Au Vatican, François et Emmanuel Macron célèbrent un mariage de raison

29 Novembre, 2021
Provenance: fsspx.news

Le président de la République française a rencontré le chef de l’Eglise catholique au Vatican. Officiellement, aucun sujet de division n’a été abordé, chaque partie ayant intérêt à donner l’image d’une entente cordiale. Mais la réalité est plus complexe.

Les sourires étaient de rigueur. Sur les photos officielles au moins. Le 26 novembre 2021, le président français était reçu en audience par le pape, en marge de son déplacement au palais du Quirinal, afin de signer le traité bilatéral de coopération entre la France et l’Italie.

Pour le chef de l’Etat français, dont la quête de réélection n’est plus vraiment un mystère, aller trouver le chef de l’Eglise catholique, dont les fidèles constituent une part importante de son électorat, était une priorité. D’autant que la secrétairerie d’Etat avait fait savoir que le Saint-Père ne se déplacerait pas en France dans un avenir proche, étant donné l’agenda électoral dans l’Hexagone.

Oltretevere, la priorité n’est pas la même : il s’agit avant tout d’insister sur la force du lien existant entre le Saint-Siège et l’enfant prodigue de l’Eglise. En effet, depuis la publication du rapport Sauvé et de ses étranges conclusions, l’Eglise de France est sous pression.

Le spectre d’une situation « à l’australienne », où le secret de confession en cas d’abus sur mineur est désormais criminalisé par la loi dans plusieurs Etats, pouvant faire son apparition, on se devait de montrer une entente cordiale et une convergence de vue sur de nombreux sujets internationaux.

Les Romains, rompus à l’art de la diplomatie, savent qu’en Occident, une poignée de main bien mise en scène, signale un statu quo qui a valeur de pacte de non-agression, de part et d’autre.

Pour preuve, on s’est gardé d’aborder les sujets qui fâchent : la relation officielle ne mentionne pas l’accueil des migrants, thème cher au pontifie argentin, mais à tonalité explosive en France, à quelques mois d’une échéance électorale qui semble se jouer à droite de l’échiquier politique. De même, l’impasse sur la question des abus dans l’Eglise de France, relevait de l’évidence.

Du côté de l’Elysée, on a choisi de mettre en valeur l’identité de vue et de projet global : « sur le climat et la biodiversité, sur l’accès pour tous aux vaccins, pour les pays qui en ont moins ou qui traversent des crises comme le Liban, nous partageons avec le Pape François la même détermination et les valeurs universelles », a tweeté le Château, dans la foulée de l’audience.

Le communiqué officiel du Saint-Siège a préféré focaliser sur l’aspect « cordial » de l’entretien, durant lequel « l’accent a été mis sur la qualité des rapports bilatéraux, dont on a récemment célébré le centenaire du rétablisssement » : en clair, il existe des points de désaccords, mais chaque partie s’engage à ne pas dépasser la ligne rouge.

Puis, vint le traditionnel temps des échanges de cadeaux, qui est l’occasion de manifester de façon métaphorique certains non-dits. Emmanuel Macron a offert au successeur de Pierre deux biographies de saint Ignace de Loyola une édition rare de 1585, écrite par Giovanni Pietro Maffei, et une version beaucoup plus moderne : le roman Inigo de l’académicien François Sureau.

« C’est un ami à moi, mais il m’attaque tout le temps », a commenté le président à propos de l’écrivain, qui, de fait, a souvent critiqué publiquement l’action de l’exécutif. Afin de rappeler peut-être que les divergences de vue font partie de la règle du jeu, pourvu que ces règles ne soient pas dépassées : tout un programme.

Le chef de l’Etat français s’est vu offrir une peinture sur céramique représentant le Vatican et l’encyclique Fratelli tutti qui, au détour de ses nombreux méandres, rappelle que l’Eglise ne limite pas son action à la sphère privée, et ne saurait être mise à l’écart de la vie sociale : une manière de rappeler que l’Eglise de France s’émeut de n’être plus entendue sur les grands sujets d’éthique.

Vu le caractère le plus souvent inaudible des discours épiscopaux, on se demande à qui la faute incombe vraiment.

« Je t’ai fatigué avec toutes ces histoires », a soufflé au pape, de façon à être entendu, le locataire de l’Elysée en lui serrant la main, avant de prendre congé : une façon de signifier le caractère original et inédit de la relation ambivalente qui s’est établie entre les deux chefs d’Etat.