Au Tigré, le christianisme face au défi de l’effacement

18 Février, 2022
Provenance: fsspx.news
Evangéliaire de Garima

Région de six millions d’habitants, le Tigré, un Etat sécessionniste du Nord de l’Ethiopie, est ravagé depuis novembre 2020 par une sanglante guerre civile. Si la catastrophe humanitaire est dénoncée par différentes ONG, on parle moins de l’anéantissement de tout un pan de la civilisation chrétienne.

Le quotidien britannique The Times, dans son édition du 8 février 2022, donne la parole à Hagos Abraha Abay. Ce philologue éthiopien s’est mué en lanceur d’alerte, afin de sensibiliser l’Occident à ce qui se passe dans son pays d’origine.

Depuis plusieurs mois en effet, de nombreux objets d’art et de manuscrits chrétiens de grande valeur apparaissent sur les plus célèbres sites mondiaux de vente en ligne, témoignant du pillage systématique dans cette partie de la corne de l’Afrique.

Ainsi, le scientifique a découvert avec stupéfaction une Bible en langue Guèze enluminée à la main sur velum, mise à prix 650 livres sterling, tandis que d’autres exemplaires rarissimes des saintes Ecritures étaient proposés dans leur coffret de bois pour 1 600 ou 2 000 livres.

Sans parler des bijoux chrétiens, telles ces petites croix coptes à porter en collier, pour 200 ou même 50 livres.

Certes, le trafic d’antiquités éthiopiennes est antérieur à la guerre, mais il est établi, selon Hagos Abraha Abay, que les soldats érythréens ont profité du saccage de la ville sacrée d’Axoum et du monastère de Maryam Dengelet, soit dès le mois de novembre 2020, pour faire main basse sur les plus anciens vestiges du christianisme tigréen.

Hagos Abraha Abay, qui a alerté le journal britannique, s’inquiète particulièrement pour les extraordinaires « Evangiles de Garima », l’un des trésors les plus précieux du christianisme, qui pourraient remonter aux tous premiers siècles de l’ère chrétienne et qui, à ce jour, n’ont pas pu être localisés.

Lord David Alton, catholique impliqué dans plusieurs organismes de bienfaisance, n’a pas de mots assez forts pour décrire la situation : « on massacre une partie du peuple, on affame le reste, et on pille leur patrimoine afin d’effacer toute une culture », écrit le parlementaire britannique, dans un tweet du 11 février dernier.

L’évangélisation de l’Ethiopie date des premiers siècles du christianisme – peut-être à partir de la conversion de l’eunuque de la reine Candace évoquée par saint Luc dans les Actes des apôtres.

Elle a pris son essor surtout à partir des siècles suivants, grâce à l’arrivée de missionnaires provenant du Proche-Orient, dont les plus célèbres sont les Neuf Saints syriens, considérés comme les véritables fondateurs de l’Eglise éthiopienne. Cette dernière s’est malheureusement séparée de l’unité romaine lors de la querelle monophysite au Ve siècle.

Une partie de cette Eglise, rattachée à Rome depuis quelques dizaines d’années, fut érigée en exarchat apostolique de rite éthiopien, en 1951. Une province ecclésiastique éthiopienne fut fondée en 1961, avec comme siège Addis-Abeba.