François, le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin et son substitut Mgr Edgar Pena Parra, les dirigeants de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), c’est-à-dire son président Jean-Baptiste Douville de Franssu, et son directeur général Gianfranco Mammi, ainsi que René Brülhart », insiste-t-il, jetant un froid dans la salle d’audience.

En ajournant la séance, Giuseppe Pignatone a donné rendez-vous aux magistrats, ainsi qu’aux nombreux journalistes couvrant l’événement, au 5 mai prochain, pour la seconde partie de l’interrogatoire du cardinal Angelo Maria Becciu.

Une quatorzième audience qui ne manquera pas d’être tendue : depuis la Sardaigne natale du cardinal déchu de ses prérogatives par le pontife argentin, un collectif de prêtres vient de signer une lettre ouverte dénonçant une récente descente de police en lien avec le procès, jugée « absurde » et « injustifiée ».

Et comme si cela ne suffisait pas, Luigi Panella, l’avocat d’Enrico Crasso, l’un des accusés, a établi un parallèle entre les méthodes du procès et « l’Inquisition médiévale »…