« Beyrouth 2020, journal d’un effondrement » de Charif Majdalani

28 Mai, 2021
Provenance: fsspx.news

Le romancier libanais Charif Majdalani a tenu un journal durant l’été 2020. En 75 tout petits chapitres, il raconte l’effondrement du Liban.

La corruption de la classe politique, le saccage du patrimoine, la faillite financière sont décrits avec sobriété et une ironie douce-amère. L’humour perce parfois : « Les embouteillages ne sont pas pires que naguère, bien que les feux de signalisation se soient éteints avec la pénurie de courant électrique.

« Là où il y en a encore, incompréhensiblement, les agents de la circulation encouragent les automobilistes à les brûler, à grands gestes rageurs, faisant rouler tout le monde en même temps, comme s’ils mettaient un soin qui relève de la revanche à rappeler que l’ordre ne règne plus, alors pourquoi respecter encore ces foutus derniers feux survivants. »

Les Libanais sont inquiets et en colère, leur argent est confisqué par les banques ruinées, attendant des remboursements de l’Etat, lui-même en banqueroute. Mais ils se battent, manifestent comme jamais, se débrouillent, ils ont l’habitude.

La classe politique gagne du temps, résolue à ne rien faire pour continuer à piller impunément son propre pays. Les milliards sortis du Liban juste avant le blocage des comptes ne sont pas perdus pour tout le monde.

Majdalani, par petites touches fines nous entraîne au cœur de ce désastre, fruit de décennies de corruption, encouragée par le système communautaire.

Et puis vient le 4 août et la terrible explosion qui ravage Beyrouth : « Comme si cet effondrement que je racontais n’avait pas été assez rapide, comme si cette déliquescence n’avait pas été assez leste, je ne sais quelle force maligne aura décidé de les précipiter et voici qu’en quelques secondes, tout ce qui restait encore debout a été envoyé à terre. »

Le ton change et cette ultime tragédie accable Beyrouth. Le découragement cette fois semble le plus fort, même si tout le monde se met au travail pour déblayer, les services de l’Etat étant bien sûr absents.

Mais Majdalani n’est pas libanais pour rien et veut finir sur une note d’espoir car il le faut bien même si tout semble perdu : « Ce matin, sur certaines façades très endommagées du quartier Mar Mikhael, des banderoles rouge et blanc ont été déployées : nous ne partirons pas, nous reconstruirons. »

Etonnant petit pays qui alterne les exemples les plus désastreux avec les plus admirables, et sait se rendre si attachant.